PARTIE IV. — CHAPITRE VIL
tel abbé en particulier a fait usage du même type pendant tout le cours de son administration.
« Les sceaux des abbesses, disent les Bénédictins, ne sont pas antérieurs au « xii*" siècle. On y voit leurs images ou celles des saints patrons de leurs «églises. Les abbesses sont représentées tantôt debout, tantôt assises, tenant « des fleurs de lis de la main droite et un livre de la gauche. Celles qui sont «d'un moindre rang paraissent à genoux en prières, et leurs sceaux, moins «élégants, représentent les saints patrons de leurs églises ou les armes de « leurs abbayes. Leurs sceaux furent distingués de ceux de leurs chapitres au « xiii^ siècle. » Le sceau de Gerburge, abbesse de Quedlimbourg, qui gouverna ce monastère de 1108 à 11 38, prouve que les sceaux des abbesses remontent au moins au commencement du xii' siècle. Mabillon a publié dans le VP tome de ses Annales, celui d'Adélaïde, abbesse de S. Jean de Laon en 1128; cette abbesse est représentée debout, vêtue d'une longue robe sans couture, portant sur la tête un voile qui retombe sur ses épaules, et tenant une crosse de la main droite. Nous avons trouvé au bas d'un acte de 1197 (J. 383) le sceau de Marguerite, abbesse de Faremoutiers; elle est aussi représentée la crosse à la main, mais elle tient un livre de la main gauche : t siGiLL. Margarite abbatisse Faremonasteri. Plusieurs autres abbesses, dont nous avons les sceaux sous les yeux, sont représentées comme les abbés avec la crosse et le livre; nous ne pensons donc pas que la fleur de lis soit un attribut que l'on rencontre fréquemment. Peut-être ne doit-on pas admettre non plus que les abbesses agenouillées sont toujours d'un rang inférieur. Marie du Croux ou du Cros, abbesse de Sainte- Croix de Poitiers, est représentée à genoux devant l'image de la Sainte Vierge, et l'on voit dans le bas du sceau un écusson à ses armes (J. 182 , an 1396). La même observation s'appliquerait au sceau qu'employait en 1897 Marie de Bourbon, prieure de Saint-Louis de Poissy ; mais la forme des caractères de la légende ne permet guère de douter que ce type ne remonte à la fondation même du monastère , qui date de fan i3o/i. Quoique la légende ne soit pas complète, nous pensons que le nom de la prieure n'y était pas exprimé; par conséquent le sceau aurait été employé par les prieures précédentes : risse sororv. s. Lvdo-
vici DE Pyssiaco ord. SCI. Dni ; s. (porisse. ) prwrisse sororum sancti Lii-
dovici de Pyssiaco ordims sancti (Dnici.) Dominici (J. 188).
«Les moines pourvus d'offices, disent les Bénédictins, eurent des sceaux « dès le xiii^ siècle. Celui de l'ofiicial de Corbie, en 1286, représentait au pre- « mier côté un corbeau sous deux clefs posées en sautoir, entre lesquelles il y « avait une fleur de lis avec cette légende : sigillum offic. s. Petri Corb. Le
« contre-sccl était une main tenant deux clefs, et une fleur de lis au-dessous, «avec ces mots : claves s. Pétri \ Au xiv" siècle, le pitancier de Saint-Ger- « main-des-Prés avait un sceau en ogive représentant un religieux debout, « la tête nue, tenant de la main droite un couteau et de la gauche un poisson. « Au-dessous, on voit à droite une fleur de lis, et une rosette à gauclie. Sous « les pieds du pitancier paraît un écusson portant une petite bouteille sur- « montée de deux pains, et bordé de fleurs de lis posées trois, deux et une. La « légende est : t s. pitenciarie sci. Germani de Pratis justa Par. [juxta Pan- «5/05). Depuis que le dépérissement de l'ancienne discipline et le relâchement «eurent érigé en titres les offices claustraux, les moines qui en furent posses- « seurs eurent leurs sceaux particuliers, aussi bien que les titulaires des prieu- « rés dépendant des monastères. Mais les simples moines, quoique de familles «nobles, ne paraissent pas en avoir eu avant la fin du xiii'' siècle^, et ils « étaient obligés de se servir du sceau de leur abbé lorsqu'ils voulaient ratifie)- M quelque acte auquel ils étaient intéressés. C'est ce qu'on voit dans la charte « de fondation de l'abbaye de Beaupré, près de Gerard-mont en Flandre, par « Alix, dame de Boular. Rason, son fils, et moine de Gerard-mont, y intervint « avec ses frères , et autorisa l'acte par l'apposition du sceau de son abbé. Et i( cjuia ecjo Raso, dit - i\ , proprium sujiUnm non haheo, usus sum sigillo ahbatis Ge- « rardi montis, prœdicta omnia fideliter approhans et contestans. En 1 2 5^, les moines «de la Grasse, qui n'avaient point de sceaux, voulant ratifier un accommode- « ment, prièrent leur abbé d'y apposer ses deux sceaux. Mais, dès le commen- « cernent du xiv*" siècle , on voit les simples moines en avoir de propres. Il y en « a un entre autres dans le cabinet de la bibliothèque de Saint-Germain-des- « Prés. Il est en ogive et représente la Sainte-Vierge tenant l'Enfant Jésus, au- « dessus duquel est un croissant et une étoile , et un moine à genoux, avec la a Salutation angélique ave Maria en abrégé. »
2° Sceaux des abbayes.
