DES DIFFÉRENTS SYSTÈMES D'ABRÉVIATIONS
Avant de passer au déchiffrement des écritures reproduites dans la série des planches jointes à cet ouvrage, il est indispensable de s’occuper des systèmes d'abréviations qui ont été employés le plus ordinairement dans les inscriptions, dans les manuscrits et dans les diplômes. En eflet, pour bien déchiffrer, c'està-dire pour trouver la traduction fidèle d’une ancienne écriture, il ne suflit pas de se familiariser avec les nombreuses transformations de l'alphabet et de pouvoir reconnaître une à une les lettres gravées sur un monument ou tracées sur un parchemin. On n'obtiendrait souvent par ce moyen que des portions de mots ou des caractères isolés dont il serait difficile où même impossible de trouver l'interprétation, si l’on ne pouvait s'aider de quelques règles pour combler ces lacunes et rétablir les lettres qui sont ou complétement supprimées, ou remplacées par des signes abréviatifs.
L'exposition complète de ces règles ne pourrait être déduite que d’un traité approfondi sur les sigles, les notes tironiennes, les abréviations proprement dites, les lettres conjointes, monogrammatiques et enclavées ; mais il était impossible de songer à remplir un cadre aussi vaste. On s’est donc borné à parcourir en peu de mots ces différents sujets, et quelquefois même à signaler, sans les résoudre, des difficultés dont l'explication aurait exigé de trop longs développements, et qui d’ailleurs ne se rattachaient pas à la paléographie élémentaire.
ARTICLE TI
Le mot sigle paraît venir de sigilla, diminutif de signa, où suivant quelques personnes, de l'adjectif singuli. Les sigles sont des lettres choisies parmi celles qui composent un mot pour exprimer ce mot toutentier. Les sigles simples sont ceux qui désignent chaque mot par une seule lettre, comme N. P. nobilissimus
puer; les sigles composés ajoutent à la lettre initiale une ou plusieurs lettres qu'ils prennent au commencement, danse corps, ou à la fin du mot, comme 4M. amicus, COL. coloni, BR. bonorum, DCRM. Decuriorum , EE. esse, FS. fratres.
Les sigles ont été surtout en usage dans les inscriptions; mais on les a aussi employés dans les manuscrits et dans les diplômes. Dans le Virgile d'Asper, les vers ne sont souvent désignés que par des sigles; il en est de même de certains passages de l'Écriture sainte dans plusieurs manuscrits théologiques, et de quelques aphorismes philosophiques dans des manuscrits du genre de celui qui a fourni le fuc-simile n° 2 de la planche VIT. {Voy. la première ligne du dernier alinéa.)
« Dans les diplômes, on écrivait quelquefois, disent les Bénédictins, multare ccingulum par M. C. On n'avait pas oublié, au xr° siècle, cette manière d’abré- «ger l'écriture. Le fameux terrier d'Angleterre, dressé par ordre de Guillaume «le Conquérant, en est une preuve. Ce manuscrit en deux volumes, que les «Anglais appellent Domesday book, fut écrit en lettres antiques et en sigles. « Ces sigles, néanmoins, n’y sont pas à beaucoup près aussi fréquents que dans «le Virgile d’Asper. On s'en servait encore pour distinguer les livres, pour mar- «quer le nombre des chapitres et des cahiers des manuscrits!. On exprimait «aussi la valeur des poids, par différentes lettres des alphabets grec et latin. «L'ancien usage des seules lettres initiales, pour marquer les noms propres, «s'est toujours maintenu... Que cet usage ait été pratiqué dans les actes et les «chartes de toute espèce, c'est une vérité certaine, attestée par une multitude «de monuments et d'auteurs de tout pays... Ces sigles ont été souvent mal «interprétés par les copistes, qui se sont donné la liberté d'écrire les noms propres tout au long. Le nom d'Jves ou de Josceran n'étant écrit que par la «lettre initiale dans deux épitres d'Ives de Chartres, un écrivain téméraire a «rendu ce sigle par Jean, archevêque de Lyon. Dans les lettres 1v et v d'É- «tienne, évêque de Tournai, où les manuscrits ne marquent qu'un P., le «Masson qui les a données au public, a imprimé Petro au lieu de Pontto, «comme l'a remarqué M. Baluze, d’après le P. du Moulinet. Ces méprises «des éditeurs et des copistes, dans l'explication des noms laissés en blanc, «ou marqués par leur lettre initiale, ont non-seulement jeté beaucoup de con- «fusion dans l'histoire, mais elles ont encore donné occasion d'accuser de
1 Le nombre des cahiers est marqué ordinaire- que dans les Bibles on indiquait le nombre des ment au bas de la première ou de la dernière versets de chaque livre par les sigles k. v. n. (Hapage de chaque cahier, sous la forme suivante: bet versus numero...) , suivis des chiffres romains OA nO MI rec. c'est-à-dire quaternio primus, qui exprimaient le nombre de ces versets.
