CHAPITRE P R EMIE R
Des Acides.
On reconnaît les acides à leur saveur , à la propriété qu’ils ont de rougir la couleur bleue de plusieurs végétaux, telle que celle du tournesol , de la fleur de mauve et de violette et à l’effervescence qu’ils produisent, lorsqu’on les mêle avec la terre calcaire et avec les alcalis qui ne sont pas dans l’état caustique : mais ces indices qui ne sont qu’une conséquence de leur action, ne donnent aucune idée des propriétés par lesquelles ils agissent et ils produisent ces effets mêmes.
Toutes les propriétés chimiques d'une substance dépendent de ses affinités pour les autres substances; mais les effets d’une affinité sont différents, selon les dispositions physiques de la substance qui l’exerce , et de celle sur laquelle elle porte son action , et qui agit réciproquement sur elle par son affinité, et selon ses dispositions physiques.
L’affinité par laquelle deux substances forment une combinaison dans laquelle leurs propriétés sont devenues plus ou moins latentes, produit un effet qui 11e dépend pas seulement de sou
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énergie , mais encore de la quantité de la substance qui l’exerce.
A mesure qu’une affinité se satisfait , ou qu elle éprouvé une saturation , son énergie diminue , et lorsqu’elle est exactement contrebalancée par 1 action de la substance qui produit sa saturation , la combinaison est neutre , ou ne donne plus aucun indice de Faction particulière à chacun des éléments qui la composent.
Les substances qui produisent au plus haut degré la saturation des propriétés caractéristiques des acides, et qui- les font disparaître entièrement, sont les alcalis dont les propriétés éprouvent de leur côté la meme saturation ; l’action réciproque de ces substances est par là meme propre à faire connaître les lois de Faction chimique , ou de la tendance à la combinaison.
L’acidité ou la puissance de combinaisons des différents acides avec les alcalis , doit donc être proportionnelle à la quantité du même alcali , qu’ils peuvent saturer, ou à leur capacité de saturation et réciproquement.
Les qualités physiques des substances font varier les effets de l’affinité : nous entendons ici par qualités physiques, toutes celles qui ne dépendent pas de la tendance d’une substance à former, avec une autre , une combinaison dont le poids résulte des deux , quoique quelques-unes de ces qnalités soient encore dérivées de Faffi-
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nite , par exemple , la solidité qui est un résultat de l’action réciproque des molécules d une substance , soit simple , soit composée.
Ces qualités physiques qui changent les résultats de l’affinité , sont principalement la solidité, la liquidité, l’expansibilité , ou la disposition à prendre ou à conserver ces différents états : elles ne disparaissent pas par l’action de l’affinité ; elles n’en éprouvent pas de saturation; mais elles en reçoivent des modifications , pendant qu ellesmêmes agissent comme des forces qui concourent à l’effet immédiat de l’affinité , ou qui lui sont opposées.
La disposition à la solidité détermine les combinaisons qui se précipitent lorsqu’on mêle un acide avec une solution alcaline , et pareillement lorsque plusieurs acides et plusieurs alcalis exercent une action réciproque; de là les précipités, ou les sels qui se séparent par la cristallisation : elle s’y trouve accrue par le rapprochement ou la condensation que produit l’affinité et la combinaison qui se sépare en conséquence , reçoit facilement un excès de l’élément dans lequel cette qualité domine : ainsi deux substances qui jouissent encore de la liquidité , peuvent former une combinaison insoluble ou un sel moins soluble, et la combinaison qui se sépare peut conserver un excès d’acide et d’alcali, selon que ceux-ci se trouvent avoir une plus grande disposition à la solidité. On
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explique par là les précipitations qui sont produites par les acides ou par les alcalis , et la formation des sels acidulés ou alcalinules.
La chaleur, dont le propre est de dilater les corps et d’en écarter les molécules , diminue l'insolubilité et augmente les effets de la disposition à l’état liquide. Elle augmente sur-tout la disposition à l’élasticité , et comme celle-ci exerce une force contraire à la tendance à la combinaison d’une substance fixe avec une substance qui jouit de l’état élastique , on voit qu’en l’augmentant à un point suffisant , on peut détruire tout l’effet de la tendance à la combinaison ; si plusieurs acides et plusieurs bases exercent une action réciproque , on déterminera par la même moyen les éléments les plus volatils à former une combinaison qui se séparera en se volatilisant , de celle que contracteront les éléments les plus fixes.
Par leur affinité ou leur tendance à la combinaison , les acides agissent donc en raison de leur capacité de saturation ; et les qualités physiques de leurs qpmbinaisons dépendent de celles des éléments qui les composent et des modifications qu v produit la condensation due à la combinaison , ou l’expansion qui est l’effet de la chaleur.
Lorsqu’un acide agit sur une combinaison neutre, la base partage son action en raison de
îa quantité des deux acides , et de l’énergie de leur affinité ; mais le résultat dépend principalement des dispositions à l’état solide, liquide ou élastique des éléments qui sont en action : la capacité de saturation de deux acides a ordinairement trop peu de différence pour produire un effet qui puisse contrebalancer celui des causes que l’on vient de. désigner.
Ainsi lorsqu un acide qui a une certaine fixité , par exemple l’acide sulfurique , agit sur un muriate dont l’acide est volatil , celui-ci doit être chassé , sur - tout en augmentant son élasticité par la chaleur , quoiqu’il ait une plus grand© capacité de saturation pour la soude.
