‹ Éléments de pathologie chirurgicale (volume 2)Chapitre 38 sur 118 · I. — Lésions traumatiques · texte numérisé non relu

I. — Lésions traumatiques

Les lésions traumatiques des paupières sont des contusions, des plaies et des brûlures.

Contusions. — Les contusions diffèrent suivant qu'elles atteignent seulement la paupière elle-même ou qu'elles intéressent en môme temps une région voisine, le sourcil, le front, la tempe ou la racine du nez. Dans le premier cas apparaît instantanément une extravasation sanguine; dans le second cas, l'extravasation se produit avec plus de lenteur et s'étend progressivement.

Les symptômes varient suivant l'intensité de la contusion. Lorsqu'elle est légère, elle donne lieu à une simple ecchymose qui disparaît après deux ou trois semaines; lorsqu'elle est plus intense, il en résulte une collection sanguine, fluctuante; les paupières restent fermées. On observe quelques troubles fonctionnels, de la douleur, de la céphalalgie.

Le diagnostic n'offre aucune difficulté. Cependant il importe de s'assurer si ces ecchymoses ne sont pas consécutives à une fracture de l'orbite ou du crâne ou bien si elles ne sont pas compliquées d'un épanchement intra-orbitaire.

Le pronostic est sans gravité; la durée ne dépasse pas deux ou trois septénaires.

Le traitement est le même que pour les autres régions. Dans certains cas où le gonflement des paupières empêche la vue, on peut faire une incision pour donner issue au sang. C'est ce que font, en Angleterre, les lutteurs au pugilat.

Plaies. — Les plaies par instruments piquants, tranchants ou contondants sont habituellement sans gravité. Elles diffèrent suivant qu'elles n'intéressent que la peau ou, qu'avec elle, elles intéressent la couche musculaire ou même toute l'épaisseur de la paupière. Les dernières sont simples ou à lambeaux. Dans les plaies à lambeau, ou bien celui-ci ne contient qu'une portion du bord libre, et alors il est très-petit, ou bien, en même temps que les paupières, il contient une portion de l'une des régions voisines et il peut, dans ce cas, être assez considérable pour tomber vers la tempe, vers la joue ou vers la racine du nez. Quelle que soit l'étendue de ces plaies, l'inflammation consécutive est habituellement simple et rarement suivie d'abcès. Par contre, ces lésions peuvent donner lieu à un certain nombre de complications dont l'importance varie suivant l'étendue du traumatisme, suivant les parties atteintes et suivant la marche de la cicatrisation. Par exemple, une plaie verticale comprenant le bord libre,

peut entraîner un coloboma, un trichiasis, un entropion ou un ectropion. La section complète ou incomplète ou même seulement la piqûre de la branche frontale de la troisième paire peuvent donner lieu à la paralysie du releveur de la paupière supérieure, et, par suite, à un prolapsus incurable de cette paupière ; la section de l'un des canaux lacrymaux peut produire un épiphora, etc. Nous reviendrons plus loin sur chacune de ces complications.

Il est donc important, pour les prévenir, de chercher à obtenir la réunion par première intention à l'aide de la suture et de ne pas laisser les fils plus de trois ou quatre jours, afin de ne pas couper la paupière. On y ajoute des pansements simples et un bandage compressif.

Brûlures. — Les brûlures des paupières, comme celles de la face, sont produites par des acides, par l'eau bouillante, par des corps en ignition ou par déflagration.

Par des acides, qu'elles soient causées intentionnellement ou accidentellement, elles peuvent être du troisième ou même du quatrième degré et entraîner des lésions concomitantes de l'œil.

Par l'eau bouillante, elles sont du second degré, généralement sans gravité.

Par des corps en ignition, elles sont le plus souvent le résultat d'une chute dans le feu, comme cela a lieu pour les enfants ou les épileptiques. Elles sont en général du troisième ou du quatrième degré ; rarement limitées à la paupière, elles envahissent quelquefois la conjonctive et donnent lieu ensuite à un symblépharon, à un ectropion, etc.

Par déflagration, elles varient suivant que la poudre a pris feu à l'air libre ou enfermée. Dans le premier cas, elles sont peu profondes, peu intenses; seulement chaque grain de plomb qui a pénétré dans les tissus forme une tache noire indélébile. Dans le second cas, elles sont d'autant plus profondes que les grains de poudre ont été lancés avec plus de force. Il est rare qu'elles n'atteignent pas la conjonctive et le globe de l'œil lui-même. Elles donnent lieu à une vive inflammation qui se termine par suppuration, quelquefois même par la gangrène des paupières. Les accidents les plus graves, la perte de l'œil ellemême peuvent en être la conséquence.

Le traitement est celui de toutes les brûlures, mais il faut surtout s'appliquer, par une compression méthodique, à prévenir le renversement des voiles palpébraux.

Page 1