quaternio secundus, etc. Nous avons aussi observé
PARTIE IIL—CHAPITRE IL Al «supposition des pièces très-sincères et très-authentiques, où l'on a substitué «un nom pour un autre.»
L'usage des sigles paraît avoir été connu des Hébreux. «Cest de ce genre «d'abréviations hébraïques, disent les mêmes auteurs, qu'on entend ordinai- «rement ces paroles de David : Ma langue sera comme la plume d'un écrivain qui «écrit avec rapidité". Les Grecs ayant reçu leur écriture des Phéniciens Hébreux, «on ne peut guère douter qu'ils n'en aient aussi tiré leurs abréviations par usigles.» Des Grecs cet usage passa chez les Romains; et depuis lors il n’a pas cessé d'être mis en pratique. Toutefois, l'obscurité que présente souvent l’écriture en sigles détermina Justinien à en interdire l'usage dans les livres de. droit, lors même qu'il s'agissait de désigner les noms des jurisconsultes, les titres et les nombres des livres. Puisque cette langue énigmatique présentait de si graves inconvénients même pour les contemporains, on ne doit pas sétonner que de nos Jours l'interprétation des sigles anciens exige des connaissances aussi profondes que variées sur les coutumes de chaque siècle et de chaque contrée. Le seul conseil que l'on puisse donner à cet égard, c'est de rechercher avec soin toutes les circonstances accessoires qui peuvent aider à la solution du problème. I est facile de comprendre, par exemple, que certaines interprétations conviendraient plutôt à une inscription funéraire qu'à une médaille, et réciproquement. S'il est possible de connaitre le temps et le lieu auxquels se rattache une inscription, il faudra tenir compte de ces données qui fourniront presque toujours des indications précieuses. Mais, pour en profiter plus sûrement, il est indispensable avant tout d'étudier les recueils de sigles et de se familiariser avec certaines formules qui se représentent souvent, telles que : S. P. Q.R. Senatus populusque Romanus, À.D. K. Ante diem Kalendas, À. P. V. C. Anno post urbem conditam, etc. Nous avons dû nous borner à quelques indications essentielles sur une matière fort difficile et qui exigerait à elle seule un ouvrage entier *. On trouvera ci-après une liste alphabétique des mots pour lesquels chaque lettre est le plus ordinairement employée. Cette liste n'est pas complète, mais elle est suffisamment étendue pour donner une idée de la variété des interprétations dont une lettre est susceptible. Les éléments de ce dictionnaire sont dispersés dans les différents recueils que renferme un ouvrage de Jean Nicolaï, intitulé Tractatus de -siglis veterum. Pour ne pas augmenter inutilement cette nomenclature, on s'est borné, la plupart du temps, à donner
1 « Lingua mea calamus scribæ velociter scri- sions pour désigner des termes techniques. Les «bentis.» Ps. xLIv. 2. personnes qui voudront se faire une idée de ces 2 En effet, il faudrait énumérer une foule de abréviations toutes spéciales, pourront consulter
sigles qui étaient usités dans les différentes profes l'ouvrage de Jean Nicolaï. u
.les nominatifs singuliers des substantifs, les infinitifs des verbes et le masculin
des adjectifs; il ne faut donc pas oublier que si l'on voit, par exemple, au
nombre des significations de TA le mot annus, on doit sous-entendre les autres
cas de ce substantif, soit au singulier, soit au pluriel, de même que les cas et
les genres de l'adjectif amañtissimus et les divers modes et temps du verbe
apponere, etc.
LISTE ALPHABÉTIQUE DES SIGNIFICATIONS LES PLUS ORDINAIRES QUE PEUVENT AVOIR LES LETTRES
Ab.
Abesto.
Abi.
Actiacus.
Ago.
Agrippa.
Palbius.
Balbus.
Bartholomæus.
Bavaria.
Beatus.
Cæsar.
Cæsareus.
Ca
Caius.
Calator.
Calphurnius.
Calumnia.
Carissimus, Carus.
Cato.