‹ Éléments de paléographie (volume 4)Chapitre 18 sur 282 · PARTIE IV. — CHAPITRE" IL · texte numérisé non relu

PARTIE IV. — CHAPITRE" IL

iiouvclcr. Le pape Innocent IV adressa aux évêques, en 1262 , une petite bulle pour les prévenir que le côté du sceau sur lequel étaient représentées les têtes des apôtres S. Pierre et S. Paul avait été brisé par accident, et que le graveur, chargé d'exécuter un type semblable, n'avait pas réussi à imiter exactement l'ancien modèle. Vers l'an 1219, il fallut renouveler le sceau du couvent de Saint-Remi de Reims; l'archevêque Guillaume le lit briser, et voulut que la nouvelle matrice fût gravée jusqu'à la dernière lettre en présence du doyen de Reims, qui la remit ensuite à la communauté. Un seigneur qui changeait de domaine ou de dignité, devait aussi changer de sceau. Raimond Trencavel , dernier vicomte d'Albi, de Carcassonne et de Béziers, scella en 12^7 de son ancien sceau, et d'un nouveau qu'il avait fait faire exprès, la cession de ses domaines au roi de France : il fit rompre ensuite, en présence du roi, le premier de ces deux sceaux avec son contrc-scel *. Il s'en faut cependant que tous les changements de sceaux soient constatés par des textes; ou, du moins, les actes de cette nature , s'ils ont existé , ne sont pas parvenus jusqu'à nous. Plusieurs rois de France ont employé des sceaux différents, sans qu'on sache pour quel motif. Les Bénédictins présument qu'on recourait souvent à ce moyen pour percevoir de nouveaux droits, en exigeant le renouvellement des actes qui avaient été scellés de l'ancien sceau. Quoi qu'il en soit, dès le xii^ siècle on rencontre des chartes qui annoncent formellement ces changements de sceaux. «Jean, seigneur de Dol, ayant changé de sceau, « disent les Bénédictins, crut devoir en avertir à la fin d'une charte de l'an 1 1 45. « Voici ses termes : Et ne aliqua iiifiituriim sicjdl'i mei immiitatwne calumnia contra « monachos orireliir, (kabai enim aliud sigiUum majoris ponderis et ficjurœ alterius u primo miUtiœ meœ tempore, ciuando illa donatio de fores ici facta est J , nunc vero postai (jucun de Jérusalem redivi , cjuando hœc donatw facta fait de vineis, et ponderis et iificjurœ alterius. »

Parmi les moyens employés pour prévenir les nombreux abus que pouvaient occasionner la perte , la falsification , ou l'emploi frauduleux des sceaux, il n'en est pas qui ait été à la fois plus général et plus efficace que fusage des contre-sceaux. Il est bien constaté que plusieurs faussaires ont réussi à détacher les sceaux des diplômes authentiques, et à les appliquer ensuite sur des actes faux : il suffisait pour cela d'échauffer avec précaution le revers de l'empreinte. Mais lorsque ce revers fut aussi marqué d'un cachet particulier, cette fraude devint impossible. L'exemple le plus ancien que les Bénédictins aient

^ Un seigneur changeait également de sceau nouvelles armoiries. (Voy. la notice relative au quand il acquérait de nouveaux domaines ou" de sceau n" à de la planche N.)

cité d\in contre-sceau marqué au revers d'une empreinte de cire^ est fourni par un diplôme d'Aténulphe, prince de Bénévent, qui régna de 90 1 à 9 1 o. « Au bas « de ce diplôme , disent-ils , daté de la troisième année de la principauté d'Até- « nulplie, est un sceau de cire en placard, représentant , d'un côté, l'image de « quelque saint ou du prince , et de l'autre son monogramme. » Ce fait est doublement remarquable : en effet, il serait difficile non-seulement de rencontrer un contre-sceau d'une aussi haute antiquité, mais encore de trouver, soit au xi% soit au xii*" siècle , une contre-empreinte au revers d'un sceau plaqué. Heineccius avait même affirmé que l'emploi des contre-sceaux n'était possible qu'avec les sceaux pendanjts; mais les Bénédictins font remarquer avec raison que le dos d'une charte scellée en placard offre en général une assez grande quantité de cire pour recevoir une seconde empreinte. Ce fait ne résulte pas d'ailleurs d'un exemple isolé: «Les sceaux de cire des princes Lombards, «disent-ils, ne sont jamais suspendus, mais appliqués au bas des chartes, « quoiqu'ils aient toujours au revers des empreintes ou contre-scels. » Le principe posé par Heineccius admet donc quelques exceptions ; cependant c'est peut-être un de ceux qui sont le plus généralement vrais. Quoique l'usage des sceaux pendants fût peu répandu au xi^ siècle, Edouard le Confesseur et Guillaume le Conquérant, qui avaient des contre-sceaux, ne scellaient pas en placard ^ ; il en est de même de Louis le Jeune, le premier de nos rois qui ait employé un contre-sceau. Les contre-sceaux plaqués peuvent donc être considérés comme de rares exceptions. L'usage des contre-sceaux pour les empereurs d'Allemagne remonterait au xi^ siècle , s'il était prouvé que le sceau secret de Henri III était quelquefois appliqué au revers du grand sceau ; mais ses successeurs du xii^ et du xiii" siècle ne paraissent pas avoir employé de contre-sceaux. Quelques auteurs supposent que Henri de Luxembourg en a fait usage ; cependant il n'en existe pas au revers d'un sceau pendant à une charte de i3 10, déposée aux Archives du Royaume ( J. 61 1 ) ; le plus ancien contre-sceau que nous ayons rencontré est celui de Louis de Bavière , élu en i3i4. Les évêques d'Allemagne, ou du moins quelques-uns d'entre eux, n'ont pas tardé aussi long-temps à faire usage des contre-sceaux : Christophe Leyser a cité Rodolphe, évêque d'Halbei stadt , comme ayant eu un contre-sceau en

1 Les bulles métalliques ont eu de tout temps gnalée par Hickes ne clément pas le principe posé

une double empreinte; il faut en excepter cepen- par Heineccius. En effet, le savant anglais avait

dant les demi-bulles des papes dont nous avons seulement reconnu queGuillaumeleConquérant,

déjà eu occasion de parler. à l'exemple de son père et de son aïeul , imprimait

'^ Nous devons cependant faire observer que quelquefois sur ses chartes un cachet trempé

Guillaume le Conquérant n'a pas toujours em- dans l'encre, c'est-à-dire une sorte d'estampille,

ployé des sceaux pendants; mais l'exception si- et non un sceau proprement dit.

Page 1