‹ Éléments de médecine pratique [electronic resource]Chapitre 288 sur 350 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

M Y ALGIE

C'est une affection caractérisée par une douleur d'un ou de plusieurs muscles, douleur qui augmente par le mouvement du muscle malade et disparaît habituellement dans le repos absolu. Cette douleur s'accompagne d'un léger degré de contracture, et,quand la myalgie devient chronique, le muscle malade se rétracte.

Tous les muscles du corps peuvent être le siège de cette affection, mais nous ne décrirons que les deux principales varietés : le torticolis, le lumbago. Il est facile de compléter l'histoire des myalgies en appliquant à chaque muscle ce que nous dirons de quelques-uns.

MYALGIE. — TORTICOLIS.

Art. Ior. — Torticolis

Le torticolis est une myalgie qui siège sur les muscles du cou. Cette affection peut atteindre le sterno-cléiclo-mastuïdien ou les muscles postérieurs du cou : trapèze, spleniits, grand et petit complexus. Dans ce cas, l'affection est toujours beaucoup plus rebelle.

Cette affection, comme toutes les myalgies, survient princilement chez les hystériques et les goutteux. Mais elle se manifeste aussi en dehors de tout autre état morbide et constitue une maladie essentielle. La plupart des auteurs font de la myalgie un rhumatisme musculaire. Mais cette opinion repose uniquement sur ce fait que les myalgies se développent toujours à l'occasion d'un refroidissement. C'est là, nous l'avons déjà dit, un préjugé aussi faux qu'il est généralement répandu; jamais une circonstance étiologique de l'ordre des causes occasionnelles n'a suffi pour constituer une espèce morbide, et nous n'admettrons la nature rhumatismale des myalgies que le jour où des observations cliniques auront démontré une filiation entre cette maladie et le rhumatisme articulaire aigu.

Le torticolis est bénin ou grave. Dans le premier cas, il dure quelques jours, et dans le second, il se prolonge des semaines et a une grande tendance à se terminer par la rétraction musculaire.

Quand la douleur siège dans le sterno cléido-mastoïdien, le malade, pour éviter le mouvement du muscle douloureux, tient sa tête inclinée du côté affecté et la fait légèrement tourner du même côté ; s'il veut redresser la tête et tourner la face du côté opposé, la douleur devient extrêmement vive et arrache un petit cri au malade. Cette douleur diminue après quelques jours, et la maladie ne laisse aucune trace.

Quand le torticolis occupe les muscles de la région postérieure, le malade tient la tête inclinée du côté affecté et dans une position qui place les muscles malades dans le relâchement, et varie avec les muscles atteints. Les mouvements sont ren-

dus impossibles par la douleur qui accompagne la contraction des muscles affectés.

Quand les douleurs sont très-vives, elles entraînent l'insomnie et une certaine pesanteur douloureuse de la tête.

Le torticolis présente souvent des alternatives d'aggravation et de rémission ; quelques-uns nous ont offert des rémittcnces complètes pendant quelques heures et une certaine régularité dans le retour des accès.

Quand le torticolis passe à l'état chronique, les douleurs diminuent beaucoup et finissent par disparaître ; mais la tête reste fixée clans une inclinaison vicieuse, et, après un temps variable, les vertèbres du cou participent à la déviation et la rendent irrémédiable. Si les malades sont abandonnés à euxmêmes, les apparences de la difformité diminuent beaucoup par des inclinaisons volontaires qui corrigent un peu les dévialions pathologiques.

Traitement — Belladona, bryonia, nux vomica, sont les médicaments principaux du torticolis à la période aiguë. Belladona est celui qui nous a le plus souvent réussi ; il faut prescrire une première dilution, et souvent quelques gouttes de teinture mère.

Quand la maladie est intermittente, le sulfate de quinine à hautes doses devient le médicament le plus efficace.

L'électricité et le massage m'ont rendu des services dans quelques cas. Un appareil orthopédique qui lutte contre la rétraction musculaire est quelquefois nécessaire, mais il doit être continué longtemps. Dans les cas rebelles, il ne faut pas trop tarder à employer la ténotomie.

Art. II. — Lumbago.

C'est une myalgie très -fréquente et très-douloureuse qui siège sur les muscles sacro-lombaires.

On l'observe très-fréquemment chez les goutteux. Le lumbago débute quelquefois tout à coup à la suite d'un effort musculaire. Ordinairement il commence plus lentement et survient

MYALGIE. — LUMBAGO. — TRAITEMENT. OUÔ

à la suite de fatigue des muscles lombaires, bien plus souvent qu'après un refroidissement, circonstance étiologique importante à retenir pour écarter le préjugé qui regarde toutes les myalgies comme des rhumatismes.

La douleur siège quelquefois d'un seul côté; plus souvent elle occupe les deux avec une prédominance à droite ou à gauche. Quand le malade est debout, il marche courbé en avant et quelquefois incliné de côté, de manière à tenir dans le relâchement les muscles malades ; s'il veut se redresser, il éprouve une douleur violente, qui disparaît lorsque le muscle malade est au repos. Les douleurs reparaissent au moindre mouvement, et dans les accès forts le malade est complètement immobilisé; la toux, l'éternuement, répondent douloureusement dans le point affecté.

Gomme le torticolis, le lumbago est souvent bénin et se dissipe après trois ou quatre jours ; d'autres fois il est grave et passe à l'état chronique. Si on ne peut pas le guérir, il entraîne une déviation de la colonne vertébrale.

Traitement. — Nux vomica, bryonia et sulfur sont les médicaments principaux dans la période aiguë.

Pour nux vomica et bryonia, il faut prescrire des premières dilutions, 20 à 25 gouttes dans une potion de 200 grammes. Si la douleur résistait, il faudrait s'adresser à la teinture mère. Nux vomica est ici le médicament principal. Le D1' Crétin prescrit ce médicament à la dose de plusieurs gouttes de teinture mère.

Quand le lumbago est passé à l'état chronique, rhus et sulfur constituent les deux meilleurs médicaments. Les douches de vapeur, le massage, l'électricité et les eaux minérales sulfureuses amènent habituellement une guérison complète.

Page 1