DES INÉGALITÉS DU SOL
enfoncements qui sont cachés par les eaux, la grande quantité de points où les marins ont atteint la surface solide à de petites profondeurs , et la tendance que les parties les plus enfoncées doÎTent avoir à se combler, portent à croire que Ton peut évaluer les plus grandes inégalités du fond des mers tout au plus à la moitié de celles des terres; ce qui porterait la plus grande différence de niveau entre les parties de Fécorce solide du globe à 12,000 mètres, c'est-à^lire à la 540.* partie du rayon terrestre. De sorte que ces inégalités sont beaucoup moins prononcées par rapport aux dimensions de. la terre, que les aspérités que nous voyons sur la peau d'une orange ne le sont par rapport au volume de ce fruit. 2Î. L'étude de ces iné&alités présente beau- R4tooibaM«
. - ^ \ . et coBtréci âe* •
coup de difficultés, parce que les acceptions ^r^»* que Ton donne aux mêmes dénominations, varient selon la position où se trouvent les obser- Tateurs; car, de même que nous disons que certaine lie n'est qu'une plaine basse, tandis qu'elle • est peuUetre le sommet d'une montagne cachée par la mer, les Habitants d'un pays très -élevé considéreront comme région basse , ce que les Iiabitants des bords de la mer nommeront une contrée élevée. De même aussi les habitants d'une contrée où le sol présente de très-grandes inégalités nommeront pajs plat ou plaine ce que les babitants d une contrée tout-à-fait unie appelleront pajfs montueux ou montagne. De sorte qu'il est impossible d'adopter à cet égard des règles fixes de nomenclature, sans s'écarter des usages reçus
des unes ne sont que des pentes douces, tandis que ceux des autres sont des pentes rapides ou des escarpements qui approchent plus ou moins de la ligne verticale. De même le sommet des unes se compose de croupes arrondies ou de plateaux, tandis que d autres sont terminées par des pointes de rochers plus ou moins aiguës; doù proviennent les diverses dénominations que Ton donne à certaines parties de ces sommets , et qui souvent indiquent leurs formes : telles sont celles de ballon, de dôme, de tour, de pic*, de corne, de dent, à! aiguille, etc.
Les montagnes sont quelquefois isolées; plus souvent elles forment des chaines et des groupes.
2 5. Les premières sont ordinairement appelées monts , mais l'usage ne s'est pas non plus soumis à donner à ce nom une application exclusive; et non- seulement on l'applique aux montagnes isolées et à des sommités particulières qui s'élèvent au milieu d'une chaîne ou d'un groupe , mais aussi à des cliatnes et à des groupes entiers ; telle est la chaîne des Carpathes, que l'on appelle souvent les monts Carpathes.
36. Les chaînes des montagnes ont quelquefois une direction constante sur toute leur étendue : telle est celle des Pyrénées; mais souvent elles changent brusquement de direction : telle est la chaîne des Alpes, dont la partie occidentale a ime direction tr^-différente de la partie orientale.
En Auvergne le mot pic eat reiDplAC< par celai de pujr.
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dépendant, au milieu de ces irrégularités, on remarque que les principales chaînes de montagnes ont souvent une direction analogue à celle des terres dans lesquelles elles se trouvent; ce qui est d'autant moins étonnant que les terres ne sont, en général, que des chaînes de montagnes par rapport au fond des mers. Cest ainsi , par exemple , que les principales chaînes du milieu de l'Europe et de l'Asie sont dirigées dans le sens de l'ouest à l'est, tandis que celles de l'Amérique sont dirigées du nord au sud.
La largeur des chaînes de montagnes est aussi
très-rariable, et l'on voit quelquefois une même
chaîne, très-large dans un lieu, se rétrécir dans
•*Qn autre, pour s'élargir de nouveau un peu plus
loin.
