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DES DATES EMPRUNTÉES AUX CÉRÉMONIES RELIGIEUSES

Nous avons déjà dit que les fêtes religieuses entraient souvent comme élément chronologique dans les dates des anciens monuments, et c'est par ce motil que nous avons présenté un tableau des principales fêtes mobiles que l'église célèbre chaque année; mais ce tableau est loin de réunir tous les renseignements nécessaires. Les dates empruntées aux cérémonies religieuses peuvent être divisées en deux classes : les unes se rattachent au culte particulier des saints, et les autres aux fêtes consacrées par l'église à la célébration des mystères et des dogmes de la religion. Nous n'avons pas besoin de dire que ce genre de dates se rencontre fréquemment. La religion avait présidé à la naissance de ces peuples nouveaux qui préludaient à leur insu par la destruction de l’empire romain à l'établissement de la société chrétienne. Dans ce bouleversement universel, le plus terrible sans contredit dont l’histoire fasse mention, toute idée d'ordre, tout germe de civilisation aurait péri, si ces peuples barbares, poussés à la destruction et par leurs habitudes et par l'enivrement de la victoire, n'avaient trouvé à côté d'eux un pouvoir providentiel qui sût discipliner leur féroce indépendance et déposer dans leurs cœurs sauvages la semence féconde de la civilisation chrétienne. Cette mission, c'est l'église qui l'a remplie. Son influence est attestée par les plus anciens monuments de notre histoire. Les contrats publics et particuliers furent d'abord consacrés par l'invocation de Jésus-Christ; bientôt l'ère chrétienne remplaça les anciennes formules chronologiques ; enfin les diverses époques des fêtes que l'église célébrait dans le cours d'une année furent souvent jointes ou même substituées aux jours de la semaine et du mois. Il importe donc de connaître, non-seulement l'époque de ces fêtes, mais encore les différents noms qui leur ont été donnés.

Pour faciliter la solution de cette double difficulté, nous avons reproduit dans leurs parties les plus essentielles deux listes alphabétiques qui se trouvent dans l'Art de vérifier les dates. La première de ces listes est un glossaire des

noms peu connus sous lesquels on a désigné les fêtes de l'église et certains

jours de la semaine et du mois. La seconde est un catalogue des saints.

a première liste ne présente, comme dans l'Art de vérifier les dates, qu'un seul ordre alphabétique pour les noms grecs, latins et français. En abrégeant cette liste, nous nous sommes attachés à ne rien supprimer d'important ; mais nous avons Cru pouvoir retrancher sans inconvénient tout ce qui était de pure discussion. Enfin nous avons cherché, en multipliant les renvois alphabétiques, à faciliter la recherche des articles qui pouvaient être classés sous différentes lettres. Gomme ce glossaire n’est pas d'une grande étendue, nous croyons devoir en conseiller la lecture aux personnes qui n'auraient pas la connaissance des formules employées dans les dates des anciens monuments. Ce serait un moyen court et facile d'acquérir quelques notions sur des usages tombés au-

jourd'hui en désuétude et auxquels cependant il ne faut pas rester étranger

lorsqu'on veut se livrer à l'étude de la paléographie.

On trouvera dans le catalogue alphabétique et chronologique des saints l'époque de leur mort et le jour de leur fête. Pour l'époque de la mort, nous nous sommes bornés à indiquer l’année ou le siècle. Quant au jour, qui la plupart du temps ne peut pas être fixé d’une manière précise, on à cru inutile de le rapporter. Le jour de la fête d'un saint correspond d’ailleurs assez souvent au jour présumé de sa mort. Toutefois cette règle est sujette à plus d'une exception. Quelquefois, en effet, un saint est honoré le jour de son inhumation , où de la translation de ses reliques, ou enfin à une autre date indiquée par la tradition et qu'il serait souvent difficile d'expliquer. Ce qu'il ÿ avait de plus important, c'était de fixer exactement époque à laquelle chaque fête est célébrée. Après avoir reproduit scrupuleusement les indications que fournit à cet égard le catalogue de l'Art de vérifier les dates, nous les avons comparées avec celles de Baillet, et nous avons relevé les dissidences que ces deux ouvrages peuvent présenter. Du reste, on a cru inutile d'ajouter au catalogue de l'Art de vérifier les dates les saints fort nombreux qui n'y sont pas portés et dont Baillet fait mention. Notre but n’était pas de donner une liste complète, mais seulement d'indiquer les noms des saints dont les fêtes remplacent dans les anciens monuments la date du jour et du mois.

IL arrive souvent qu'un saint n’est pas honoré le même jour dans les différents pays. Ainsi les usages de l'église grecque ne sont pas toujours suivis par l'église latine. Une fête peut ne pas être célébrée le même jour à Rome et à Paris, à Paris et dans certaines parties de la France. Il esttel saint dont le culte purement local n’est admis que dansun pays ou même dans une ville en particulier. Ces circonstances doivent être soigneusement observées. Il existe, par

PARTIE L — CHAPITRE V. 115 exemple, un grand nombre de manuscrits qui renferment des calendriers. La mention d’une fête locale pourra souvent servir à déterminer le pays auquel appartient le manuscrit. Comme la date de certaines fêtes a aussi varié selon les temps, ces calendriers pourront de même fournir des éléments pour déterminer l’âge du monument qu'ils accompagnent. Ce ne sont pas là sans doute des preuves sans réplique, mais des probabilités qui justifient les inductions tirées du caractère même de l'écriture et leur donnent un plus haut degré de certitude. Ces explications suffiront pour faire comprendre que l'étude de la paléographie exige une attention serupuleuse et poussée en quelque sorte jusqu'à la minutie. On ne saurait trop répéter que cette condition est indispensable ; mais aussi quiconque ne craindra pas de s'y soumettre, atteindra nécessairement le but de ses efforts.

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