‹ Éléments de paléographie (volume 3)Chapitre 128 sur 260 · SCEAUX DU CLERGE · texte numérisé non relu

SCEAUX DU CLERGE

S I. SCEAUX DU CLliBGÉ SLCl L1EK.

i° Sceaux des cardinaux.

Mabillon a passé sous silence les anciens sceaux des cardinaux; Heineccius se contente de dire qu'ils employaient autrefois des types ronds ou ovales, imprimés sur de la cire rouge. Les Bénédictins ont reproduit, d'après ce dernier auteur, le sceau de Nicolas de Cusa, promu au cardinalat en i448; mais ils ne citent pas de sceaux des siècles précédents, et n'essayent pas d'en fixer l'origine. Ils font remarquer seulement qu'au commencement du xve siècle, et sans doute longtemps auparavant , les cardinaux avaient , outre leurs sceaux publics, des sceaux secrets, dont l'existence est constatée par un acte du ili. mai i4o8. On ne peut guère douter que les cardinaux n'aient été obligés d'avoir des sceaux publics, du moment où le droit d'élire le souverain pontife leur fut exclusivement attribué. Plusieurs textes cités par du Cange prouvent que le collège des cardinaux était complètement organisé avant l'année 1060; il se composait alors, i° des sept évêques, d'Ostie, de Porto, de Sainte-Rufine ou Silva-Candida2, d'Albano, de Sabine, de Tusculum ou Frascati, et de Préneste ou Palestrine; 20 d'un certain nombre de prêtres et de diacres cardinaux. En 1 2 2 4, quatre de ces évêques, six prêtres et cinq diacres écrivirent à Louis VIII, pour l'engager à remettre en liberté le comte de Flandre; cet acte, déposé au Trésor des chartes (J. 533), ne fut scellé que par un évêque, un prêtre et un diacre ; mais il résulte du passage suivant que les autres cardinaux avaient aussi des sceaux : « Quia verô non est de consue- « tudine quôd omnium nostrûm sigilla eidem imprimantur scripture, nec ali- « quibus litteris nisi privilegiis duntaxat apostolicis subscribamus , sigillis prio- « rum nostrorum Hugonis Hostiensis episcopi, Leonis titulo sancte crucis in « Ierusalem presbiteri, Octoviani sanctorum Sergii et Bachi diaconi, cardina- «lium, presentem cartam fecimus communiri. » Ces trois sceaux sont en cire

1 Nous ne parlerons pas des bulles de plomb des plus remarquables dans la Liste alphabétique des

papes; les modèles de la planche U suffisent pour princes souverains.

faire connaître ce genre de types; nous avons 2 Cet évêché fut réuni en 1120 par Calixte II

d'ailleurs décrit quelques-unes des bulles les à levéché de Porto.

jaune. Il existe aussi (J. 538, an 12A5) un sceau en cire jaune d'Odon, évêque de Tusculum; mais à partir de 1270, tous les sceaux de cardinaux que nous avons rencontrés au Trésor des chartes sont en cire rouge. Au xive siècle, cette cire rouge était quelquefois appliquée sur un moule de cire jaune; dans les deux siècles suivants, on la plaça aussi au fond d'une boîte. Ces empreintes ont presque toutes la forme de l'ogive ; nous n'en avons rencontré que trois qui fussent rondes. La première est suspendue à une charte qui remonte à la première moitié du xne siècle, et dont la date ne peut être antérieure à 1 i3o, ni postérieure à 1 1 43. Cet acte fut scellé par Thibaut, comte de Champagne et de Blois, par Raoul, abbé de Saint-Pierre de Lagny, et par Ives, prêtre cardinal du titre de Damase, qui était alors légat du Saint-Siège en France. Ives est représenté à mi-corps sur cette empreinte , qui n'a que quatorze lignes de diamètre : f Ivonis card. titvli Damasi signvm (S. 2 158). Les deux autres empreintes sont beaucoup plus récentes : l'une est du milieu du xrye siècle, l'autre du milieu du xvie.

Comme la dignité de cardinal était attachée aux sept évêchés dont il a été question tout à l'heure, les titulaires se sont dispensés pendant longtemps de la mentionner sur leurs sceaux, et souvent même dans les actes. Le sceau de Conrad, évêque de Porto et de Sainte-Rufine , porte pour légende: t sigill. Conradi Portven. et sce. Pivfine épi. (J. 33 7, an 1220); dans l'acte, il ne prend pas non plus le titre de cardinal. Ce titre est également omis dans des chartes d'Odon, évêque de Tusculum en 12 45; de Raoul, évêque d'Albano en 126g; de Gérard, évêque de Sabine en 1290, et de Bernard, évêque de Porto et de Sainte-Rufine en 1 3 1 7. En i3Ô2, au contraire, Gui, évêque de Porto et de Sainte-Rufine, s'intitule cardinal de la sainte église romaine, et le mot cardinalis termine la légende d'un sceau rond, dont le champ est occupé par un écu ayant pour armes un gonfanon, et pour supports deux anges (J. 237). En 1379, Jean' évêque de Préneste, employait un sceau en ogive où le titre de cardinal était aussi exprimé: s. Iohannis Dei gracia episcopi Penestrini cardinalis (J. 207). Il est donc probable que l'usage d'inscrire ce titre sur les sceaux n'a été adopté par les évêques cardinaux ] que dans le courant du

1 II n'est toujours question ici que des prélats titulaires de l'un des évêchés auxquels la dignité de cardinal était attachée de plein droit. On ne cite pas d'autres évêques qui aient été promus au cardinalat avant le pontificat d'Alexandre III. Dom Vaissette affirme qu'au xne siècle, el même au xivE, la dignité de cardinal élait incompatible avec celle d'évêque , en sorte qu'un cardinal nom-

mé évêque cessait de faire partie du collège des cardinaux, et qu'un évêque nommé cardinal se démettait de son évèché. Cependant il parait prouvé qu'à la fin du xn° siècle, Guillaume ne cessa pas d'occuper le siège de Reims lorsqu'il eut été nommé, par Alexandre III ou par Clément III, prêtre cardinal du titre de Sainte-Sabine; niais on peut considérer ce fait comme une exception

Page 1