On peut donc déduire des qualités physiques de deux substances qui entrent en combinaison , celles que l’on trouve ensuite dans la combinaison elle-même , et comme les mêmes causes agissent lorsqu’il y a un concours de différents acides contre une base , ou de différentes bases contre un acide , ou de plusieurs acides contre plusieurs alcalis , on trouvera dans la considération des qualités de chacune de ces substances, la raison des combinaisons particulières qui se séparent en se précipitant et en se volatilisant, ou qui demeurent liquides, et des changements que peuvent produire les différentes températures dans ces combinaisons.
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Les acides et les alcalis exercent une action assez puissante sur la plupart des substances colorantes , et nous avons fait voir que les résultats de cette action étaient une combinaison plus soluble avec celles de ces substances qui ont par elles-mêmes plus de disposition à la solubilité ; c’est ainsi qu’agissent en général les acides ; mais nous avons remarqué que les cristaux du tartre retenaient la partie colorante de la cochenille ; la potasse, la soude et l’ammoniaque agissent aussi comme dissolvans , pendant que les alcalis peu solubles, la chaux , la baryte et la strontiane forment des combinaisons insolubles; on a encore fait peu d’expériences sous ce point de vue.
Quelques acides agissent sur les substances colorantes par l’oxigène qui entre en combinaison avec elles ou avec leurs éléments : nous nous sommes assez occupés de cet objet.
Les sels neutres ne conservent qu’une faible action sur les parties colorantes , ils en changent peu la solubilité, et ils ne produisent que quelque effet sur leurs nuances ; cependant on profite quelquefois de cet effet en les employant comme altérants.
ARTICLE PREMIER
De l'acide sulfurique.
L’acide sulfurique pur est sans odeur , sans
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couleur , transparent comme de l’eau, et d’une onctuosité qui approche de celle de l’huile , lorsqu il est concentré; pour indiquer cette onctuosité, on l’appelait huile de vitriol , désignation qui pouvait tromper d’une manière dangereuse sur sa nature.
On a d abord retiré cet acide du sulfate de fer ou vitriol de fer, en le poussant à un grand feu ; d où vient le nom ( Y acide vitriolique qu’on lui avait donné : mais aujourd’hui on retire du. soufre presque tout celui qui est employé dans les arts , par un procédé beaucoup moins dispendieux. Il est le résultat de la combustion du soufre qui, en brûlant , se combine avec l’oxigène qui se trouve dans l’air atmosphérique et dans le mtre dont on ajoute une certaine quantité au soufre. Cependant ce dernier paraît surtout servir à élever la température nécessaire à la formation de l’acide sulfurique ; car il doit entrer dans la composition du sulfate qui est produit. On enflamme ce mélange , et l’on en reçoit les vapeurs dans une chambre de plomb , dont le fond est couvert d’une couche d’eau : les vapeurs qui se rassemblent et s’unissent à l’eau, forment 1 acide sulfurique , qu’il faut considérer comme du soufre complètement brûlé.
L’acide sulfurique , au sortir de la chambre de plomb , n’est pas dans un état concentré , mais
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il est mêle à une certaine quantité d’eau surabondante , et il retient l’odeur de l’acide sulfureux , qui diffère par sa composition de l’acide sulfurique , en ce qu’il n’est pas assez saturé d’oxigène , et que celui-ci y est moins condensé : il retient encore un peu d’acide nitreux , qui provient du nitre qu’on a mêlé au soufre. Si on le laisse quelque temps exposé à l’air , l’odeur de l’acide sulfureux se dissipe ; mais on se sert d’un autre moyen pour lui ôter cette odeur et pour le priver en même temps d’une partie de l’eau surabondante : on le fait évaporer.
Il ne faut qu’une très-petite quantité de substance végétale ou animale pour donner à cet acide une couleur brune , et celui qui est dans le commerce a rarement une couleur bien claire ; mais on peut la lui procurer en le fesant bouillir pendant quelque temps dans une cornue. Par cette opération on le prive en même temps d’une portion d’acide nitrique qui s’y trouve encore ordinairement et d’une portion de l’eau qu il avait retenue : il devient blanc et transparent , et la concentration est d’autant plus grande qu on a fait passer à la distillation .une plus grande quantité d’eau. Pour l’avoir d’une pureté entière, il laut, après avoir séparé la première portion qui est impure et faiblement acide , continuer la distillation jusqu’à ce qu’il ne reste plus
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de liqueur dans la cornue , dans laquelle orw trouve pour résidu un peu d’alcali , qui provient du nitre, et qui reste combine avec de l’acide sulfurique en excès , combinaison désignée par le nom de sulfate acidulé de potasse ; souvent aussi on trouve un peu de sulfate de plomb.
Il faut , pour cette rectification , choisir une cornue qui ne soit pas élevée , et bien l’assujétir dans un fourneau à feu nhd ou simplement dans un bain de sable , afin que les mouvements qu’occasionne l’ébullition de l’acide ne la fassent pas casser.
L’acide sulfurique attire puissamment l’humidité de l’air , et , pour le conserver concentré , on doit le tenir dans des vaisseaux de verre bouchés avec soin.
Lorsqu’on le mêle avec l’eau , il se produit une grande .chaleur , de sorte qu’on doit faire ce mélange peu-à-peu , pour éviter la fracture du vase : on prévient cet accident en fesant le mélange dans un vase de plomb. Pour faire un mélange exact , il faut remuer long-temps la liqueur avec une baguette de verre ; car , malgré la grande affinité de cet acide pour l’eau , la différence des pesanteurs spécifiques s’oppose à leur combinaison.
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La différence de volatilité et l’action mutuelle de l’acide sulfurique et de l’eau expliquent les effets qui sont dus à cette action dans les dif-