‹ Éléments de paléographie (volume 3)Chapitre 58 sur 260 · PARTIE IV. —CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

PARTIE IV. —CHAPITRE VI

leur a été donné au moins depuis la fin du xne .siècle. En admettant que l'image gravée sur le contre-sceau de Philippe-Auguste (PI. C, n° 5) ne ressemble pas à un lis, elle ne représente pas davantage le fer d'une hallebarde. Dans le doute il serait plus naturel de s'en rapporter au témoignage des contemporains que de supposer qu'ils ont été induits en erreur par un mot équivoque. Peut-être d'ailleurs n'a-t-on point examiné avec assez d'attention certains détails qui semblent prouver que cet emblème devait rappeler une fleur proprement dite : nous voulons parler des deux jets accessoires qui s'élèvent à droite et à gauche de la partie supérieure de l'ornement, et qui paraissent destinés à représenter deux étamines. On n'aurait pas dû, il est vrai, les placer hors du calice de la fleur; mais tout en commettant cette erreur, le graveur n'a-t-il pas indiqué positivement qu'il voulait représenter tout autre chose qu'un fer de hallebarde auquel ces détails ne sauraient nullement convenir? La partie inférieure de l'ornement est sans contredit celle qui s'éloigne le plus de la forme du lis, dont la tige est toujours fine et délicate; mais elle est représentée autrement sur le premier côté du sceau de Philippe-Auguste et sur celui de son père. L'image du contre-sceau de la planche C diffère donc du type primitivement adopté; or, comme il est naturel de supposer que les monuments les plus anciens sont aussi les plus exacts, en prenant pour terme de comparaison l'ornement que Louis le Jeune tient dans la main droite , on serait autorisé à dire qu'il n'y a rien d'incompatible entre le nom et l'origine réelle de cet emblème. Un fait constaté par Mabillon pourrait être invoqué à l'appui de cette hypothèse : on lit en effet dans son discours sur les anciennes sépultures de nos rois, que la couronne de la reine Frédégonde était terminée par des fleurs de lis, et son sceptre par un lis champêtre. Ce fait, constaté par un tombeau en marqueterie découvert à l'abbaye de Saint-Germain des Prés , prouve que dès la première race le lis a été employé comme ornement du sceptre : il est donc probable que les fleurs de lis qui surmontent les couronnes de plusieurs rois carlovingiens n'étaient pas de simples fleurons, mais de véritables lis qui, au xne siècle, sont devenus les armoiries héréditaires de nos rois.

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