‹ Éléments de paléographie (volume 3)Chapitre 21 sur 260 · PARTIE IV. — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

PARTIE IV. — CHAPITRE III

pliées de manière à ce qu'une des deux extrémités pût être insérée entre les replis de l'extrémité opposée ; elles portent d'ailleurs la trace d'un sceau appliqué au point de réunion , et qu'il fallait briser pour prendre lecture du contenu. Cet usage n'était probablement pas particulier à l'Italie ; cependant nous n'avons pas eu occasion d'en rencontrer d'autres exemples. Ce qu'il y a de plus remarquable , c'est que la trace des sceaux appliqués au revers de ces lettres, prouve qu'ils avaient exactement la même forme et les mêmes dimensions que les sceaux ordinaires des évêques et des cardinaux du xme siècle; aussi devaient-ils servir non-seulement à clore la lettre, mais à en garantir l'authenticité K

Les sceaux qui servaient de cachet pour les lettres missives, et ceux qui étaient appliqués au bas des actes du xiv% du xve et du xvie siècle, consistaient ordinairement dans une couche de cire fort mince qui ne tenait qu'à un des côtés du parchemin; mais dans les siècles antérieurs, on commençait parfaire une incision dans le bas du diplôme que l'on voulait sceller, et l'on introduisait ensuite une assez grande quantité de cire, qui, en s'aplatissant sous la pression du type , s'étendait sur les deux côtés de la feuille du parchemin , et dépassait en tous sens les bords de l'ouverture qu'on avait dû pratiquer. L'incision se faisait en forme de croix, d'étoile, ou de double croix; on repliait ensuite les angles du parchemin , et l'on obtenait ainsi une ouverture assez large pour donner passage à la cire , dont la plus grande partie se trouvait ordinairement sur le côté de la feuille où l'acte était écrit. Les sceaux plaqués avaient souvent près d'un demi-pouce d'épaisseur, et par conséquent ils offraient assez de solidité pour se conserver pendant longtemps; d'ailleurs on augmentait quelquefois la consistance de la cire en y mettant des poils. Mais si le sceau en lui-même était assez solide pour être facilement préservé de la destruction, ces procédés n'empêchaient pas qu'il ne pût être détaché pour être appliqué ensuite à un acte frauduleux. Cet artifice est exposé dans une décrétale d'Innocent III, dont les Bénédictins citent le passage suivant : «Puirsus, cùm cera « sigilli ab interiori parte vetustissima esset, cera quœ apposita erat ab exte- «riori parte, quasi ad conservationem sigilli, recens videbatur. Quod cùm « diligenter investigatum fuisset , certo certius est compertum quôd sub ve-

1 Les Bénédictins citent, d'après Heineccius, ou peut en dire autant des sceaux renversés ou

une charte de Brunon, évêque d'Hildesheim , placés de travers. (Voyez la Notice du fac-similé

dont le sceau était appliqué sur le revers du n° 3 de la planche XIV. ) Cependant , dès le

parchemin et non du côté de l'écriture : comme cet xme siècle , quelques critiques de mauvaise foi

acte n'était pas une lettre missive , il ne faut voir avaient prétendu sans la moindre apparence de

dans cet exemple qu'une erreur commise par la raison qu'on devait considérer comme nul un

personne qui avait été chargée d'apposer le sceau; acte scellé de cette manière.

« tusto sigillo charta fuerat perforata, et per glutinum novae cerae, quae fuerat « posita exteriùs quasi ad conservationem sigilli, vitiosè sit ipsi chartae sub- « junctum 1. » On essayait quelquefois d'assujettir les sceaux plaqués, soit par un lien de parchemin, soit par un ou deux morceaux de bois placés en travers; cette précaution, qui n'était pas généralement employée, augmentait les difficultés de la fraude , sans cependant la rendre entièrement impossible. Au xive siècle , en diminuant l'épaisseur des empreintes, on les rendit assez fragiles pour qu'il fût impossible de les détacher sans les détruire entièrement ; mais cette manière de sceller avait été adoptée surtout comme plus prompte et plus facile; car les sceaux pendants, dont l'usage était alors très-répandu, avaient beaucoup plus de solidité et ne présentaient pas moins de garantie contre les faussaires.

DuCange, dans ses observations sur l'histoire de Villehardouin , ne fait remonter les premiers exemples de l'emploi des sceaux pendants, qu'au règne de Louis le Gros ; mais D. Mabillon avait reconnu que les évêques et les grands du royaume s'en étaient servis longtemps auparavant : c'est ce que prouvent plusieurs faits cités par les Bénédictins. « Roricon , évêque de Laon, disent-ils , «se servait d'un sceau pendant, l'an 961. Une charte de S. Dunstan, évêque •«" contemporain, fut aussi munie d'un sceau pendant avec des lacs de soie. « Cette pièce, conservée dans les archives de Westminster, ne paraît nullement « suspecte à Roger Ouen , écrivain habile et fort exact, de l'aveu d'Hickes lui- « même. Au siècle suivant, les sceaux pendants des évêques devinrent plus « communs. Celui d'Odon , évêque de Bayeux et frère de Guillaume le Conqué- « rant, a été célébré par le docte anglais que nous venons de citer. D. Mabillon « met au nombre des prélats qui se servirent de sceaux pendants au xie siècle , «Gui, archevêque de Reims, en io53; Gervais, son successeur, en io64; «Ratbod, de Noyon, en 1069; Manassès, de Pieims, en 1096. Ajoutons Heri- « man, évêque de Metz, en 1070. La nouvelle histoire de l'abbaye de Tournus «fournit un titre du 19 janvier 1074, dont le sceau pendant représente « Hulric de Beaugé, à cheval. D. Luc d'Acheri rapporte, à l'an 1000 , un acte «scellé de sept sceaux pendants, où Gaston, vicomte de Béarn, promet de « donner sa fille en mariage à Sanche, fils du roi deCastille. Quant aux sceaux «pendants des princes souverains, celui de Richard II, duc de Normandie, «de l'an 101 5, est un des plus anciens que nous connaissions. Guillaume II, « son petit-fils , usa de sceaux semblables avant et après la conquête qu'il fit

1 La preuve de ces fraudes résulte aussi de par exemple, des sceaux de Louis le Débonnaire l'ignorance des faussaires qui transportaient sur ou de Charles le Chauve. (Voy. Mabillon, De re un diplôme fabriqué au nom de Charlemagne , Diploin. p. 162.)

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