FORME, GRANDEUR, .MATIERE ET COULEUR DES SCEAUX
ARTICLE PREMIER
rORME DES SCEAUX.
La forme des sceaux a toujours varié chez les anciens comme au moyen âge; tantôt ils sont ronds, ovales, demi-ovales, triangulaires, carrés ou oblongs; tantôt ils ont la figure d'un pentagone, d'un hexagone, d'un octogone, d'un cœur, d'un trèfle, d'un croissant, d'un fer à cheval, d'une ogive, etc. Les Bénédictins ont fait graver un sceau dont le champ était occupé par la légende suivante partagée en deux lignes : T. lOTAIOT — $OIBIONOC. Ce type , qui existait au cabinet de Saint-Germain des Prés, formait un parallélogramme de dix lignes de hauteur sur vingt-deux ou vingt-trois lignes de largeur. La même forme paraît avoir été donnée à un assez grand nombre de sceaux antiques. Dom Hueber a publié dans son Autriche illustrée un sceau de i3o5 qui est au contraire plus haut que large. Deux bulles de plomb, portant les noms des papes Sergius et Etienne, forment un carré parfait. Ces deux monuments, dont la date n'est pas fixée, sont probablement du viif siècle : la forme carrée était d'ailleurs en usage chez les anciens, comme le prouve une bulle de plomb de l'empereur Trajan représentée par Ficoroni. [I Piombi antichi, p. lo.) Au moyen âge, on trouve un assez grand nombre de sceaux en forme de losange, de pentagone, d'hexagone et d'octogone. Les côtés de ces différentes figures, au lieu d'être en ligne droite, pouvaient être concaves; c'est ce que les Bénédictins appellent des sceaux cornus ^ Le sceau et le contre-sceau de la cour du duc de Lorraine avaient, en i3ig, la forme d'un triangle équilatéral.
' Celte forme se rencontre assez fréquemment dans les sceaux de la noblesse espagnole.
L'usage des armoiries rendit assez fréquents les sceaux représentant la figure de Vécu ou Louclier; on en trouve aussi en forme de cœur, de poire, de trèfle , de rosace. Parmi les sceaux antiques reproduits par les Bénédictins , il en est deux qui ressemblent exactement à une semelle de soulier. On pourrait encore citer quelques autres figures; mais elles sont en même temps trop irrégulières et trop rares pour que l'on s'attache à les décrire. Les sceaux en forme de cercle, d'ovale et d'ogive, sont au contraire fort nombreux; il est donc nécessaire d'entrer à cet égard dans quelques développements.
« La figure ronde ou orbiculaire est la plus simple, disent les Bénédictins; « aussi est-elle la plus ancienne qu'on ait donnée aux médailles et aux sceaux « destinés à authentiquer les actes. Elle a toujours été plus particulièrement « affectée aux sceaux de métal. On a découvert un nombre de bulles de plomb « des empereurs païens de cette forme. » On peut citer, par exemple, le sceau de plomb d'Antonin et celui sur lequel sont réunis les bustes de Marc-Aurèle et de Lucius Verus. Presque tous les sceaux des papes sont également de forme ronde; ceux de Sergius et d'Etienne, dont il a été question tout à riieure, sont peut-être les seuls qui fassent exception à cette règle générale. «Tous les rois de France de la première race, à l'exception de Cliildéric, « père de Clovis P'", et de Childéric III , se sont servis de sceaux orbiculaires. « Les rois Carlovingiens ont aussi donné la forme ronde à leurs bulles d'or et «de plomb. L'empereur Charles III, dit le Gros, la rétablit en Allemagne à « l'éaard des sceaux de cire. Tous ses successeurs allemands l'ont invariable- « ment conservée. Zuentebolde , roi d'Austrasie ; Lothaire , pénultième roi de «France de la seconde race; Hugues Capet, chef de la troisième, et tous les «rois Capétiens, à fexception du roi Robert, ont donné la préférence à la « forme ronde. On la retrouve dans tous les sceaux des rois d'Espagne, de Si- « cile, d'Ecosse et de la plupart des rois d'Angleterre. C'est la plus ordinaire «des sceaux et des cachets à fusage des anciens ducs, comtes, chevaliers, « seigneurs et gentilshommes. On peut s'en convaincre en jetant les yeux sur «les planches insérées dans les nouvelles histoires de Languedoc, de Bour- «gogne, de Bretagne, de Dauphiné et de Lorraine. Les plus anciens sceaux « ecclésiastiques sont aussi orbiculaires. » Les auteurs du Nouveau Traité de Diplomatique, auxquels nous empruntons ces détails, donnent pour exemple un sceau d'Udalric, évêque de Passau en 1108. Dans la suite, les sceaux ecclésiastiques de forme ronde devinrent assez rares; cependant il n'est pas de siècle dans lequel on n'en rencontre quelques-uns. Jeanne, première femme de Philippe VI, est peut-être la seule reine de France qui ait eu un sceau