PARTIE IV. — CHAPITRE IV
et (le Valois (J. i63), et par Gautier, évêque de Laon, en 1 169 (L. i4oo). Philippe-Auguste passe pour le premier de nos rois qui en ait quelquefois fait usage; mais il existe aux Arcliivcsdu Royaume (K. 26) plusieurs diplômes de Louis VII scellés en cire \erte et datés des années 1 lyA, 1 lyô et 1 176. Sous Philippe-Auguste le sceau royal s'appliquait fréquemment sur la cire verte; pendant les règnes suivants cet usage fut suivi plus généralement encore, non-seulement par les rois de France \ mais aussi par la noblesse et par le clergé. Lorsque l'usage de la cire rouge devint le plus ordinaire, il n'exclut pas entièrement celui de la cire verte, même pour les sceaux des ecclésiastiques. Cette couleur paraît avoir été peu employée en Allemagne, car Hcineccius cite comme exemples remarquables deux sceaux de couleur verte suspendus à des actes de iS/iy et de iSgS : cependant l'empereur Sigismond accorda à quelques communautés la permission de sceller en cire verte. Au XIV* siècle les rois d'Angleterre eurent des rapports trop intimes avec la France pour ne pas imiter nos usages; mais auparavant ils employaient de préférence la cire jaune.
Les différentes couleurs dont il a été question jusqu'à présent étaient fréquemment employées : il nous reste à citer un passage du Nouveau Traité de Diplomatique relatif à deux nuances que nous n'avons pas eu occasion de rencontrer, n Le privilège de sceller en cire azurée ou bleue, accordé en 1S2I1 par « l'empereur Charles-Quint à un docteur de Nuremberg, prouve que l'on a «donné cette covdeur aux sceaux; mais il faut que cela soit arrivé bien rare- « ment, puisque l'exemple que l'on en produit est unique et ne regarde que « l'Allemagne. On n'y connaît aucun sceau de cire noire pendant à des chartes, « quoique l'usage de cette couleur triste n'ait pas été extrêmement rare dans «les autres pays. Jérémie, patriarche de Constantinople, s'en servait quelque- « fois pour sceller ses diplômes. Parmi la noblesse il y a eu quelques seigneurs « qui se sont approprié l'usage de la cire noire. Elle fut autrefois employée Vf par le grand-maître de l'ordre Teutonique en Prusse. Les passe-ports accor- « dés par le maître de Malte n'étaient pas autrement scellés. En France, la « mode de se servir de la cire noire est plus ancienne qu'on ne le croit or- « dinairement. Nous avons vu dans les archives de Molesme une charte de «Guillaume de Joinville, sire de JuUi, écrite en français au mois de mars de « l'an 127^, et dont le sceau de cire noire pend à un lemnisque de parchemin « à double queue. »
TNous avons déjà eu occasion d'avertir que l'on rencontre dès le xiii'' siècle
^ Il résulte de quelques faits cités dans la der- ont fini par régler la couleur de la cire selon la nière partie de ce chapitre que les rois de France nature des actes.
des sceaux appliqués dans un moule de cire d'une couleur autre que celle de l'empreinte. Il n'est pas rare non plus de voir des contre-sceaux en cire rouge appliqués au revers d'un sceau en cire jaune ou verte. Ce qui est plus extraordinaire, c'est de trouver une empreinte appliquée sur des cires de différentes couleurs. « Les Mémoires de M. du Tilliot pour servir à l'histoire de la fête « des fous nous fournissent, disent les Bénédictins, une preuve singulière du « mélange des couleurs dans les sceaux. Les lettres patentes expédiées à ceux « que l'on admettait dans la fameuse société de la Mère folle de Dijon étaient « écrites en lettres de trois couleurs sur parchemin : on les scellait d'un sceau « de cire pareillement de trois couleurs. » Il serait prohablement difficile de découvrir un autre exemple de cet usage bizarre.
Nous avons dit que la couleur d'une empreinte pouvait jusqu'à un certain point fournir des indices de falsification. En effet, quoique dans les premiers temps de la monarchie on ait pu donner à la cire toute espèce de nuance, les faits qui viennent d'être cités autorisent à dire qu'il faudrait examiner scrupuleusement tout diplôme antérieur au xif siècle dont le sceau serait de couleur verte; peut-être devrait-on appliquer la même règle aux empreintes d'un rouge éclatant. Quant à la cire jaune, nous pensons qu'elle a pu être employée, concurremment avec la cire blanche, à partir du xi^ siècle. La cire bleue et la cire noire ont été trop rarement employées pour qu'il soit possible de poser à cet égard des règles générales.
Les Bénédictins font observer aussi que la couleur des sceaux a varié, non-seulement selon les temps, mais encore selon la qualité des personnes et la nature des affaires. On a déjà vu que le privilège de sceller en cire blanche avait été accordé par Frédéric IV à un duc de Modène et de Reggio ; que plusieurs communautés avaient obtenu de Sigismond le droit d'employer la cire verte, et qu'un docteur de Nuremberg avait été autorisé par Charles-Quint à se servir de cire bleue ou azurée. Les Bénédictins annoncent en outre qu'un grand nombre de diplômes impériaux concédèrent aux princes, aux comtes et aux villes le droit de sceller en cire rouge; qu'en France un statut de Henri III affecta les sceaux de cire blanche à l'ordre militaire du Saint-Esprit; et que Louis XI voulant donner un témoignage d'affection à René d'Anjou, roi de Sicile, permit ^ à lui et à ses descendants en ligne directe de sceller en cire jaune. De ces exemples et de quelques autres, cités par les mêmes auteurs, il ne faudrait pas conclure que les couleurs dont l'usage était concédé par un privilège spécial ne pouvaient être employées que par ceux qui avaient obtenu
^ «Le diplôiiie de cette concession singulière , « 1^69, se trouve, disent les Bénédictins, dans «daté du 28 janvier 1/168 et du mois de mai «les registres du Parlement. »