EMPOISONNEMENTS PAR LES VÉGÉTAUX
Art. Ier. — Empoisonnements par les alcools,
* Les liqueurs alcooliques produisent un empoisonnement aigu ,
Yivresse et une intoxication chronique : Valcoolisme.
Ivresse. — Elle présente trois degrés. Dans le premier degré, toutes les facultés sont excitées, les fonctions sont plus actives; c'est la période iï excitation ou de gaieté alcoolique.
Dans le degré plus avancé les fonctions sont troublées: divagation, démarche chancelante et mal assurée, vomissements fréquents qui soulagent.
Dans le plus haut degré de l'ivresse : abolition de la connaissance, de la sensibilité et du mouvement ; stertor, état apoplectiforme ; les empoisonnés sont ivres-morts. Cet état peut en effet se terminer par la mort; le plus souvent par le même mécanisme que dans l'hémorrhagie cérébrale, quelquefois subitement, par une syncope. Mais habituellement tous ces symptômes se dissipent après un sommeil' de douze à vingt-quatre heures.
Dans des cas très-rares, l'alcool a tué subitement, sans ivresse préalable, par une syncope analogue à celle qui amène quelquetoni la mort subite pendant l'éthérisation.
Les symptômes de Tivresse varient avec les boissons alcooliques et avec les dispositions individuelles. Les vins, surtout îes vins légers, donnent une ivresse gaie et sans souffrance; Teau-de-vie et les vins très -alcooliques produisent une ivresse triste, taciturne, avec céphalalgie et somnolence. C'est surtout avec ce genre de boissons que se produisent les accidents graves du troisième degré. L'ivresse de la bière est aussi fort pénible et se complique de vomissements et d'accidents gastriques ; l'absinthe produit des excitations tapageuses toutes spéciales.
Suivant les dispositions individuelles, l'ivresse est gaie, iriste, douce, sentimentale, turbulente, furieuse, méchante
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Chez les prédisposés, les alcools développent des impulsions maladives, impulsions au meurtre, à l'incendie, au viol, au suicide. L'ivresse est très- facile chez certaines personnes; d'autres sont au contraire complètement réfractaires ; l'état de grossesse, l'hystérie, produisent quelquefois cette immunité.
Les cadavres de ceux qui ont succombé à l'empoisonnement aigu par les alcools exhalent une odeur alcoolique caractéristique; l'alcool se retrouve en nature dans le sang et dans les viscères, principalement dans le foie et dans le cerveau ; le sang présente un grand nombre de globules graisseux. En outre, on rencontre les lésions de la congestion cérébrale la plus avancée et très-souvent une hémorrhagie méningée.
Traitement. — Les inhalations ammoniacales suffisent habituellement pour dissiper les symptômes de l'ivresse ; on peut encore administrer une potion avec 20 gouttes d'ammoniaque liquide. Le café noir combat aussi les souffrances produites par l'ivresse. Dans les cas graves il faut provoquer les vomissements, et si l'estomac ne répond pas aux vomitifs, retirer le liquide alcoolique à l'aide de la pompo stomacale; ensuite on combat les symptômes apoplectiformes par l'opium ; si les dilutions sont insuffisantes, il faut administrer des doses massives. Dans les cas où l'asphyxie était imminente,on a retiré de bons effets de l'application du marteau de Mayor, de la respiration artificielle et même de la trachéotomie. Les ablutions froides sur la face etsur la tête rendent aussi quelques services.
Alcoolisme. — Ce mode d'empoisonnement se produit surtout chez les individus qui boivent habituellement de grandes quantités d'alcool sans s'enivrer . Les premiers symptômes ont un léger tremblement des mains, une anorexie incomplète et des troubles du sommeil. Plus tard le tremblement gagne les avant-bras, les pieds, les jambes, la langue et la face; en même temps se manifestent un affaiblissement notable de la contractilité musculaire et une paralysie incomplète de la sensibilité, caractérisée surtout par des fourmillements. Ces four-
millements sont continuels, envahissants, et toujours plus marqués aux membres supérieurs.
Les sens spéciaux, après une excitation passagère, subissent une diminution notable dans leur énergie et des troubles divers dont les principaux sont des hallucinations qui revêtent toujours un caractère terrifiant. Le sommeil est de plus en plus incomplet et troublé par des cauchemars ; en même temps les fonctions digestives se détériorent de plus en plus ; l'anorexie est complète; la soif vive. Chez les buveurs de vin blanc, d'eau-devie et de bière, la pituite fait son apparition ;elle est caractérisée par des vomissements de glaires ou de bile qui ont lieu chaque matin.
A ce moment de l'alcoolisme, les malades sont souvent atteints de folie, d'épilepsie et d'accidents variés, sur lesquels nous allons revenir, après avoir terminé la description de l'empoisonnement chronique par l'alcool.
