‹ Éléments de la grammaire françiaseChapitre 54 sur 55 · AUTRE EXEMPLE · texte numérisé non relu

AUTRE EXEMPLE

« La Gaule, comprenant tout le pays entre le Riiin, les deux mers, les Alpes et les Pyrénées, était devenue, depuis la conquête de Jules César, une province de l’empire romain ; deux peuples barbares, les Visigothsetles Bourguignons, en avaient déjà enlevé une partie considérable aux empereurs , lorsque les Francs , autres barbares sortis de la Germanie , leur enlevèrent le reste , et y fondèrent le royaume de France sous Clovis. On ne connaît guère que de nom les prédécesseurs de ce prince , Pbaramond , Glodion , Mérovée et Chilcféric. »

Il y a dans ce passage cinq propositions. [Continuez l’analyse.]

111°. Les sujets et les attributs sont simples quand ils sont exprimés en un seul mot. Ex. Pierre est âgé ; Ils sont partis : Sujets simples : Pierre f ils ; Attributs simples : âgé, partis.

On regarde souvent comme sujets simples , quoiqu’ils ne le soient pas dans la rigueur du terme , les substantifs accompagnés d’un article. Ex. Le soleil est couché; les astres brillent (c’est-à-dire les astres sont brillant) : — le soleil , les astres sont souvent donnés comme sujets simples.

Les sujets et les attributs sont multiples , quand ils expriment à la fois plusieurs objets différents. Ex. Saint Pierre , saint Jean et saint Matthieu étaient apôtres; La foi, V espérance et la charité sont les trois vertus théologales : ces propositions ont des sujets multiples. C’est Y attribut qui est multiple dans cette proposition : La cocarde française est bleue, rouge et blanche.

Les sujets et les attributs sont complexes , quand ils sont accompagnés de quelque adjectif, ou, en général, de mots qui en modifient la signification. Exemples de sujets complexes : Alexandre , fils de Philippe, ou Alexandre le Grand, ou Alexandre , roi de Macédoine , fut un prince puissant. Exemples d 'attributs complexes : Alexandre fut souvent digne d'éloges, ou Alexandre a vaincu Darius, c’est-à-dire a été vainquant Darius.

Les mots qui déterminent le sujet ou l’attribut complexe , si ce ne sont pas des noms ou des adjectifs qui s’y rapportent, s’appellent en général compléments, parce qu’ils complètent leur signification ;

dans les phrases précédentes de Philippe est complément de fils , de Macédoine est complément de roi.

Les compléments sont simples ou directs quand ils sont exprimé* sans préposition , exemple : Alexandre a vaincu Darius , Darius est complément direct de a vaincu ; on les nomme indirects quand on les considère avec la préposition qui les régit : dans la phrase il répondit à son frère , à son frère est le complément indirect de il répondit.

Il peut arriver qu’un complément ait aussi besoin d’être complété par un nouveau mot, qui est pour lui-même à son tour un complément. Ex. Le frère du roi de France s’appelait autrefois Monsieur ; le sujet est ici le frère du roi de France ; dans lequel , du roi est complément de frère , et de France complément de roi.

Voici quelques exemples d’une analyse où l’on tient compte des sujets et des attributs simples , multiples , ou complexes.

(( Une fougue aveugle les précipitait dans le péril ; sans précaution , sans prévoyance , ils dédaignaient même les armes défensives ; ils combattaient souvent presque nus. Cette indomptable vivacité les rendait inquiets, querelleurs , vains , duellistes. »

Il y a dans ce passage quatre propositions.

1 Sujet : une fougue ; il est com-

plexe, parce qu’il est déterminé par aveugle.

précipitait pour était précipitant.

Verbe : était.

Attribut : précipitant ; complexe, parce qu’il a pour complément : 1° les Gaulois, représentés par les ; 2U dans le péril ; 3° sans précaution , sans prévoyance.

2 Sujet : ils

dédaignaient pour étaient dédaignant.

