INVAGINATION ET ÉTRANGLEMENT INTERNE
L'occlusion intestinale reconnaît des causes très-diverses : obstruction intestinale, compression par une tumeur, étranglemont par une bride, enroulement de l'intestin, invagination, péritonite généralisée ou circonscrite , inflammation circons? crjjtede. l'intestin, peut-être spasme de la tunique musculaire. Cette occlusion intestinale détermine, quelles que soient ses causes, un symptôme commun, Viléus, c'est-à-dire des vomissements incessants d'aliments, débile, puis de matière chyleuse contenue dans l'intestin grêle. Ces vomissements incessants s'accompagnent d'une constipation plus ou moins complète, et do douleurs violentes qui ont mérité à cette affection le nom de miserere. Quelques auteurs ont pensé, à cause du symptôme commun, que toutes ces affections diverses devaient être réunies et décrites sous le nom do passion iliaque, d'occlusion intestinale et d'étranglement interne. Mais, les symptômes et le pronostic variant considérablement suivant qu'il existe une invagination intestinale ou un étranglement interne, déterminé par l'une quelconque des causes do l'occlusion intestinale, nous décrirons séparément Y invagination et l'étranglement interne.
Art. I. — Invagination intestinale
Cette maladie est caractérisée anatomiquement par la pénétration du bout supérieur de l'intestin dans le bout inférieur. LHrivaginatibn siège tantôt sur le gros intestin, tantôt sur l'intestin grêle, ce qui constitue deux formes distinctes.
I. Invagination du gros intestin.— L'invagination du gros ndostin est de beaucoup la plus fréquente et la plus grave des
deux formes de cette maladie ; c'est la seule qu'on observe dans la première enfance.
Le plus ordinairement la maladie débute brusquement; d'autres fois elle est précédée de diarrhée, de coliques, de vomissements survenant d'une manière irrégulière.
Qu'il y ait ou non des prodromes, l'invasion de la maladie est caractérisée par des vomissements ; ces vomissements sont d'abord alimentaires, puis bientôt composés de matières muqueuses et aqueuses, accompagnés de selles, petites, répétées, sanguinolentes, et très souvent chez les enfants d'une véritable entérorrhagic.
La douleur de ventre survient ensuite ; elle est extrêmement vive, limitée à un point du ventre, accompagnée d'une grande anxiété, et d'un faciès caractéristique : yeux caves, traits tirés, face pâle ; le ventre est encore peu ballonné ; le pouls est petit, accéléré, sans chaleur à la peau.
La maladie fait des progrès plus ou moins rapides ; le ventre se ballonne. Le plus souvent on peut constater une tumeur oblonguc, pâteuse, rendant un son mat à la percussion, située presque constamment chez l'adulte, dans la fosse iliaque gauche ; tandis que la fosse iliaque droite présente une sorte de dépression. Quand le ballonnementdu ventre est excessif, ou quand une péritonite se développe, ces signes sont peu perceptibles. Dans quelques cas, leboutinvaginé ayant pénétré jusque dans le rectum, sa présence a pu être constatée par le toucher et par la vue.
La mort et la guérison peuvent.se produire de diverses manières. Les vomissements continuent, deviennent fécàloïdes ; la constipation remplace les petites selles dysentéri formes ; le ventre se ballonne de plus en plus ; la respiration est gênée ; le faciès s'amaigrit, se grippe ; les malades sont- anxieux, agités; le pouls s'accélère et devient de plus en plus petit; puis très souvent les vomissements cessent ; il survient une prostration complète; la peau se refroidit; et les malades succombent sans présenter les symptômes de la péritonite ou les signes d'un travail d'élimination. Cette mort arrive rapl4
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dément du troisième au cinquième jour; dans la première enfance,, elle est quelquefois marquée par une attaque d'éclampsio.
D'autres fois, surtout chez l'adulte, les malades succombent avec complication inflammatoire du côté du péritoine, ou bien à la suite d'une perforation survenue pendant la période d'élimination du bout invaginé.
La guérison se produit par deux mécanismes: parla cessation de l'invagination ou par l'élimination de la portion d'intestin invaginée. Dans le premier cas la guérison a lieu plus près du début : les vomissements cessent ; des selles stcrcorales sont évacuées ; la douleur diminue graduellement; la tumeur disparaît; le faciès redevient calme, reposé, et la convalescence est rapide.
Quand la guérison doit avoir lieu par l'élimination de l'intestin invaginé, la maladie est bien plus longue. Ce mode de terminaison est souvent entravé par des accidents graves, mortels môme, de péritonite, de perforation. Il arrive rarement à la guérison chez l'adulte et jamais clans la première enfance. Nous verrons que cette élimination est plus facile dans l'invagination de l'intcstion grêle, et c'est alors que nous décrirons ses symptômes, ainsi que les accidents qui peuvent l'accompagner ou la suivre.
II. Invagination de l'intestin grêle. — Cette forme s'observe seulement après la seconde enfance et chez les adultes; elle est, de l'avis de tous les médecins, moins grave que la précédente. Son début est moins brusque ; les vomissements des aliments et des boissons, une douleur vague et la constipation caractérisent son début. Les vomissements deviennent bientôt fécaloïdes ; les douleurs excessives reviennent par accès ; la tumeur n'est pas toujours perceptible, et le ballonnement est borné d'abord à la région ombilicale. La maladie revêt deux aspects différents suivant que la péritonite se développe ou ne se développe pas.
Dans le premier cas on observe une fièvre violente, avec pouls petit et très-Jiréquentj une chaleur brûlante; une douleur de ventre au moindre contact ; L'altération des traits ; les malades succombent rapidement dans le refroidissement et l'as-
pliyxie. Si la péritonite ne se déclare pas, la maladie marche bien plus lentement ; elle peutse prolonger des semaines; alors, si la terminaison est funeste, elle a lieu par épuissement des forces ou par une complication qui accompagne l 'élimination de la portion inyaginée.
La guérison peut avoir lieu par la cessation de l'invagination ; alors, la douleur et les vomissements cessent et le cours des matières se rétablit.
L'élimination de la portion invaginée a été fréquemment observée dans cette forme : elle s'accompagne de symptômes plus ou moins graves.
Quelquefois, c'est au moment où la maladie a atteint son apogée, alors que les vomissements sont incessants, les douleurs excessives, que celle terminaison se produit. La prostration devient plus considérable, le faciès s'affaisse, la mort semble imminente; puis quelques gaz fétides, à odeur gangreneuse, bientôt suivis d'une évacuation de matières sanguinolentes et putrides, annoncent le commencement du travail. Habituellement après quelques jours, une portion d'intestin, ayant quelquefois plus d'un mètre d'étendue, est évacuée par le rectum. Cette élimination est souvent suivie d'une hémorrhagie intestinale plus ou moins intense. D'autres fuis, l'élimination du bout invaginé se fait plus tardivement et avec des symptômes moins graves.
Les accidents qui peuvent accompagner l'élimination sont au nombre de deux : la péritonite et l'épuisement du malade.
La péritonite peut être occasionnée : 1° par la propagation au péritoine de l'inflammation éliminatrice ; 2° par la rupture des adhérences encore peu solides entre les deux bouts de l'intestin. L'épuisement du malade se produit quand l'élimination est trop lente à s'opérer.
Les accidents consécutifs sont : la diarrhée et les rétrécissements. La diarrhée a quelquefois entraîné la mort des malades par sa persistance et son abondance. Les rétrécissements qui suivent l'élimination du bout invaginé peuvent devenir à leur tour la cause d'accidents d'occlusion intestinale ; mais le plus