PARTIE IV.— CHAPITRE IV
«fait entre les cités d'Arles et de Nîmes, par le chancelier du même évêque, «avec cette sentence: Fias tuas, Domine, demonstra mihi. Les archevêques de « Lyon , du xme et xive siècle , scellaient en plomb leurs chartes, comme si elles « eussent été des constitutions apostoliques. Les abbés ont aussi fait usage des «sceaux de plomb, quoique très-rarement. Celui que Philippe, comte de « Flandre, envoya, l'an 1181, aux moines de Saint-Augustin de Cantorbéry, « était d'un abbé, aujugement de Spelmanet deD. Mabillon. L'Allemagne con- « serve un nombre de diplômes qui constatent que les évêques du pays ont fré- « quemment suivi le même usage. Hcrman de Wesel, après avoir rapporté une «charte de fondation de l'an 873, dit qu'elle a un sceau de plomb qui, «d'un côté, représente une croix, et de l'autre, le nom de l'évêque de Hil- « desheim. Bruno, évêque deWui^tzbourg, donna un diplôme, en io36, qu'il « authentiqua par une bulle de plomb.... Liemar, archevêque de Brème, avait « coutume de sceller ses chartes en plomb. Lindenbroge et Lambecius en ont « publié une de l'an 1088, qui finit ainsi : Ut res gestaposteritati fiât cognita, car- « tam hanc conscribi jussimus, et bullâ plumbeâ, ut nohis mos est, signari. Ainsi, « quand le même prélat dit simplement dans d'autres chartes qu'il les a fait « sceller avec sa bulle, bullâ nostrâ signari, cela doit s'entendre de son sceau de «plomb. Celui dont se servait Conrad, évêque d'Halberstadt , en 1208, était « de plomb et de forme ronde. D'un côté , l'évêque était assis sur un pliant à « tête de chien, tenant sa crosse de la droite, et un livre ouvert de la gauche,
« avec cette légende : Conrachis Dei gracia Halberstadensis ecclesiœ episcopus
« Les princes souverains d'Occident employèrent aussi les bulles de plomb. « L'empereur Charlemagne, ayant renouvelé le testament du Patrice Àbbon, le « fit sceller d'une pareille bulle, et subter plumbum sigiïlari jussimus. On conserve « dans le monastère de Saint-Sixte, à Plaisance, un diplôme original de Louis « le Débonnaire , auquel est attaché un sceau de plomb , sur lequel cet em- « pereur français est représenté avec cette inscription : Hlvdowicvs imp. R. Il y « a au revers : Cl. avg. dec. imp. Une bulle de plomb , qu'on garde dans le ca- « binet de Sainte-Geneviève , représente d'un côté un prince couronné de « lauriers et sans barbe, avec cette légende Karolvs imp. ags. c'est-à-dire , impe- « rator augustus. Au milieu du cercle du revers on lit : Renovatio regni Fran- « corvm. Des auteurs de nom ont attribué cette bulle à Charlemagne; mais « Heineccius prouve bien qu'elle est de Charles le Gros. D. Mabillon en a fait « graver trois autres. Après avoir douté si la première est de Charlemagne ou « de Charles le Chauve, il attribue la seconde à celui-ci, et la troisième à Charles «le Gros. Le même auteur, Heineccius, Dom Godfroi de Bessel, abbé de «Godwic, MM. Eckhard, Muratori et Dom Érasme Gattola, ont donné la des-
« cription et les figures de plusieurs sceaux de plomb des empereurs Otton III ,
«Henri Ier, Henri II, Gui, et des princes normands qui régnèrent dans la
« Pouille, et dans plusieurs autres parties de l'Italie au xie siècle et depuis.M. Du
« Cange indique un nombre considérable de bulles de plomb pendantes aux
« diplômes des anciens rois de Sicile. L'usage des sceaux de plomb a été extrê-
« mement rare dans la France septentrionale. Nous ne connaissons aucun de
« nos monarques de la troisième race qui s'en soit servi. Il n'en est pas de même
« des rois d'Espagne et de Sicile. En 1204 Pierre d'Aragon fit sceller en plomb
« les coutumes de Montpellier. Don Ferdinand , roi de Castille et de Tolède ,
« après avoir réglé une contestation , donna deux chartes pour être gardées par
«les parties respectives; et, afin qu'elles n'eussent plus de différend, il fit
« sceller les deux pièces de sa bulle de plomb. On trouve un modèle de cet acte
« dans la Bibliothèque universelle de la Polygraphie espagnole. Il est daté de
« l'ère mcclxxxi , c'est-à-dire de l'an 1 2^3 de J. C. Theudicius , duc de Spolète,
« se servait d'un sceau, de plomb en 781. Les doges de Venise, les comtes, les
« seigneurs de Montpellier et les villes , aimaient aussi à s'en servir ; mais l'em-
« pereur Manuel ôta aux doges le privilège de sceller en plomb, que les empe-
« reurs grecs précédents leur avaient accordé. Dès l'an 106 1\ la république de
« Lucques fut gratifiée du droit d'user d'un semblable sceau , par le pape
« Alexandre II , comme si un pareil privilège eût été bien important. On con-
« naît une bulle de plomb pendante à un acte de Guillaume VI , seigneur de
«Montpellier, sur laquelle était représenté, d'un côté, un homme assis sur
« une chaise , jouant de la harpe , avec cette légende autour : Sigill. Gvill.
« domini de Mointepessvlano ; et, de l'autre, un chevalier armé de toutes pièces,
« sur un cheval de bataille, tenant un bouclier dans sa main , sur lequel pa-
« raissait un besant avec la même inscription. Il paraît, par une charte de l'an
« 1 1^6, que Raymond, comte de Tripoli, scellait en plomb. Heineccius rap-
« porte plusieurs exemples de pareils sceaux des villes d'Italie et d'Allemagne.
« En Languedoc les plus anciens sceaux pendants au bas des diplômes furent
«en plomb. Celui de Raymond de Saint-Gilles, comte de Toulouse, pendant
« à la charte qu'il donna en 1088 , en faveur de l'abbaye de Saint- André d'A-
« vignon , en est la preuve. Dom Vaissette observe que les comtes de Toulouse
« scellèrent toujours depuis en plomb les chartes qu'ils donnèrent pour leurs
« domaines situés dans l'étendue de leur marquisat de Provence, ou du comtat
« Venaissin. Les autres chartes qui concernaient le reste de leurs domaines
« furent scellées en cire, soit avec le grand , soit avec le petit sceau. Aux xme et
«xive siècles, dans la France méridionale, les seigneurs particuliers faisaient
« sceller en plomb leurs contrats. Nous en avons vu cinq ou six en original