La mémoire se perd, les facultés intellectuelles se dégradent, le caractère devient abject ; le tremblement et la paralysie générale arrivent au point de forcer les malades à garder le lit ; l'amaigrissement, la diarrhée, les abcès, les gangrènes viennent terminer la scène, comme dans la démence essentielle.
Dans l'alcoolisme avancé, les dégénérescences du cœur et des artères amènent des troubles cardiaques divers et quelquefois la rupture du cœur. Un accident plus fréquent est l'apoplexie déterminée par hémôrrhagie ou. par ramollissement ; Tune et l'autre lésion étant dues à l'altération des tuniques artérielles. Un certain degré d'alcoolisme favorise l'embonpoint, soit que l'alcool serve à l'alimentation (aliment respiratoire), comme on l'a cru longtemps, soit qu'éliminé en totalité, il ne fasse que retarder la désassimilation. Un résultat funeste de l'alcoolisme à un degré même peu avancé, c'est de détruire la résistance vitale, en sorte que les maladies deviennent três-meurtrières dans cette catégorie d'individus.
Indépendamment des troubles produits par l'alcoolisme chez presque toutes les personnes soumises à cette intoxication, l'alcool est une cause très-puissante d'un certain nombre de maladies ; ce sont : la folie, la paralysie générale, la démence, la
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chorée, î'épilepsie, la gastrite chronique, la cirrhose, la maladie de Bright. Ces maladies présentent, mêlés aux symptômes qui leur sont propres, les symptômes de l'alcoolisme. Ainsi la folie, développée chez les ivrognes, a pour caractère les hallucinations terrifiantes, l'anorexie et le tremblement des membres. La plupart des auteurs décrivent une folie, une épilepsie, une démence et une paralysie générale alcooliques. Nous croyons qu'il suffît de savoir que l'alcoolisme conduit à ces maladies et leur imprime un cachet spécial: le mélange des symptômes de l'alccolisme avec ceux delà folie, de l'épilepsie, etc.
Traitement. — Le traitement de l'alcoolisme chronique est peu avancé et peu efficace. La première condition est la cessation graduelle des alcools. Opium, nux vomica, bettadona, arsenicum, lachesis sont les médicaments indiqués par les symptômes.
Opium est indiqué par l'état apoplectiforme avec pouls lent, face rouge, stertor, pupille contractée; ou bien par délire avec fureur ; hallucinations effrayantes; envie de s'enfuir, typhomanie: tremblement des membres et tressaillement des muscles de la face.
Belladona, délire, hallucination avec visions d'animaux; parole embarrassée ; sourire continuel ; mouvement fébrile intense ; pupille platée.
Nux vomica, affection gastrique de l'alcoolisme ; pituites avec constipation et ténesme rectal, dyspepsie et gastralgie ; elle convient aussi contre le délire avec hallucination effrayanteet envie de s'enfuir.
Arsenic, affection gastro-intestinale ; pituite avec diarrhée ; tremblement des membres.
Lachesis pour le délire avec hallucination, mais principalement pour la faiblesse et le tremblement des mains.
L'huile empyreumatique, qui s'obtient par la distillation des solanées et qui se trouve en quantité notable dans Feau-de-vie de pomme de lerre, a été employée avec succès par Magnus Huss. C'est là une application de la loi de similitude.
Abt.II. — Empoisonnements par les champignons.
C'est un des plus fréquents et des plus graves, la mort arrive par paralysie du cœur. — Douleurs à l'épigastre; vomissements spontanés ; malaise, état lipothymique ; refroidissement général et sueurs froides, souvent crampes dans les membres, étal cholériforme, délire; souvent convulsions, puis coma et mort. Quelquefois la somnolence et le coma apparaissent d'emblée, sans être précédés d'évacuations.
Traitement. — Favoriser les vomissements par de l'eau tiède; le sel administré à la dose d'une cuillerée dans un verre d'eau agit comme éméto-cathartique ; éviter les acides, l'éther et les alcools, jusqu'à ce que tous les champignons soient évacués ; le café noir en grande quantité est un des meilleurs contre-poisons ; le camphre répond au refroidissement général et à l'état lipothymique. On pourrait, contre les accidents consécutifs, administrer agaricus.
Des expériences répétées ont démontré que V ait opine était la substance qui possédait au plus haut degré le pouvoir de restituer au cœur ses mouvements quand il avait des paralysies par la fausse oronge (agaricus muscarius).Belladone et atropine constituent donc le véritable antidote des champignons vénéneux ; les doses massives et même les injections sous-cutanées d'atropine devront être employées dans les cas graves.
Art. III. — Empoisonnement par les solanées vire uses.
Délire, hallucinations vives et multiples, convulsions; sécheresse de la gorge, dilatation énorme des pupilles ; éruptions diverses, coma ultime.
Traitement. — Evacuer le poison, administrer la solution todurêe de Bouchardat : iodure de potassium, 40 centigrammes; iode, 30 centigrammes ; eau, 1 litre à boire. par demi-verre : efficace dans tous les empoisonnements par un alcali végétal.