Les sceaux des abbayes sont quelquefois ovales; mais le plus souvent ils ont
1 Ce sceau doit être considéré comme celui de l'officialité , puisqu'il ne porte pas le nom du moine qui l'employait en i285. Une observation analogue paraît devoir être appliquée à l'exemple suivant.
- Les Bénédictins n'entendent parler ici que des moines proprement dits , qu'ils distinguent des religieux dont les ordres ne remontent pas à
une aussi haute antiquité. Ils reconnaissent, par exemple, que dans l'ordre des frères Prêcheurs et dans celui des frères Mineurs, les docteurs, les bacheliers, et même les simples religieux, eurent des sceaux particuliers avant la tin du xiii^ siècle. Nous avons trouvé en effet deux sceaux , l'un d'un frère prêcheur , l'autre d'un frère mineur , suspendus à un acte de i255 (J. ^'J^]■
PAiniE IV. —CHAPITRE VII. 237
la forme du cercle ou celle de l'ogive. Si les abbés sont représentés sur quelques-uns de ces types, il est beaucoup plus ordinaire d'y voir les saints que les communautés honoraient comme leurs pations. Les images gravées sur les sceaux des abbayes ressemblent donc presque toujours à celles que l'on remarque sur les sceaux des églises; et comme la même analogie existe dans un assez grand nombre de légendes, on est souvent obligé de recourir au texte des actes, pour ne pas confondre ces deux espèces de types. Parmi ces légendes il y en a qui n'expriment même pas le nom du lieu où l'abbaye était située; nous citerons, par exemple, les sceaux de Cluny, de la Sainte- Trinité de Fécamp, et de Sainte-Austreberte de Montreuil : i" skiillvm almi Pétri (J. 228, an i3i8); 2" + sigillvm sce. Trinitatis (J. 211, an 120/i); 3° i AvsTREBTA. [Justrebcrta) Dec nos comndat. [commendat) pia vgo. (yircjo). Ce dernier sceau est suspendu à une charte sans date, donnée sous Philippe- Auguste (J. 3/i5). Des inscriptions de cette nature pourraient se rencontrer sur des sceaux employés par des églises dédiées à S. Pierre, à la Sainte Trinité ou à sainte Austreberte. Il est vrai de dire que la plupart des légendes sont moins vagues, et qu'au nom du patron de l'abbaye elles ajoutent celui du lieu où l'abbaye était située; ainsi le sceau de l'abbaye d'Auchy portait pour légende : sigillv. sci. Silvini de Alciaco (J. 229, an 1219). Toutefois, les termes de la légende n'indiquent pas encore un sceau d'abbaye plutôt qu'un sceau d'église. Les mots capitiiliim et ecclesia, que l'on lencontre si souvent sur les sceaux des églises, ne sont pas rares non plus sur ceux des abbayes; c'est ce que prouvent les inscriptions gravées sur les sceaux des abbayes de Bonneval (diocèse de Chartres), de Saint-Amand en Puelle, de Saint- Aubin d'Angers, de Cerisy, de Saint-Taurin d'Evreux, et de Saint -Pierre de Gand: i°tsiGiLLVM capitvli Bonevallis (J. 173, an 1266); 2° sigillvm
CAPITULI SANCTI AmANDI IN PabVLA FORMA ECCLESIE SANCTI AmANDI EPI-
scopi (J. 628, an 1269); 3" i SIGILLVM capitvli beati Albini Andegavensis
t CVSTOS SVM SECRETI CAPITVLI (J. I78, an 12 32); 4° t SIGILLVM CAPITVLI
