PLAIES DU PÉNIS
érection : il en résulta une large plaie intéressant au moins les deux tiers du fourreau de la verge, le corps caverneux gauche et presque la moitié du corps caverneux droit, l'urcthre enfin dans toute son épaisseur. Les vaisseaux dorsaux de l'organe, l'artère caverneuse gauche furent divisés. La section porta h 1 centimètre en avant du pubis et de la racine des bourses. La partie antérieure du membre viril ne tenait plus que par un pédicule composé de la peau épargnée et de la moitié du corps caverneux droit, dont probablement l'artère était restée intacte
Le blessé se traîna avec peine jusqu'à son domicile, qui était proche. Un médecin appelé sur-le-champ, constata une hémorrhagie considérable, qui résista aux hémostatiques employés et ne s'arrêta que par suite d'une syncope qui dura plus de deux heures; sous l'influence de quelques cordiaux, le malheureux revint lentement à lui.
Le docteur Jossand (de Rocheforl) vit le blessé le lendemain; la verge était ecchymosée, froide, très gonflée, insensible au toucher, presque complètement détachée du pubis. L'hémorrhagie était arrêtée par de gros caillots remplissant l'espace compris entre les lèvres et les bords rétractés de la plaie. La réunion fut tentée; on débarrassa la plaie des plus gros caillots et l'on alla à la recherche des vaisseaux, mais sans succès. On ne fut pas plus heureux en cherchant l'orifice du segment postérieur de l'urèthre, au moyen d'une sonde introduite par le méat urinaire ou directement dans la plaie. On se contenta de pratiquer une suture à points séparés, qui rapprocha les téguments et coapta plus ou moins exactement les deux bouts des corps caverneux et de l'urèthre.
Cette première opération eut des conséquences singulières, la coaptation ne fut pas exacte. Quoique les parties similaires ne fussent pas mises en contact, la réunion des deux parties du pénis s'opéra, mais de telle façon que la verge se tordit sur elle-même et que le gland regarda l'abdomen par sa face inférieure, qui porte le frein du prépuce. Sans doute la portion restante des corps caverneux fut tordue sur son axe; toujours est-il que le raphé médian décrivait une ligne spirale successivement inférieure, gauche et supérieure.
La cicatrisation isolée de la peau entraîna la cicatrisation isolée des bouts du corps caverneux et l'écartement des deux bouts de l'urèthre. L'orifice du segment antérieur s'oblitéra au niveau de la solution de continuité. Cette réunion défectueuse et ces changements de direction mirent plusieurs jours à s'effectuer; ils reconnaissaient pour cause l'impossibilité où l'on s'était trouvé déplacer primitivement une sonde dans le canal de l'urèthre.
Quoi qu'il en soit, le malade vécut pendant deux mois avec une dysu-
608 AFFECTIONS DES ORGANES GÉNITAUX DE l'hOMME.
rie si intense, qu'il ne pouvait jaKiais vider complètement sa vessie par l'ouverture rétrécie du segment postérieur du canal. Depuis l'accident le méat urinaire n'avait pas donné passage à une seule goutte d'urine; la miction devenant de plus en plus difficile, et la rétention menaçant de devenir complète, le malade vient à Rochefort» le 29 mai, réclamer les soins de M. Arlaud, qui constate les particularités suivantes :
Une cicatrice située au-devant du pubis et du scrotum occupe plus de la moitié de la circonférence de la verge ; à son centre, sur le raphé, existe un mamelon fongueux, du sommet duquel suinte sans cesse et goutte à goutte une urine limpide. L'hypogastre est soulevé par la vessie distendue. Quand le besoin d'uriner devient pressant, les muscles abdominaux se contractent violemment, la face devient anxieuse, un jet d'urine filiforme, dirigé en bas et à gauche, s'échappe du mamelon et pendant ce temps la partie du canal située en arrière se gonfle par l'accumulation de l'urine dans une poche supplémentaire formée aux dépens du scrotum.
En explorant la verge avec un instrument piquant, on reconnaît que la sensibilité est abolie dans toute la moitié gauche de l'organe, le gland compris, et exaltée au contraire dans la moitié droite et derrière la cicatrice. Les testicules sont aussi volumineux, aussi résistants que chez tout autre homme dans la fleur de Tâge, et cependant il n'y a eu depuis l'accident ni érection ni éjaculation.
La première indication est de remédier à la rétention d'urine, de vider la vessie. Le cathétérisme par le méat urinaire fut abandonné, parce que, après quelques essais, on reconnut l'oblitération de l'urèthre sur la lèvre antérieure de la plaie du pénis. On chercha donc à introduire dans le moignon pubien de la verge et par le pertuis d'où sortait l'urine un stylet un peu fin. Poussé avec une certaine force, cet instrument pénétra dans un cul-de-sac, c'està-dire dans la poche supplémentaire dont il a été parlé plus haut. Cette dilatation fut ouverte largement avec le bistouri, un petit flot d'urine s'écoula. Lorsque le sang fut arrêté, on retrouva sans peine l'orifice uréthral, ne qui permit de conduire dans la vessie une sonde flexible n° 11. On procéda immédiatement à la restauration de l'urèthre.
On eut recours à l'autoplastie par glissement, mais au lieu d'affronter seulement les lambeaux on les fît chevaucher l'un sur l'autre (voy. Fistules urinaires).
Il nous importe de faire remarquer ici les conséquences que ce genre de blessure pouvaient avoir pour les fonctions génitales; nous savons que les corps caverneux étaient divisés dans la plus grande partie de leur étendue, et que la coaptation avait été très imparfaite^