La hauteur des chaînes de montagnes est encore plus irr^ulière que leur direction et leur largeur; car, outre qu'elles se composent ordinairement d'élévations inhales, on voit souvent une chaîne interrompue par une région basse ou par une portion de mer , au-delà de laquelle elle r^>arait avec les mêmes caractères. Mais, quoique la géologie nous montre que de semblables parties de montagnes doivent être considérées comme appartenant à une même chaîne, on est assez généralement dains l'usage de donnei* des noms particuliers à chacune de ces parties sépa-
Les chaînes de montagnes ne présentent quelquefois qu'une seule ligne d élévations, mais le plus souvent elles se composent de plusieurs duti-
cessivement moindre , et qui finissent par des collines et des ëminences qui se perdent tout-a- &it dans la plaine ou qui se lient avec les dëpendances d'une autre chaîne. On donne ordinairement le nom de contreforts à ces rangées de collines ou de petites montagnes qui se trouvent en avant d une chaîne de hautes montagnes.
Les chaînes de montagnes, sont quelquefois disposées en gradins , c est-à-dire qu'au-dessus du plateau qui correspond au sommet d'une chaîne à un seul versant s'élève une nouvelle chaîne, qui peut elle-même être suivie par une autre chaîne. Cet oixlre de choses a principalement lieu dans les parties larges des continents. ^
27. Les groupes de montagnes me difierent des chaînes que parce qu'au lieu de former des lignes alongées, ils se composent d'un massif dont les dimensions en laideur sont moins différentes de celles en longueur. Souvent le milieu d'un groupe présente la cime la plus élevée, d 011 partent des espèces de rameaux qui divergent dans diverses dii^ections.
a8. Les collines et les éminences n'étant, comme nous l'avons déjà Êiit entendre, que de petites montagnes, elles présaitent en général les mêmes caractères que ces dernières; nous ferons seulement
* Lorsque Von ignorait Tart de mesurer les hauteurs avec le baromètre et que , par cottséquent , on s^occupait peu de Péléyation absolue des montagnes, on ne connaissait pas bien cette disposition des montagnes par gradins; aussi les géographes représentaient-ils CCS gradins comme des «hatnes parallèles f et les plateauK qui les séparent comme de larges Tallées.
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remai^er que les chaînes à un versant y sont plus communes que dans les montagnes, et que leurs flancs sont souvent nommés côtes et ca-
39. Les inégalité» qui se dessinent en creux, ••*^'J ibrment le plus sourent des dépressions longues et étroites que l'on nomme vallées et vallons, selon qu'elles sont plus ou moins profondes. Lorsque ces dépressions se rétrécissent de manière à . tendre le passage difficile, on leur donne le nom de défilés et de gonges. Si, au -contraire , elles sont à peu près aussi larges que longues, on leur donne le nom de bassins ; et quand les bassins sont diqtos^ circulairement , de manière à rappeler la forme des théâtres des anciens, on les
nomme cirques.
Du reste , ces dénominations doivent être prises dans un sens encore moins absolu que cell» que l'on emploie dans les autres parties de la géographie, et ne sont que des termes pris dans une série où il n'y a pas de limites déterminées. D'un autre côté, il est à remarquer que, tandis que le nom de raUon ne se donne qu'à des enfoncements peu profonds et peu étendus, celui de vallée est touiours employé lorsque l'on veut désigner un lrès4ong enfoncement, queUes que soient sa forme et sa profondeur. C'est ainsi que l'on dit la vaUée de tel fleuve, pour désigner la série d'enfoncemenudans lesquefs coule ce fleuve, quoique ces enfoncements se composent de vallées particuliètes, de bassins, de cirques, de défila, ÏTgorges, de vaUons, et même de dépressions si
peu prononcées qu'elles ne méritent pa$ le nom de vallon et qu'elles seraient, pour ainsi dire, ina-' perçues s'il ne s'y trouvait pas un grand cours d'eau.
Il n'y a pas plus de limites entre les vallées ou les bassins et les plaines; aussi des contrées que l'on considère ordinairement comme de grandes plaines, ne sont, dans le fait, que de vastes val« îées ; telle est la plaine de Lombardie , bordée d un ^côté par les Alpes et de l'autre par les Apennins.