SCI. ViGORis Cerasii (J. 345, an 1222); 5° ts. capitli. sci. Tavrini Ebroic. EPI. primi (J. 216, an 1207); 6° sigillv. Pétri apli. [apostoli) Gandensis ^CLE. (J. 628, an 1254). Le mot conventus , qui est employé dans la suscription de la plupart des chartes dressées au nom des abbayes, se rencontre fréquemment sur les légendes des sceaux; quoiqu'il ne doive pas se traduire par couvent, mais par assemblée , réunion, nous n'avons pas eu occasion de le rencontrer comme synonyme de capituhim sur les sceaux des églises cathédrales ou collécjiales : l'emploi de ce mot dans une légende peut donc faire présumer que le sceau appartenait à une abbaye. On lit, par exemple, sur le
238 ÉLÉxMENTS DE PALÉOGRAPHIE,
sceau de l'abbaye de Corbie : sigill. convent^ Corbeiensis ecclesie (J. 443, an 1 3 1 7 ) , et sur le sceau de l'abbaye de Saint-Louis de Poissy : s. conventvs SORORV. SCI. LvDOVici DE Pyssiaco ord. pred. [ordiTiis precUcatorum). On voit dans le champ de ce dernier sceau les sigles S.L. , qui désignent les mots sanctus Lucloviciis; le saint roi est représenté debout, couronné et nimbé, étendant à droite et à gauche les plis de son manteau royal au-dessus des sœurs agenouillées à ses pieds (J. i88, an iSgy ). Il nous reste à citer quelques légendes dont les termes désignent positivement des sceaux d'abbayes; ces exemples nous seront fournis par les sceaux des abbayes de Prémontré (J. 73 1 , an 1226), de Saint- André d'Avignon (J. 295, an 1226), de Saint -Etienne de Caen (J. 466, an 1379), de Ferrières ou Bethléem (J. 346, an 1270), et de Cherbourg ou Sainte-Marie du Vœu (J. 345, an 1282) : 1" t sigill. abba-
TIS ET ECCLIE. PrEMONSTRATI ; 2° t ABBAS SANCTI AnDREE AvENlONENSE CEN0-
BIVM; 3° S. C0NVENT9 MONASTERII SCI. StEPHI. DE CaDOMO; 4° S. CAPITVLI FeR. . . .
sivE Belleemicensis [Bctleemicensis) cenobii; 5" f s. covet. abbie. sce. Mar. d. VOTO ivx. Cesarbvrgv. (^sicidlum conventûs ahhatie scuicte Marie de voto juxta Cesa^ risbiinjLun ).
Les exemples qui viennent d'être cités suffisent pour donner une idée des légendes qui se rencontrent le plus ordinairement sur les sceaux des abbayes ; quant aux images qu'ils représentent, elles sont trop variées pour qu'on puisse entreprendre de les décrire. Les saints patrons sont représentés quelque lois en buste, mais plus ordinairement assis ou debout. D'autres sont à cheval et armes de toutes pièces , comme S. Georges , patron de l'abbaye de Saint- Georges sur Loire, et S. Gorgon, patron de l'abbaye de Gorze (J. 178 et 983, olim 923), Sur le sceau de l'abbaye de Cerisy on voit S. Yigor tuant un monstre; sur celui de l'abbaye de Saint-Josse aux Bois, le saint, debout devant un autel, célèbre la messe, pendant qu'une main céleste bénit le calice placé devant lui. Quand une abbaye était dédiée à deux saints différents, leurs images étaient souvent réunies sur un même sceau. Si la légende principale ne renferme pas le nom du patron d'une abbaye, il est souvent inscrit dans le champ ou au revers du sceau. Souvent aussi les légendes des contresceaux ne présentent que des formules banales, telles que secretiim sigilli, clavis sigilli, etc. Il est assez ordinaire encore de voir des fleurs de lis sur les contresceaux des abbayes. Le sceau de l'abbaye de Jouarre représente d'un côté l'image de la Sainte Vierge tenant l'Enfant Jésus; de l'autre, on voit une fleur de lis entourée de cette légende : t flos filivs eivs (J. i63, an i3i6).