‹ Éléments de paléographie (volume 3)Chapitre 45 sur 260 · PARTIE IV. — CHAPITRE V · texte numérisé non relu

PARTIE IV. — CHAPITRE V

plénitude de leur autorité. Philippe de Valois et Charles VI n'ont pas fait graver leur nom sur le sceau ordonné en l'absence du grand : il est vrai que le sceau d'un roi de France ne pouvait être confondu avec un autre. Plusieurs vicomtes de Thouars firent graver sur leurs types cette devise fastueuse : « Iste « Thoarcenses dominus dominatur in omnes. » Les Bénédictins ont publié quelques légendes qui n'expriment que des sentences générales, mais qui se trouvent sur des bulles de plomb dont rien ne distingue la face principale et le revers. Un sceau de Victor II, par exemple, présente d'un côté la devise suivante, «Tu « pro me navem liquisti suscipe clavem ; » on lit sur un sceau de Nicolas II, « Tibi, « Petre , dabo claves regni cœlorum ; » mais les noms de ces deux papes se trouvent sur l'autre face , qu'on pourrait d'ailleurs considérer comme le premier côté du sceau. On verra dans la seconde partie de ce chapitre qu'il était assez ordinaire de ne graver sur les contre-sceaux que des expressions vagues et générales . Cependant, quoiqu'il fût plus naturel de marquer le nom de la personne sur le premier côté d'un sceau , on ne le trouve quelquefois que sur le revers. La face principale du sceau de Jacques II roi d'Aragon, c'est-à-dire celle où l'on voit ce prince assis sur son trône, porte pour inscription, « Diligite justitiam qui « judicatis terram, et oculi vestri videant equitatem ; » c'est sur la seconde face que le nom du roi se trouve exprimé, Sigillum Jacobi Dei gracia, etc. ( J. 1 64 ).

Au lieu d'écrire les noms propres en entier, on pouvait les exprimer par des sigles ou sous la forme de monogramme. Les sceaux de tous les siècles fourniraient mille exemples de sigles initiaux employés pour désigner un nom propre; les monogrammes au contraire ne se rencontrent que fort rarement, mais des textes positifs prouvent qu'ils ont été en usage. « On lit dans les actes « du vie concile de Constantinople, tenu en 681, qu'on y produisit deux écrits «munis d'un sceau représentant le monogramme de l'empereur, êTtrv7rovvTcL « /uLovôypcLfAfAov Kgôvo-tolvtÏvov JW7ro'rou... On entend communément d'un mono- « gramme ces paroles de Symmaque écrivant à son frère Flavien : cupio cognoscere « anomnesobsignataslitterassuinpseris eo annulo cjiionomenmeum magis intelligi « quÀM LEGipromptumest. S.Avit deVienne voulait qu'on gravâtenrond sonmo- « nogramme sur son sceau : Si auœris anid insculpendum sigillo ? signum monogram- «matis mei, per gyrum scripti , nominis legatur indicio. Les sceaux de métal de « Charles le Chauve marqués au revers de son monogramme sont connus. Nous « avons entre les mains des cachets des derniers temps qui ne portent que des « monogrammes. »(Nouv. Tr. de Dipl. t. IV, p. 66.) C'est aux sigles et aux monogrammes qu'il faut rapporter l'origine des lettres initiales entrelacées qui aujourd'hui se gravent ordinairement sur les cachets.

Les légendes dans lesquelles un nom propre se trouve exprimé consistent

quelquefois dans une prière , une devise ou une sentence. Schannat a publié un sceau de Pépin le Bref portant pour inscription : Xpe (Christe) protège Pippinvm regem Francorvm. La même formule se retrouve sur un des sceaux de Charlemagne et de Louis le Débonnaire. (PL A,nos 8 et 10.) Lothaire substitua le mot adjuva au mot protège. (PL A , n° 12.) Il n'y a rien d'extraordinaire à rencontrer des sentences exprimées en vers, et surtout en vers léonins. Ces sortes de légendes, dont les Grecs paraissent avoir introduit l'usage, furent employées par les Latins dès le ixe siècle au plus tard ; car on en trouve sur des sceaux de métal de Charlemagne et de Charles le Chauve. (Voyez dans la Liste alphabétique des princes souverains l'article de Charlemagne.) Deux vers léonins forment l'inscription du sceau de Guillaume le Conquérant (PI. R, n° 2 ) ; le sceau de la ville de Sienne avait pour légende le vers suivant : Vos veteris Senjî signvm noscatis amoenjE. « Au renouvellement des lettres en Italie, disent les « Bénédictins, les Florentins firent graver un Hercule sur leur sceau, avec cette « inscription : Herculea clava domat Florentia prava. » Le sceau de l'omcialité de Soissons portait dans le champ le mot Suessio, et rappelait par cette inscription circulaire les droits de préséance dé l'évêché : Urbs habet hec verè post Remis prima sedere. (J. 160.)

Cette versification, qui ne brille ni par le fond des idées, ni par la forme , se rencontre seulement sur un petit nombre d'empreintes. La plupart des sceaux les plus anciens ne portent que des inscriptions fort simples, qui souvent consistent dans un nom propre mis au nominatif ou au génitif: lorsque le nom était au génitif, on sous-entendait probablement huila ou sigillum. Quand on voulait exprimer ce dernier mot, on se contentait souvent de le représenter, soit par la lettre initiale, soit par une des abréviations Si. Sig. Sigill, etc. Heineccius avait supposé que le mot sigillnm n'avait point paru sur les sceaux avant la fin du xne siècle, mais les Bénédictins font remonter cet usage au xe : ils citent pour exemple le sceau de Roricon, évêque de Laon en 972. « Le mot « sigillnm, disent-ils, est tout commun sur les sceaux des évêques et des grands «seigneurs dès le milieu du xne siècle. Au lieu de sigillnm on trouve signum, « impressio et subscriptio sigilli sur quelques sceaux des comtes et des églises; c'est « qu'alors les sceaux tenaient lieu de signatures. »

Les sceaux des rois mérovingiens ont des légendes fort simples qui réunissent en général au nom du prince le titre de roi des Français; Charles le Chauve est probablement le premier de nos rois qui ait fait graver la formule gratiâ Dei qu'on retrouve sur tous les sceaux des Capétiens, excepté toutefois sur celui de Hugues Capet, dont la légende était ainsi conçue : Hugo Dei misericordiâ Francorum rex. La formule Dei gratiâ ne paraît que rarement sur les

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