‹ Éléments de paléographie (volume 4)Chapitre 23 sur 282 · PARTIE IV. — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

PARTIE IV. — CHAPITRE III

« de l'Angleterre. Edouard III , dit le Confesseur, qui monta sur le trône de ce « royaume l'an 10^2 , lui en avait donné l'exemple. Ce saint est le premier des « rois d'Angleterre qui se soit servi de sceaux pendants. Nul partage sur cela «entre les antiquaires. Dunecan, qui régna en Ecosse l'an 109^, et tous les « rois ses successeurs, suivirent le même usage. Selon le P. Mabillon , Louis le « Gros est le premier des rois de France qui ait usé des sceaux pendants, «quoique rarement; mais son fds, Louis le Jeune, n'en interrompit point l'u- « sage. Ce sentiment n'est point particulier àD. Mabillon. Avant et après lui, « divers auteurs ont dit la même chose. Cependant nous ne pouvons plus dou- « ter que nos rois n'aient quelquefois fait usage de sceaux pendants dès les «commencements du xi® siècle, depuis que D. Fontcneau a découvert un di- «plôme du roi Robert, au bas duquel pend un galon de soie de la largeur d'un « demi-pouce, de diverses couleurs et à double queue, où était attaché un sceau cjui s'est « perdu. Il y reste encore de l'ètoupe dont on l'avait enveloppé pour le conserver. Ce sont « les termes de la lettre que notre habile scrutateur des archives de Poitou «prit la peine de nous écrire le iS*" jour d'août lySi. Anne, reine de France, « et veuve de Henri I" , suspendit le sceau du roi Philippe , son fds, à l'accord « qu'elle fit avec l'abbé de Saint-Maur-des-Fossés. Ce diplôme, qui était autrefois « entre les mains du P. Chifïlet, a été jugé sincère parle P. Hardouin. Voilà « donc des sceaux pendants de nos rois avant Louis le Gros. » La conclusion des Bénédictins ne repose pas sur des faits tellement positifs, qu'on doive l'admettre comme incontestable. Il n'est pas impossible sans doute que Robert I" et Philippe I" aient employé quelquefois des sceaux pendants, puisque, dès le milieu du x*" siècle , un évêque de Laon leur en avait donné l'exemple ; mais comme les Bénédictins n'ont pas vérifié par eux-mêmes la sincérité de ces deux diplômes , leur opinion n'a plus la même autorité. Au reste , en admettant l'exactitude de ces faits tout exceptionnels , il n'en faut pas moins reconnaître que la plupart des chartes de Louis le Gros ont été scellées en placard , et que l'usage contraire n'était pas généralement répandu avant le xii'' siècle. Tel est d'ailleurs l'avis d'Heineccius en ce qui concerne les chartes d'Allemagne. L'empereur Frédéric , élu en 1 1 52 , est le premier qui , selon Godwic, ait employé les sceaux pendants; les Bénédictins reconnaissent que cet usage n'a été suivi par les comtes de Flandre qu'à partir de l'an 1111, et par les rois d'Espagne, qu'un peu après le milieu du xii'' siècle; enfin, Mabillon cite Pibon, évêque de Toul, comme ayant suspendu son sceau à une charte de 1097 , quoiqu'il ait scellé en placard deux actes, l'un de 109^, l'autre de 1112. Ces différents exemples suffisent pour prouver que jusqu'à la fin du xf siècle, et probablement aussi pendant les premières années du siècle suivant, le nombre

des sceaux plaqués devait encore remporter sur celui des sceaux pendants ^ Les sceaux pendants sont en général attachés au bas de la charte; cependant on s'est quelquefois écarté de cet usage. «Dans le dernier appendice à la « seconde édition de la Diplomatique, disent les Bénédictins, D. Ruinart nous « a fait connaître une bulle du pape Nicolas I", dont le sceau est attaché en «haut. Le cartulaire de l'église deBeauvais, ancien de plus de six cents ans, « où cette pièce est transcrite, en fait la remarque en ces termes : Nota qiiod hîc « litterœ dépendent à bnllâ, non huila à litteris; c'est-à-dire que le sceau est au-des- « sus de l'écriture et non au-dessous. Nous avons vu dans les archives de l'abbaye « de Jumiégeune charte au haut de laquelle le sceau pendant est attaché. Il n'est « pas rare de rencontrer d'anciens actes scellés par les côtés. Dom Guillaume «Gerou, de notre congrégation, faisant des recherches pour l'histoire de « Berry, trouva, il y a quelques années, dans les archives de l'église de Bourges, « le titre original de la donation des églises de Nolangi et de Saint-Privé, faite à « l'abbaye de Saint-Ambroise. Les sceaux dont l'acte est scellé sont pendants «à deux bandes de parchemin mises aux deux côtés, à un pouce du bas du « litre, qui est de l'an 1 1 28. On trouve dans le Trésor des chartes , à Paris, le « testament original que fit Bernard, seigneur de la Tour en Auvergne, avant «son départ pour la Terre-Sainte, en 12-48. Cet acte est scellé de vingt-cinq «sceaux pendants, dont il y en a cinq en haut, six en bas, huit au côté droit « et six au côté gauche. Le testateur, l'évêque du Puy , et six autres témoins, «l'ont signé au dos, suivant l'usage de ces temps-là, dans les pays du droit « écrit. La signature du testateur est conçue en ces termes : Ego Bernardus, ^' dominiis de Tiirre, in hoc testamento meo sigillo me sigillavi, et signum sanctœ « crucis apposai, et nomen meum in eo scribifeci. On voit par-là qu'il ne savait pas «écrire.» Le testament de Piaymond, comte de Toulouse et marquis de Provence, est scellé à peu près de la même manière. Il est écrit sur une feuille de parchemin longue de dix-huit pouces et large d'un pied. Cet acte, avant

^ Il est inutile de rappeler qu'à partir du règne d'Edouard le Confesseur les chartes des rois d'Angleterre font exception à cette règle générale. Quant à l'authenticité des sceaux pendants antérieurs au xii^ siècle, on ne saurait la révoquer en doute. Plusieurs diplômes originaux du \f siècle, que l'on conserve aux Archives du Royaume, prouvent que cette manière de sceller était employée assez fréquemment, quoiqu'elle ne fût pas alors la plus ordinaire. Parmi ces diplômes, il en est un qui remonte à l'an ioi5; c'est

une donation faite par Foulque , comte d'Anjou , à l'abbaye de Saint- Aubin d'Angers (K. 18). Les sceaux pendants du comte, de l'archevêque de Tours, de l'évêque d'Angers, de l'abbé et de l'abbaye de Saint-Aubin furent attachés à cet acte, comme l'annonce formellement le texte. Ces empreintes ont malheureusement été enlevées , mais les attaches de soie subsistent encore. Ce diplôme curieux nous a été communiqué par M. Dessalles, employé à la section historique des Archives du Royaume.

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