So. En général, lorsqu'une contrée présente brusquement lue grande différence de niveau, le sol de la partie élevée est sillonné par d^ vallées trçs-profondes , taQdis que dans les lieux qui s'éloignent d'une semblable cbute , les 4épression8 du sol sont peu prononcées, quand même elles se trouveraient sur des plateaux très-elevés audessus de la mer.
On remarque de même que toute vallée principale est comme une espèce de tige à laquelle aboutissent de petites branches ou vallées littérales, dont la direction se croise avec la vallée principale, et qui souvent se ramifient de leur côté. En général, la plus grande partie des vallées qui sillonnent une chaîne ou un rameau de montagnes , se dirigent ordinairement dans un sens transversal à la chaîne ou au rameau, d'où on les appelle vallées transversales, soit qu'elles prennent naissance à la crête, en se dirigeant sur l'un ou l'autre versant , ce qui est le cas le plus firéquent ,* soi t qu'elles traversent tout-à-fait la chaîne ou le rameau , ce qui est plus rare. Plusieurs chaînes présentent ausa\ d^ vallées dirigées dans
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le sens même de la chaîne^ et que, par cette rai-^ son, ou nomme longitudinales. On trouve notamment ces deux espèces de rallées très-bien prononcées dans les Alpes.
Les vallées transTeirâles sont plus communément bordées par des flancs escarpés que les Vàl*» lëes longitudinales; cependant cette circonstance dent aussi à la nature du terrain; car on sent quil ne peut y avoir d'escarpements dans un terrain meuble ou jEEicilement altérable.
Dans les vallées longitudinales , les flancs op» posés sont souvent de nature difierente, ou du moins composés de matières disposées d'une autre Êiçon. Dans les vallées transversales , au contraire, il j a presque toujours identité parfaite entre les deux flancs opposés , tant sous le rapport de la nature, cpie sous celui de la structure; et lorsque Ion voit d'un coté un angle saillant, il est à peu près certain que le côté opposé présente un angle rentrant.
3i. Les vallées, surtout celles transversales, qui ne sont pas très-profondes, tendent en général à s'élargir à mesure qu'elles s'avancent d'une contrée élevée vers une région basse ; mais cette règle est sujette à beaucoup d'exceptions, et les vallées des hautes montagnes ne présentent souvent qu'une série de renflements et d'étranglements. Ces dernières vallées ou sj^tèmes de vallées , peuvent être considérées comme composées de petites vallées longitudinales et de bassins unis par des défilés transversaux.
Sa. Le fond d'une vallée, prise dans son en-
S€qaible, présente ordinairement un plan continuellement descendant , car , comme il coule presque toujours des eaux, soit permanentes, soit accidentelles , dans les vallées, on sent que quand une partie du fond est plus profonde que les points qui peuvent lui servir de déboudbé,*ce fond deviendra un étang ou un lac , et le plan descendant se trouvera rétabli, à moins, ce qui est assez rare, qu'il y ait des cavités souterraines pour récoulement des eaux ou que celles-ci puissent se perdre par Tévaporation. Cependant cette règle ne peut s'appliquer aux détails des vallées barrées , c'est-à-dire composées de renflements et d'étranglements ^ car ces renflements étant, comme on vient de le dire, de petites vallées particulières, ou des bassins qui ont quelquefois la forme d'un entonnoir aplati, il arrive, lorsque le défilé qui met un de ces bassins en communication avec im autre se trouve percé dans le sens de la largeur de ceuxci, que le renflement forme une vallée partielle dirigée dans un sens différent de celui de la vallée principale, et dont le fond, après s'être abaissé jusqu'à l'entrée du défilé, se relève ensuite pour se perdre vers le sonunet des haujieurs environnantes. C'est à de» dispositions de ce genre que l'on doit le phénomène de deux cours d'eau qui se dirigent en sens contraire sur une même ligne, et qui, après s'être réunis, s'écoulent dans une direction qui fait à peu près un angle droit avec leurs directions précédeixtes.