‹ Éléments de l'art de la teinture. Avec une description du blanchiment par l'acide muriatique oxigéné (volume 2)Chapitre 45 sur 68 · ART. XXVIII · texte numérisé non relu

ART. XXVIII

« On ne doit soumettre à aucune épreuve de « débouilli les gris communs faits avec la noix « de galle et la couperose , parce que ces couleurs « sont de bon teint et ne se font pas autrement ; « mais il faut observer de les engaller d’abord et « de mettre la couperose dans un second bain , « beaucoup moins chaud que le premier , parce « que de cette manière ils sont plus beaux et plus « assurés ».

Il résulte des réflexions de Hellot , que 1 on n’a eu jusqu’à présent qu’une manière certaine de déterminer la solidité des couleurs, c’est de les exposer à l’action de l’air , du soleil et de l’hu-

midi te , pendant un temps suffisant. Les débouillis , quelque soin que l’on se soit donné pour en faire un bon choix , 11e peuvent s’appliquer qu’aux procédés déterminés, tels que ceux qui étaient prescrits par les réglements auxquels on devait s’assujétir. L’un de ces débouillis pourrait cependant être excepté, c’est celui que l’on lait subir au noir dans la vue de constater si l’on a donné un pied de bleu , et s’il est assez fort pour que l’on puisse avoir confiance en la bonté de la teinture.

« L acide muriatique oxigéné donne un moyen « prompt et laeile de déterminer le degré de « solidité d’une couleur : ainsi , lorqu’on veut « examiner une couleur , il n’y a qu’à mettre un « échantillon de 1 étoile dans l’acide muriatique « oxigéné avec un échantillon d’une couleur paie reille , et qui ait été teint par un bon procédé ; « le degré de résistance, qu’opposent les couleurs cc des deux échantillons , devient la mesure de « leur bonté ; mais comme cette liqueur a une « action très-vive sur les parties colorantes , il « faut ne l’employer que très-affaiblie. Cette « épreuve a encore l’avantage de faire connaître , « à peu de chose près , les nuances et les dé- « gradations par lesquelles doit passer l’étoffe « lorsqu’elle sera altérée par l’air. Cependant s’il « fallait examiner une couleur d’une manière ju- * ridique , on ne pourrait se eonlier entièrement

DE LA TEINTURE « àl action de 1 acide muriatique oxigéné, et on ne « pourrait prononcer avec assurance , que sur les <c résultats que présenterait l’exposition à l’air».

Nous rappelons ce passage de la première édition des éléments de teinture, parce que Bancrof't s’est élevé contre l’épreuve des couleurs par 1 acide muriatique oxigéné , comme entièrement illusoire et trompeuse. Nous persistons dans l’opinion que cette épreuve facile peut être utile, sur-tout dans les expériences de teinture, et quelle ne donne que rarement des indications infidèles, lorsque l’on prend la précaution qui* a été prescrite de comparer des échantillons de même couleur, dont l’un a une solidité connue ; mais on pourrait être induit en erreur , si l’on voulait faire la comparaison de différentes couleurs entre elles ; on risquerait , par exemple, d’attribuer aux jaunes et aux fauves une plus grande solidité comparative qu’ils n’en ont réellement à l’air ; parce que l’acide muriatique oxigéné, donnant cette teinte aux substances de nature animale , on peut facilement confondre cet effet avec la conservation de ces couleurs.

On se contente ordinairement, pour éprouver les couleurs sur soie , de les exposer à la chaleur dans l’acide acétique , ou dans le suc de citron : on les regarde comme solides et comme fines , si elles résistent à cette épreuve ; et en effet , lorsqu’on s’est servi simplement des bois ou de

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l’orseille , la couleur passe au rouge par l’action d’un acide végétal ; mais si Ton a fait usage de la dissolution d’étain pour teindre par le moyen de ces substances , la couleur qui a été préparée dans une liqueur acide, n’est pas altérée par les acides végétaux , et alors l’on peut regrder comme fine une couleur qui a beaucoup moins coûté pour sa préparation , et qui doit s’altérer plus facilement ; de sorte qu’il faut encore s’en tenir pour la soie à l’acide muriatique oxigéné, et sur-tout à l’exposition à l’air.

Pour les étoffes de coton et de lin qui sont destinées à être savonnées et lessivées , elles doivent être éprouvées par l’action du savon et des alcalis.

Il y a un autre genre d’épreuve qui ne devrait pas être négligé ; c’est celui qui a pour objet la bonté des substances colorantes d’une même nature. On s’en tient ordinairement au coupd’œil et à quelques autres indices qui ne peuvent servir qu’à des appréciations incertaines , et qui ne peuvent point fournir une échelle de comparaison pour leur valeur. L’acide muriatique oxigéné possède cette propriété à un point qui ne laisse rien à desirer; parce que , dès que l’on compare de l’indigo avec de l’indigo, la nature des parties colorantes est la même ou presque la même , et aucune affinité étrangère n’empêche que l’action de 1 acide muriatique oxigéné 11e détermine

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la quantité proportionnelle de substance colorante.

S il se trouvait une différence un peu considérable entre la nature des parties colorantes que l’on prend pour les memes , il est très-probable que l’action de l’acide muriâtiqne oxigéné serait encore une mesure de leur bonté respective.

Lors donc que l’on veut comparer deux ou plusieurs substances qui ont une même couleur, et déterminer leur qualité ou leur valeur relative pour l’usage auquel elles sont destinées, l’on n’a qu’à comparer les quantités du même acide muriatique oxigéné qui sont nécessaires pour amener un poids égal de chacune de ces substances au même degré de destruction et les qualités de ces substances ou la quantité de parties colorantes qu elles contiennent sont en rapport direct avec les mesures de liqueur qui ont été nécessaires pour produire sur chacune le même effet : mais pour cette évaluation il faut que les parties colorantes de chaque substance aient été dissoutes par une liqueur convenable, et que toutes les circonstances de l’opération comparative soient égales.

Si l’on veut comparer , par exemple, plusieurs espèces d'indigo ; on prend de chacune poids égal , on les pulvérise avec soin, on les met dans des matras séparés avec huit fois leur poids d’a-

eide sulfurique concentré : on tient les matras pendant quelques heures à une chaleur de trente à quarante degrés : on étend ensuite chaque dissolution d’une même quantité d’eau; on filtre les liqueurs ; on recueille les résidus que l’on trouve sur les filtres , on les broie dans un mortier de verre, en y ajoutant encore un peu d’acide sulfurique , on met encore en digestion : on étend d’une égale quantité d’eau ces dernières dissolutions; on les filtre, et on ajoute chaque liqueur à celle qui y correspond; enfin on verse sur chaque dissolution la quantité d’acide muriatique oxigéné qui lui est nécessaire pour en détruire la couleur , ou plutôt pour le ramener à une meme nuance de jaune. Les qualités des différentes espèces d’indigo sont proportionnelles aux mesures d’acide muriatique oxigéné qu'il a fallu pour détruire leur couleur.

Les épreuves des parties colorantes qui sont, solubles dans l’eau , sont beaucoup plus simples ; l’on n’a, après les avoir épuisées, qu’à prendre à volume égal les décoctions d’un même poids de ces substances, et comparer la quantité d’acide muriatique oxigéné qui est nécessaire pour les amener à une même teinte.

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