CHAPITRE III
TYPHUS FiVER
Le typhus est une maladie pestilentielle caractérisée par des accidents cérébraux ; stupeur, délire, coma, convulsions; par une éruption morbiliforme; par une durée de deux à trois septénaires.
Cette maladie est propre aux races du Nord et en particulier à la race irlandaise, mais elle peut se propager par contagion aux autres races. Elle présente à étudier trois formes.
I.Fqrmjc commune» — Les nombreuses épidémies de typhus fever, en Irlande surtout, son foyer d'élection, ont permis de préciser les habitudes du processus morbide.
L'incubation de la maladie a une durée qui n'est jamais moindre de huit jours. L'invasion est annoncée pendant huit
à douze jours par des prodromes, tels que la courbature, la céphalalgie, l'insomnie; le tintement d'oreille serait, d'après Chauffard, un phénomène constant. A ces premiers symptômes viennent s'adjoindre, dans la période d'augment, de nouveaux désordres. Dès le deuxième jour, il s'établit un mouvement fébrile qui débute par le frisson et se maintient dans les limites de 100 à 120 pulsations. Vers le quatrième, cinquième, sixième jour, se déclare, sur le tronc et le ventre surtout, une éruption morbiliforme à larges plaques avec un fond ecchymotique. Ces plaques, qui peuvent être confluentes sur le corps, ont quelquefois fait prendre la maladie pour une rougeole maligne. En même temps, le faciès est vultueux, le malade est plongé dans la somnolence, sans goûter de sommeil : il y a tout à la fois prostration et stupeur. Les vomissements bilieux, indolores, sans enduit lingual, qui se produisent à cette période sont rattachés au désordre encéphalique par Graves, qui appelle ce vomissement cérébral. — Dans un deuxième septénaire, les phénomènes cérébraux, déjà saillants dans les périodes précédentes, s'accentuent avec une prédominance évidente. Le délire est constant, agité, furieux, avec privation absolue de sommeil. A mesure que s'aggrave l'état du malade, le pouls faiblit, devient inégal ; la respiration revêt le caractère cérébral, c'est-àdire qu'elle devient très-accélérée, inégale et suspirieuse. Les phénomènes du côté du thorax sont peu significatifs et non constants. L'inertie intestinale se traduit par la tympanile et par des selles involontaires ; enfin, au terme de la lutte, l'affaiblissement du pouls, le coma, la dyspnée, le refroidissement, annoncent et amènent la mort.
Lorsque la maladie conclut à une terminaison heureuse, le premier signe de salut est le retour du sommeil, ne fût-ce que pour une heure; c'est l'indice d'une délente; le délire tombe ; la langue, noire et sèche, s'humecte. Alors commence une convalescence longue , difficile, semée de dangers spéciaux ; ce, sont des parotidites, des hémorrhagies, deséi'ysipèles, des phlegmasies viscérales ; c'est encore la rechute possible par la reprise des troubles cérébraux ou intestinaux ; parfois même
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on a vu une syncope brusque interrompre la convalescence et la vie.
Le tracé Ihermique a pour caractère une ascension brusque qui atteint son summum 40 à 41 degrés dès le deuxième jour; la chute de la chaleur est également rapide et l'on n'observe pas la décroissance en échelon propre à la fièvre typhoïde.
Forme gangreneuse , forme nerveuse. — A côté de la forme commune, le typhus présente encore une forme gangreneuse avec tendance aux hémorrhagies multiples et une forme nerveuse remarquable par la lenteur relative de l'évolution morbide ei par l'intensité des troubles de l'innervation. Vers la fin du deuxième septénaire de cette dernière forme, le délire, loin de cesser, devient constant et s'accompagne de roideur tétanique et d'un état cataleptique : cette forme est particulièrement grave dans une maladie qui est déjà très-meurtrière. Un caractère très-important, c'est que le mouvement fébrile manque complètement pendant presque toute la durée de cette ferme.
