MAL DE POTT
C'est une affection scrofuleuse caractérisée par la carie des vertèbres. Cette affection , qu'on pourrait appeler la tumeur blanche du rachis, est d'une fréquence et d'une gravité telles, que nous avons cru devoir lui consacrer un chapitre spécial.
Les lésions du mal de Pott comprennent plusieurs éléments : la carie des vertèbres, la destruction des disques intervertébraux et la formation d'abcès dits par congestion.
La carie vertébrale est ici plus souvent qu'ailleurs de nature tuberculeuse : les tubercules sont enkystés ou infiltrés. Dans le premier cas, ils déterminent une véritable caverne au sein du tissu osseux ; dans le second, ils produisent l'hypertrophie interstitielle, l'éburnation, puis la nécrose de la portion d'os infiltrée.
Les cartilages qui séparent deux vertèbres malades, pris entre deux inflammations, se décollent, et par cela même se trou-
vent privés de circulation et se mortifient. Après leur destruction, le corps des vertèbres infiltré de tubercules, creusé de cavernes, ramolli par la carie, se trouve en contact immédiat, et le frottement produit parles mouvements du corps, le poids des parties supérieures, les efforts musculaires, amené une destruction, un écrasement plus ou moins considérable du squelette et une déformation caractéristique.
La déformation du mal de Pott est une incurvation du rachis à angle très-saillant en arrière. Cet angle est formé par les apophyses épineuses. Quelquefois l'incurvation du rachis est latérale ; c'est lorsque la destruction osseuse porte principalement sur un côté de la vertèbre.
Cette déformation a lieu brusquement à la suite d'un effort ou, au contraire, lentement et insensiblement. Dans le premier cas surfout, elle peut produire une compression de la moelle, d'où fourmillement et paralysie plus ou moins complète des membres inférieurs.
V abcès par congestion est un vrai kyste tuberculeux. La matière tuberculeuse ramollie et le pus fourni par la carie vertébrale cl la mortification des cartilages s'enkystent ; et, comme cette suppuration s'augmente chaque jour, le kyste s'étend pareillement, se glissant dans les gaines musculaires et s/étendant quelquefois fort loin du point de départ. Ces abcès représentent assez exactement une bouteille dont le goulot serait appliqué sur la perforation osseuse et le fond se prolongerait plus ou moins loin.
La carie vertébrale siège le plus souvent sur les dcrnién is dorsales et les premières lombaires; mais elle peut occuper un point quelconque de la colonne vertébrale.
Le siège de l'abcès par congestion varie avec celui de la carie. Quand l'affection siège à la région cervicale, l'abcès se localise derrière le pharynx ; et, s'il gagne la région postérieure, il apparaît vers l'angle inférieur de l'omoplate. La carie qui occupe les dernières lombaires donne lieu à un abcès qui file le long de la gaîne du psoas, arrive dans l'aine et jusqu'au petit trochanter. Cet abcès durcit par la station, par la toux, par un effort musculaire; il est en partie réductible. A la région
MAL DE POTT. — TRAITEMENT. Oi. I
dorsale, l'abcès par congestion apparaît le plus souvent dans les gouttières vertébrales. Je l'ai vu suivre la courbure d'une côte et aller communiquer avec une caverne pulmonaire. Quand l'affection siège au sacrum, l'abcès peut rester dans les gouttières de cet os ; mais, le plus souvent, il gagne les ouvertures inférieures du bassin et y forme une tumeur fluctuante.
Les symptômes du début sont une douleur sourde et continue dans un point fixe de la colonne vertébrale ; bientôt la colonne s'immobilise, elle ne peut plus s'arrondir pour la flexion du corps en avant ; et, si le malade veut ramasser un petit objet à terre, il se courbe à angle droit dans les articulations coxoférnorales, mais la colonne demeure entièrement rigide. On observe successivement la déformation du rachis, l'affaiblissement des membres inférieurs, une démarche roide, gênée, et, plus ou moins tardivement, l'apparition de l'abcès par congestion.
Tant que l'abcès n'est pas ouvert, la santé générale se soutient. Presque tous ces malades mangent énormément pour suffire aux pertes qu'ils font continuellement.
Quand l'abcès est ouvert, les malades tombent dans la cachexie scrofuleuse. Malgré la gravité de la lésion, la guérison s'obtient quelquefois, et j'ai trouvé, à différentes reprises, des vertèbres qui présentaient les stigmates indélébiles du mal de Pott. La matière tuberculeuse et les parties nécrosées s'éliminent ; les vertèbres s'affaissent, se rejoignent et se cicatrisent. Alors l'abcès, qui n'a plus de raison d'être, se guérit facilement.
La mort survient par épuisement, comme dans la cachexie scrofuleuse, par une complication de méningite rachidienne ou quelquefois par l'inflammation du kyste tuberculeux à la suite de son ouverture.
Traitement. — C'est celui de la scrofule. Asa fœtida, argenîum, mais surtout silicea, sulfur, kepar sulfurù et les eaux chlorurées sodiques trouvent ici leur indication.
On doit s'efforcer, par l'application d'un appareil orthopédique, de diminuer le poids des parties supérieures, afin d'éviter,
autant que possible, la déformation clu rachis. Des auteurs recommandent de ne pas laisser marcher les malades pendant toute cette période ; ils les laissent couchés, étendus sur le ventre et ne leur permettent qu'un exercice passif. Là est l'inconvénient de cette méthode, qui ne peut être appliquée que pendant quelques mois.
Il ne faut ouvrir les abcès par congestion que lorsque l'on craint de les voir s'ouvrir spontanément. La méthode à suivre ici est celle qui convient à tous les grands abcès froids : une ponction sous-cutanée et des injections iodées. L'appareil de J. Guérin est fort commode pour cette opération. Celui de Dieulafoy est encore plus parfait.