CH. VIII.) RAP. ENTRE LE TRAPP ET LA LAVE
prennent quelquefois une texture fissile, ce qui fait qu'on l'emploie à la couverture des bâtiments. Quelquefois aussi, la même masse présente une structure schisteuse et prismatique. Les causes qui donnent lieu à ces diverses dispositions sont très-obscures; néanmoins, on les croit liées aux changements de température/qui, ainsi qu'on le verra dans le chapitre X, se manifestent durant le refroidissement de la masse.
Des rapports qui existent entre les roches trappéennes et les produits des volcans actifs.
Quand on réfléchit aux changements ci-dessus décrits qui se sont opérés dans les strates, près de leur point de contact avec les dykes de trapp , et que Ton considère , en outre , l'analogie de composition et de structure qui existe entre les roches dites trappéennes et les laves des volcans actifs, il semble difficile , au premier abord, de comprendre comment, pendant un demi-siècle, on a pu conserver autant de doute sur la question de savoir si le trapp était d'origine ignée ou d'origine aqueuse. Une différence réelle , toutefois , existait, jusqu'à un certain point, entre les formations trappéennes et celles auxquelles le nom de volcanique était presque exclusivement appliqué. Les roches trappéennes, étudiées d'abord dans. le nord de l'Allemagne, en Norwège , en France, en Ecosse , et en diverses autres contrées, étaient analogues à des roches qui auraient été formées entièrement sous une eau pro-
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Tonde» ou qui, ayant été injectées dans des fissures, se seraient introduites entre des strates, sans avoir jamais pénétré jusqu'à la surface du sol, ou sans s'être jamais répandues sur le fond d'une mer basse. Lors donc que ces produits d'une action ignée sous-marine ou souterraine vinrent à être comparés avec des cônes incohérents de scories, de tuf et de lave, ou avec d'étroits courants de lave en grande partie scoriacée et poreuse, telle que celle qu'on savait avoir été produite par le Vésuve et par l'Etna, la ressemblance parut distante et équivoque. C'était, en effet, comme si l'on eût comparé lès racines d'un arbre avec ses feuilles et ses branches , lesquelles , tout en appartenant à la même plante que les racines, en diffèrent autant sous le rapport de la forme et de la texture, que sous celui de la couleur, du mode de croissance, et de la position. Le cône extérieur, avec ses cendres incohérentes et sa lave poreuse, peut être comparé au feuillage léger et aux branches de l'arbre ; tandis que les roches intérieures, situées à une grande profondeur dans les entrailles de la terre, peuvent être assimilées aux racines. Cela, toutefois, ne suffit pas pour dire du volcan , '
« Quantum vertice in auras .Etherias , tantum radice in Tartara tendit ; »
car ses racines s'étendent jusqu'au Tartare, c'est-à-dire, aux régions du feu souterrain; et ce qui git au loin sous la surface, est probablement toujours d'un volume
cil VIII.) LA LAVE ET LES SCORIES. 2ï9
et d'une étendue plus considérables que ce qui est visible au-dessus.
Ayant établi déjà combien fréquemment il est arrivé que des masses compactes de strates aient été enlevées sur de vastes espaces par la dénudation (Voyez chapitre VI ) , ce fait nous prépare à admettre que tout ce qui , jadis , a formé la partie supérieure des anciens volcans sous-marins et terrestres , peut avoir subi une destruction semblable , — supposition d'autant plus probable que ces parties superficielles sont toujours composées des matières les plus légères et les plus destructibles. La manière brusque dont les dykes de trapp se terminent ordinairement à la surface (voyez Fig. 104), prouve incontestablement, de concert avec
les galets de trapp usés par Feau qu'on rencontre dans l'alluvium qui recouvre le dyke, que tout ce qui, dans ces formations, occupait les parties supérieures, a été entraîné. On conçoit donc
Couches travertics par un dyke de aisément que Ce qui a trapp, el rtcouterles d'alluvium. ^
disparu dans les régions trappéennes puisse avoir été analogue à ce qui existe aujourd'hui dans les volcans actifs.
Dans la seconde partie de cet ouvrage, on verra que la croûte de la terre renferme des tufs volcaniques de tous les âges , et que ces tufs, à leur tour, contiennent
±10 RAPPORTS ENTRE LE TRAPP , PAHT. i,
.des coquilles marines, qui rendent témoignage d'éruptions diverses ayant eu lieu à des époques géologiques successives. Ces tufs , non plus que les roches trappéennes associées , ne doivent pas être comparés aux Javes et aux scories qui se sont refroidies à l'air. C'est dans les produits des éruptions volcaniques sousmarines modernes qu'il faut chercher leurs analogues. Si à cela on objecte que nous n'avons point d'occasions d'étudier ces produits, nous répondrons que les mouvements souterrains ont, dans des temps comparativement modernes, et presque partout dans les régions des volcans actifs, donné lieu à des changements trèsgrands dans le niveau relatif de la terre et de la mer, changements qui ont mis à découvert les efTets opérés par l'action volcanique dans le fond de la mer.
C'est ainsi, par exemple, que l'examen récent des rochesjgnées de la Sicile , de celles, entre autres, du Val di Noto, a prouvé qu'en ce lieu toutes les variétés les plus ordinaires du trapp européen ont été produites sous les eaux de la mer à une époque moderne , c'està-dire, depuis que la Méditerranée a été habitée par un grand nombre des espèces de testacés actuellement vivantes.