Anatomie pathologique. — Toutes les lésions du typhiis sont des congestions : congestions du cerveau, de la pie-mère, de Pinteslin,du poumon, de la rate, du foie. Les plaques de Peyer et les ganglions mésentériques ne présentent à aucun degré les lésions caractéristiques qui altèrent ces organes dans la fièvre typhoïde.
Etiologie, — Le typhus présente à un haut degré les caractères d'épidémicité et de contagiosité. 11 est originaire de l'Irlande et de l'Ecosse; l'aptitude à le produire semble même appartenir à la race de ces contrées aussi bien qu'au sol. Les causes occasionnelles sont l'encombrement et les privations : aussi est-ce la maladie des camps, des villes assiégées, et en 4847 elle accompagna fidèlement la famine qui désola Tirlande.
Quelques médecins confondent encore ic typhus et la fièvre
typhoïde. Voici les raisons qui nous portent à séparer radicalement ces deux maladies :
Le typhus est une maladie pestilentielle , il en a tous les caractères.
1° 11 a un lieu de naissance, comme la peste, le choléra et la fièvre jaune; son lieu d'origine est l'Irlande, ou il se développe spontanément ; de là les Irlandais Y importent par contagion en Angleterre et en Amérique. En Crimée, notre armée n'a eu le typhus qu'à partir du moment où elle a été en contacte avec les soldats anglais, c'est-à-dire avec des Irlandais (D* Cazalas, Affections typkiques dans les armées d'Orient)*
D'autres races du nord de l'Europe, les Slaves en particulier, semblent aussi disposées au typhus, mais aucune ne présente ce caractère au même degré que les Irlandais.
2e caractère, mortalité effrayante. — En Irlande, la mortalité n'est jamais moins d'un tiers; elle est souvent de moitié. A Gaëte, elle a été des deux tiers. Enfin, au siège de Mayence, il est mort 25,000 hommes sur une garnison de 60,000.
3e caractère , contagion. — Le typhus est contagieux à la manière des maladies pestilentielles, c'est-à-dire qu'il lui fout un milieu convenablement disposé pour qu'il éclate dans toute sa force ; autrement il végète, il languit et s'éteint tout à fait, comme on a pu le voir en France au retour de Grimée.
4e caractère. Le mouvement fébrile ne lait pas partie nécessaire du processus morbide; la forme nerveuse marche absolument sans fièvre pendant douze ou quinze jours.
Le typhus est donc une maladie pestilentielle; il s'accompagne d'une éruption morbiliforme ; ses lésions sont essentiellement des congestions multiples. Une des formes les plus graves se développe sans mouvement fébrile.
La fièvre typhoïde est le type des maladies fébriles, son éruption est constituée par de petites papules qu'il faut sauvent rechercher avec soin, tandis que les taches du typhus recouvrent une grande étendue. Là fièvre typhoïde est contagieuse dans de très-étroites limites, tandis que le typhus est
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très-contagieux. Les lésions de la fièvre typhoïde sont presque toutes inflammatoires : inflammation de la pie-mère et de la substance grise; encéphalite circonscrite; bronchite avec engouement et noyaux d'hépatisation; ulcération et inflammation de la muqueuse digestive ; inflammation et quelquefois suppuration des ganglions mésentériques, etc., etc. Enfin, le tracé thermique, image fidèle du mouvement fébrile, permet à lui seul de distinguer les deux maladies.
Traitement. — Trois médicaments principaux sont indiqués dans le traitement du typhus : aconilum, belladona et opium.
Aconitum convient au début et avant l'apparition de l'exanthème. Plus tard, on aura recours à opium ou à belladona. Opium est indiqué par un délire furieux avec insomnie et pupille rétrécie ; belladona au contraire convient quand les pupilles sont dilatées. La forme gangreneuse fait surgir les indications à'arsenicum, lachesis et china. La forme nerveuse demandera plus particulièrement valeriana> lachesis et pkosphorus. L'opium à hautes doses a rendu de véritables services dans le traitement de cette maladie. Nous renvoyons au traitement de la fièvre typhoïde pour les indications des affusions froides et du régime.