Verbe : étaient.

Attribut : dédaignant; complexe , parce qu’il est déterminé par môme , et a pour com-

plément direct : « les armes défensives, d

3 Sujet : ils; complexe, quoiqu’il paraisse exprimé en un seul mot , parce qu’il est réellement déterminé par presque nus , rejeté après combattaient.

Vkrbk et Attribut : combattaient; L* attribut est complexe , parce qu’il est déterminé par souvent,

h Sujet : cette indomptable vivacité; fl est évidemment complexe.

Verbe et Attribut : rendait; irattribut est complexe , parce qu’il a pour complément multiple : « eux [représenté par les J inquiets, querelleurs, vains, duellistes. »

IV0. En considérant les propositions entre elles, on trouve qu’elles sont absolues ou relatives.

Une proposition absolue est celle qui n’a besoin pour être parfaitement comprise , que des mots dont elle se compose : le tempt est à l’orage ; la mer est calme ; la musique est la langue du cœur , sont trois propositions absolues ou complètes; car l’esprit n'attend plus rien après elles.

Une proposition est relative ou partielle lorsque le sens qu’elle exprime suppose un autre jugement et, par conséquent, une autre proposition pour compléter la première. Ainsi dans cette phrase T

d’analyse. 69

Les astronomes disent que Jupiter a quatre lunes , — les astronomes disent , voilà la première proposition dont le sens est incomplet jusqu'à ce qu’on sache ce qu’ils disent : savoir , que Jupiter a quatre lunes. Ces mots viennent donc déterminer la première proposition.

Deux propositions pareilles sont ce qu’on appelle corrélatives ; leur réunion forme une proposition composée ou , comme on dit souvent , une phrase.

Dans une proposition composée , l’une des deux corrélatives n’ayant d’autre objet que de déterminer l’autre , on dit qu’elle est secondaire , subordonnée ou déterminante. Celle qu’elle détermine est la proposition principale. Ex. Je vous enverrai un livre, si vous le désirez ; — proposition principale : je vous enverrai un livre ; — proposition secondaire : si vous le désirez ; celle-ci détermine la première par l’expression d’une condition.

Une bonne analyse logique doit exprimer la nature des propositions , après avoir fait connaître leurs termes.

L’exemple suivant donnera une idée de la manièr *dont ce travail doit être fait.

<c Quand vous voyez les enfants disposés à vous entendre, racontezîeur quelque fable courte et jolie. Mais choisissez quelques fables d’animaux qui soient ingénieuses et innocentes. »

Il y a ici quatre propositions, deux principales et deux secondaires.

1 Conjonction : quand.

Sujet : vous.

voyez pour êtes voyant .

Verbe : êtes.

Attribut : voyant; complexe , parce qu’il est déterminé par « eux [tes] disposés à vous entendre. »

Proposition secondaire , puisqu’elle commence par la conjonction quand. En effet, elle détermine la suivante , en disant à quel moment il faut leur raconter une fable.

2 Sujet : vous (sous-entendu).

Racontez pour soyez racontant.

Verbe : soyez.

Attribut : racontant; complexe, parce qu’il est. déterminé par les compléments leur pour à eux, et quelque fable courte et jolie.

Proposition principale relative.

B Conjonction : mais.

Sujet : vous (sous-entendu).

Choisissez pour soyez choisissant.

Verbe: soyez.

Attribut : choisissant ; complexe , parce qu’il est déterminé par quelques fables d'animaux.

Proposition principale, parce qu’elle n’en détermine aucune autre; elle est relative, parce qu’elle est déterminée par celle qui la suit. l\ Sujet : qui.

Verbe : soient.

Attribut : ingénieuses et innocentes : c’est un attribut multiple.

Proposition secondaire, parce qu’elle détermine le complément de la précédente, quelques fables d'animaux. — On en est d’ailleurs certain d’avance, puisque la proposiliçn commence par le qui conjonctif.

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