VI. — Ossification du pénis
Les annales de la science renferment quelques exemples d'ossifications partielles trouvées dans le corps du pénis ou à la surface de cet organe. Mac Clellan (2) a rapporté l'observation suivante : « Un homme de cinquante-deux ans avait le pénis recourbé en haut, et le toucher y faisait reconnaître l'existence d'une espèce de corde dure et tendue. La distorsion était telle, que l'émission des urines ne pouvait avoir lieu sans de grandes difficultés et des douleurs excessives, et que le coït était devenu complètement impossible. Le docteur Mac Clellan divisa d'abord cette corde, qui présentait un aspect ligamenteux ; cette division suffit pour diminuer considérablement la courbure et rendre l'émission de l'urine très facile. Mais quelques jours après le malade se trou.va exactement dans le même état, et vint réclamer de nouveau les secours de l'art. Le chirurgien examina attentivement ce malade, et découvrit que la cloison des corps caverneux entièrement ossifiée présentait un os étroit qui régnait dans toute la longueur du pénis; ce dernier organe jouissait en outre d'une extrême excitabilité,
(1) Bull, de la Soc. de chinirg., 1853 et 1855.
(2j Arch. génér. de méd., 1"= série, 1828, t. XVII, p. 272.
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et an moindre attouchement il entrait en érection pendant laquelle il affectait la forme d'un arc à concavité tournée en haut. Une incision fut pratiquée dans toute l'étendue de la verge, l'ossification fut disséquée avec soin, en plongeant le scalpel des deux côtés jusqu'à la partie postérieure de la portion spongieuse de l'urèthre ; la cloison avait acquis tant de dureté, qu'elle retentissait sous l'instrument, dont elle émoussa le tranchant. Pendant le cours de cette opération une hémorrhagie violente eut lieu; mais elle fut promplement arrêtée avec de l'eau froide. Les bords de l'incision furent ensuite rapprochés et maintenus à l'aide de deux points de suture entrecoupée et on appliqua par-dessus une légère compresse et un bandage. Après la guérison la courbure de l'organe se trouva dissipée, il se manifesta même une légère inclinaison en sens opposé.
Chez un malade qui présentait cette singulière difformité, Velpeau(l) se refusa à toute opération; il ne tenta également rien chez un sujet dont le pubis envoyait un prolongement osseux long de 5 centimètres sur le côté gauche de la verge.
§ V. — Cancer du pénis.
Les affections cancéreuses de la verge ne sont pas excessivement rares, il en existe deux espèces distinctes : dans l'une la dégénérescence débute par les téguments du pénis ; dans l'autre, la maladie commence par le gland. La forme du cancer la plus commune est l'épithéliome perlé végétant.
4" Cancer des téguments de la verge. — Cette espèce de cancer débute presque toujours par le prépuce : tantôt on sent dans l'épaisseur de ce repli un noyau dur, indolent; tantôt on trouve cet organe épaissi, induré dans toute son étendue, il semble que les téguments soient hypertrophiés. Quoi qu'il en soit, la marche de la maladie est à peu près la même dans les deux cas; peu à peu on voit s'élever de toute la surface malade des bosselures dont le sommet s'ulcère et verse un ichor caractéristique ; celte ulcération s'étend dans tous les sens et ne tarde pas à ensevelir tout le fourreau. Le gland et les corps caverneux comprimés, quelquefois diminués de volume, sont pour ainsi dire ensevelis au milieu des tissus engorgés. Le chirurgien devra toujours avoir présente à la mémoire cette variété de cancer: en effet on pourrait, en se bornant à un examen superficiel, croire à une dégénérescence cancéreuse de toute la verge, alors que les corps caverneux, l'urèthre et le gland sont complètement sains, la dégénérescence
(1) Velpeau, Médecine opératoire, t. IV, p. 316. Paris, 1839.