PARTIE IV. — CHAPITRE III
est scellé de cinq petits sceaux ou cachets, plaqués en cire rouge au bas du parchemin, et d'un sixième placé en marge, sous lequel sont attachées des lettres patentes du 12 avril i36o. D'autres arrêts des années 1872, 187/^ et 1878 (J. i5i et 160), sont également scellés de six ou sept empreintes en cire rouge, plaquées dans le bas du parchemin. Il existe aux Archives du Royaume un trèsgrand nombre d'actes de cette nature ; mais les arrêts de la Chambre des Comptes ne sont pas les seuls titres du kiy*" siècle qui portent des sceaux en placard. Nous avons remarqué une empreinte en cire rouge, marquée sur le repli d'un acte de i33o (J. 1^9), auprès de la formule Collacio facta est. Un sceau plaqué accompagne une mention beaucoup plus importante, inscrite également sur le repli d'un acte constatant l'aliénation d'une rente vendue au roi par Agnès la Marcelle, fille de Guillaume Tristan. On lit sur le repli : « Nous « avons receu pour le roy la dessaisine et pris la saisine de ladite rente pour le «roy. XXV jour de juillet, l'an mcccxxx. » C'est au-dessous de cette note, qui constitue un reçu authentique, que se trouvent les restes d'une empreinte en cire rouge ; ce sceau plaqué était celui du receveur de Paris , comme l'indiquent les mots le receveur de Paris, inscrits en marge du repli. Quant à l'acte principal , il est scellé du sceau pendant de la prévôté de Paris. Il résulte de ces deux exemples, que dès la première moitié du xiv^ siècle , on a recommencé à employer les sceaux plaqués concurremment avec les sceaux pendants ; mais les premiers avaient sans doute moins d'importance que les seconds, puisqu'ils servaient à constater des mentions accessoires. Cette distinction entre l'autorité des sceaux pendants et celle des sceaux plaqués du xiv*" siècle , qui , à cause de leur moindre dimension, seraient peut-être plus convenablement désignés sous le nom de cachets, résulte d'ailleurs de plusieurs textes, dans lesquels le grand sceau est appelé sceau pendant. (Voyez le chapitre i^"" de la iv^ partie.) Cependant on trouve aussi, au xiv*" siècle, des sceaux en placard qui servent à constater l'authenticité d'un acte principal et non une mention accessoire. On peut citer, par exemple, le sceau appliqué par Rémon du Temple, maçon du roi, au bas d'une expertise, qu'il fit en 1872 (J. i5i). Quant aux sceaux plaqués au dos des lettres missives, on verra tout à l'heure qu'ils étaient employés dès le xiif siècle. Citons d'abord quelques observations des Bénédictins, sur la place que les sceaux plaqués occupaient ordinairement dans les anciens diplômes.
« Sous les rois de France de la première race, disent-ils, les sceaux étaient «ordinairement placés un peu au- dessus des derniers mots de la date, à la « droite de la charte, où l'écriture finit. Sous la seconde race, la plupart sont « appliqués à la droite , après le nom du chancelier ou du notaire. On en
'< trouve quelques-uns à la gauche, quoiqu'il y ait place à la droite. Tel est le « sceau de Charlemagne, qu'on voit entre la signature royale et celle du chan- « celier, dans un diplôme de l'abbaye de Saint-Denys. Mais, pour l'ordinaire , « les sceaux ou anneaux carlovingiens sont posés après ou sur les traits des « parafes en forme de ruches qui suivent le nom du chancelier. Sous la troi- « sième race, ils sont placés à la droite, tantôt au-dessus, tantôt sous la date, « jusqu'au règne de Louis le Gros. D. Mabillon dit avoir vu trois sceaux de ce roi « appliqués au côté gauche où commence l'écriture. Nous avons actuellement *< sous les yeux les lettres de grâce que le même prince donna, l'an ii33,en «laveur de Raoul Hecelin, frère du moine Herluin, son précepteur. Le sceau « y est appliqué sous le monogramme, au milieu de la marge inférieure. Le « sceau de l'empereur Henri IV était appliqué au-dessus du monogramme « ( Thuringia sacra, p. y^ )• Les princes et les prélats plaçaient ordinairement « leurs sceaux au côté droit de la charte , et rarement au côté gauche. Les an- « neaux et les sceaux enlevés des chartes ont ordinairement laissé sur le par- « chemin des marques brunes qui peuvent servir à discerner le siècle de ces « mêmes sceaux. Si la marque est ronde et d'un pouce et demi ou environ de « diamètre , c'est une preuve que la pièce a été scellée d'un anneau mérovin- « gien. Si elle est ovale ou plus grande, c'est l'empreinte d'un sceau carolin , ou « de la seconde race. Les traces des sceaux capétiens sont ordinairement les «plus amples ^ » Indépendamment des actes publics que l'on pourrait désigner sous le nom de lettres patentes , en prenant ce terme dans son acception la plus large, on trouve aussi dans les archives des actes secrets qui ne pouvaient être scellés de la même manière, parce que le sceau était destiné à les lermer. Les brefs des papes étaient entourés "souvent d'une bandelette de parchemin , qui empêchait de les déplier, et sur laquelle on imprimait l'anneau du pêcheur ; souvent aussi le sceau était placé comme les cachets le sont aujourd'hui sur nos lettres missives. Il existe aux Archives du Royaume (J. 812) plusieurs lettres qui sont cachetées de cette manière ; elles ont été adressées , vers l'an 1268, à Alphonse, comte de Poitiers et de Toulouse, par des cardinaux et des évêques d'Italie, qui intervinrent auprès de lui dans une contestation relative à la juridiction de l'abbaye de Moissac. Quelques-unes de ces lettres sont sur papier de coton, les autres sur parchemin; elles avaient été
^ Il ne sera pas inutile de faire observer que dant le x% le xf et le xii"= siècle ; or, comme ce
les traces d'un sceau plaqué sont souvent plus cordon accessoire laissait aussi des traces sur le
amples que le type lui-môme. Les empreintes parchemin, il est fort difficile en pareil cas de
sont presque toujours entourées d'un cordon de fixer avec exactitude le diamètre réel du sceau
cire dont le volume était assez considérable pen- proprement dit.