II. Corps étranges de Curèihre
Les corps étrangers arrêtés dans Purèthre sont à peu près les mômes que ceux que nous avons déjà vus dans la vessie, seulement ils sont infiniment moins nombreux ; car, une fois introduits dans le canal, ils ont la plus grande tendance à être attirés dans la vessie par le fait d'une espèce de puissance d'aspiration. Aussi, pour que le corps étranger ne pénètre pas immédiatement dans la vessie, il faut ou qu'il y ait un obstacle assez puissant, un rétrécissement de l'urèlhre par exemple, ou que le corps étranger pointu arc-boute contre la membrane muqueuse qu'il perfore, ou bien qu'il se loge, par une de ses extrémités, dans une des lacunes que Ton rencontre sur la face interne de ce canal. Quelquefois enfin le corps, assez volumineux, frotte assez sur la surface de la membrane muqueuse pour résister au phénomène d'aspiration.
Les corps étrangers de l'urèlhre peuvent être partagés, d'après les causes de leur introduction, en deux catégories : les uns sont introduits dans le but de satisfaire une passion honteuse: ceux-ci sont, en général, d'un petit volume ; on y a trouvé des porte-plumes. Une observation de ce genre a été rapportée par MM. Demarquay et Parmenlier dans un très intéressant mémoire sur le sujet qui nous occupe (1). Les autres sont des instruments brisés dans le canal ou qui ont dépassé le méat avant d'avoir été Axés au dehors.
M. Demarquay a parfaitement exposé le mécanisme et la symptomatologie des corps de la première catégorie :
t Au moment où l'érection est arrivée à son comble, si le malade lâche le corps étranger, l'urèlhre s'applique fortement sur lui, et l'en* traîne en arrière à mesure que l'érection cesse. Le malade ne peut le retirer, et ses efforts ne servent qu'à le faire pénétrer plus profondément, quelquefois jusque dans la vessie; et, quand le corps a une pointe un peu aiguë, il s'enfonce dans l'épaisseur des parois de l'urèlhre. Bientôt la verge se tuméûe, est comme infiltrée, triple de volume» devient rouge, et un suintement sanguinolent a lieu par le méat urinaire. Il y a dysuric : le malade rend seulement de temps en temps quelques gouttes d'urine; d'autres fois il y a rétention complète, impos
(I) Demarquay et Parmentier, Des corps étranger» introduite dans Vurtthre {Gai. .,1. IV, p. ! 3, janvier 1857».
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sibilité d'aller à la garde-robe; une douleur très vive se propage jusque dans la vessie, le long du pénis ; l'abdomen est tendu; enfin le malade est dans un état d'angoisse inexprimable : il cherche, par tous les moyens possibles, à se débarrasser. Retenant le corps étranger en arrière, il tâche de refouler le canal de manière à faire sortir par le méat urinaire la cause de ses souffrances ; mais si le corps étranger est peu volumineux, que l'excrétion de l'urine puisse avoir lieu, les malades tâchent de se retenir le plus longtemps possible, et prennent en même temps des boissons abondantes, espérant chasser le corps étranger par la force du jet de l'urine. Ordinairement les ressources de l'art sont réclamées promptement; cependant chez quelques sujets le corps étranger n'a été extrait que huit jours, un an, deux ans même après son introduction : dans ce cas, il était entouré de matière lithique.
» En pressant doucement le long du canal, on peut quelquefois sentir le corps étranger; mais s'il était peu volumineux, il faudrait constater sa présence par le cathétérisme, en ayant soin d'introduire préalablement un doigt dans le rectum pour s'opposer à son passage dans la vessie, et, s'il est possible, de le faire changer de place; enfin on devra s'enquérir de sa nature, de sa grosseur. »
Il est difficile d'indiquer une méthode générale pour l'extraction des corps étrangers de l'urèthre ; ils sont si nombreux, se présentent dans des positions tellement variées, que, dans presque toutes les circonstances» le chirurgien se trouve contraint d'improviser immédiatement le procédé qu'il compte mettre en pratique. Cependant nous pouvons dire que, quand le corps étranger est au voisinage du méat, qu'il peut être saisi avec des pinces ordinaires, c'est le procédé qui parait le mieux convenir. S'il est situé plus profondément et peut être saisi avec la pince de Hunter, ce moyen serait certainement préférable à tout autre plus compliqué. On pourrait, comme l'on fait Samuel Cooper (1) et M. Boinet (2), employer le procédé suivant. Il s'agit, dans le cas de M. Boinet, d'un jeune homme qui s'était introduit dans l'urèthre une épingle simple à cheveux. Le chirurgien, afin d'empêcher l'épingle de passer dans la vessie, et de fournir un point d'appui à la tête, introduisit dans le rectum son doigt, protégé par un dé à coudre; puis, saisissant la verge de la main droite, il la plia brusquement en deux dans le point correspondant à la pointe de l'épingle, de manière à lui faire traverser le canal de l'urèthre. Celte manœuvre réussit complètement; puis, après avoir attiré le corps étranger jusqu'au niveau de la tête, qui ne pouvait franchir la piqûre, il le
(1) Sain. Cooper, Dictionn. de chir.t t. Il, p. 583. Paris, 1826.
(2) Journal des connaissances, méd.et chir., avril 1847.
poussa de bas en haut vers le méat qui fut bientôt dépassé, et il fut facile de faire l'extraction de ce corps étranger. Au bout de trois jours la piqûre était cicatrisée. Le môme procédé pourrait être appliqué pour les épingles doubles à cheveux, seulement on ferait deux piqûres, et l'on tournerait l'anse vers le méat; quant aux aiguilles, on les retirerait directement par la piqûre de l'urèthre.
Lorsqu'il n'est pas possible d'extraire les corps étrangers directement à l'aide des pinces, ou lorsque les désordres produits par des manœuvres maladroites ont labouré le tissu spongieux de l'urèthre, on fait une incision au canal et l'on retire le corps étranger par la plaie. Si le corps étranger est volumineux, on incise sur son trajet; s'il ne peut être senti à travers les téguments, on constate sa position à l'aide d'un cathéter et l'on se guide sur l'instrument. On doit avoir soin d'introduire le doigt dans le rectum et de presser sur le canal de l'urèthre afin d'empêcher le corps étranger d'être repoussé dans la vessie par les manœuvres opératoires.
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