De même que les roches trappéennes les plus anciennes de l'Ecosse et de diverses autres contrées, les roches ignées du Val di Noto diffèrent des formations volcaniques terrestres , en ce qu'elles sont plus compactes et plus denses que ces dernières; en ce qu'elles forment tantôt des nappes de matière très-étendues ,
ch. vin ) LA LAVE ET LES SCORIES. 221
intercalées entre des strates marines , et tantôt des conglomérats stratifiés dont les cailloux roulés sorit \ous de trapp. Elles en diffèrent aussi par l'absence de cônes réguliers et de cratères, et par le défaut de conformité de la lave jusqu'aux niveaux les plus bat des vallées existantes.
Il est , toutefois , extrêmement probable que quelques cônes insulaires ont jadis existé dans le Val di Noto, et qu'ils ont été emportés par les vagues, comme le furent , en 1831 , le cône de l'île Graham , dans la Méditerranée , et en 1783, celui de Nyoë , en Islande. Tout ce qui , dans des circonstances de cette nature , resterait après le soulèvement et la mise à sec du lit de la mer, n'offrirait que des dykes et des masses informes de roche ignée, perçant à travers les nappes de lave que Ton peut supposer s'être répandues sur le fond de la mer, et les strates de tuf, composées de matières préalablement dispersées par les vents et les vagues sur de grandes étendues, et déposées ensuite. De même aussi, les conglomérats de trapp, auxquels l'action des vagues doit donner naissance durant la dénudation de ces lies volcaniques , seront mis au jour chaque fois que le lit de l'Océan se trouvera transformé en terre ferme (*).
Ce qui prouve que la quantité de matière volcanique , originairement sous-marine, doit être toujours
O Voyez « Princ.of Geol. » Index, « Graham Island, » « Nyof% » « Conglomérâtes, volcaoic , » etc.
222 RAPPORTS ENTRE LE TRAPP , (part. I ,
très-grande , c'est que parmi les issues volcaniques , celles qui ne se trouvent pas positivement sous la mer, sont presque toutes ou dans des lies, ou dans le voisinage des côtes. Cette circonstance peut servir à expliquer pourquoi les trapps se présentent si souvent en nappes d'une grande étendue , au lieu de former v comme les courants de lave , des filets étroits. Dans le voisinage des continents, une multitude de causes, telles entre autres que le sédiment des rivières ; les matières enlevées aux falaises en ruines, par les vagues et les courants de la mer; le sable et les scories rejetés en pluie par les volcans , et disséminés par le vent et les vagues ; toutes ces causes , dis-je , tendent à donner au fond de la mer un niveau presque uniforme. Lors donc que la lave est épanchée sur une telle surface, elle forme, en se répandant au loin dans tous les sens, une nappe liquide, laquelle, quand cette surface vient ensuite à être soulevée, forme le recouvrement tabulaire du continent.
Quant au défaut de porosité des formations trappéennes , les apparences sont extrêmement trompeuses ; toutes les amygdaloïdes étant, ainsi que nous l'avons déjà dit , des roches poreuses, dans les Interstices desquelles des matières minérales, telles que de la silice, du carbonate de chaux, et diverses autres substances, ont été subséquemment introduites. (Voyez p. 179.)
Près d'Arran , dans la petite Cumbray , Tune des îles occidentales , l'amygdaloïde contient quelquefois des cavités allongées remplies de spath brunissant ;
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mais lorsque les noyaux ont disparu , l'intérieur des cavités se trouve vernissé avec la matière vitreuse si ' caractéristique des pores des laves scoriacées. Dans quelques-unes, même, des parties de cette roche qui ne sont exposées ni à l'action de l'air ni à celle de l'eau, outre que les cellules sont vides, elles semblent l'avoir toujours été ; ce qui fait qu'on ne peut les distinguer des laves modernes (*).
Après avoir examiné ces roches et les autres roches ignées de l'Ecosse avec le plus grand soin, le docteur MacCulloch observe « que c'est une simple dispute de mots qui fait refuser aux éruptions trappéennes anciennes le nom d'éruptions sous-marines ; car, sous tous les rapports essentiels, et malgré que depuis longtemps les volcans qui y ont donné lieu ne jettent plus ni feu ni fumée, elles doivent être considérées comme des produits de volcans sous-marins (**).» Le même auteur pense aussi qu'il est assez probable que quelques-unes des roches volcaniques de la même contrée résultent d'éruptions atmosphériques (***).
Bien que les principaux minéraux constituants des laves émises par les volcans terrestres soient les mêmes que ceux du trapp qui pénètre dans les strates par voie d'injection, et que, de plus, les structures colonnaire et globulaire soient communes à ces deux sortes de
O MacCulloch, West. ïsl., vol. h , p. *87. (•') Syst. of Geol., vol. n , p. llf . r*)lbid
22V. ROCHES VOLCANIQUES, (part- i )
substances, il est, néanmoins, quelques roches volcaniques qui ne se présentent jamais à la manière de la lave : tels sont la phonolite, le grunstein, les porphyres les plus cristallins, et tous, les trapps dans lesquels le quartz et le mica se montrent fréquemment comme parties constituantes. En un mot , comme les roches trappéennes pénétrantes forment la nuance intermédiaire entre la lave et les roches plutoniques, on conçoit qu'elles doivent s'éloigner de plus en plus des caractères de la lave , à mesure qu'elles se rapprochent du granit.
Ces considérations sur les rapports qui existent entre les roches volcaniques et les roches trappéennes seront mieux comprises du lecteur, lorsque, dans le chapitre suivant, il aura étudié ce qui est dit au sujet des formations plutoniques.