‹ Eléments de pathologie chirurgicale (volume 5)Chapitre 189 sur 218 · TUMEURS DES DOIGTS · texte numérisé non relu

TUMEURS DES DOIGTS

lorsque tous les doigts de la main droite sont flécbis, si la malade veut les étendre, le mouvement d'extension se fait bien et facilement pour tous les doigts, excepté pour l'annulaire et le pouce. Pour ces derniers, le mouvement d'extension commence d'abord à se faire jusqu'à un certain degré, puis s'arrête tout à coup. Si la malade persiste à contracter les extenseurs, ou si, avec l'autre main ou avec le doigt voisin, elle vient en aide au doigt malade, il se fait un mouvement brusque comme s'il y avait un ressort et comme si un obstacle venait d'être franchi : l'extension devient alors complète. On observe e même phénomène pendant la flexion. Après un exercice un peu prolongé d'extension et de flexion, les mouvements brusques diminuent d'intensité et même disparaissent, pour reparaître après un instant de repos.

L'exploration attentive de la main fait constater la présence d'un corps du volume d'un petit pois, situé à la base de chacun de ces deux doigts, au niveau de l'articulation métecarpo-phalangienne et sur le trajet des tendons fléchisseurs. Ces corps sont lisses et présentent la consistance d'un cartilage; ils sont roulants sous le doigt qui les presse. Pendant les mouvements d'extension et de flexion, on sent ces corps s'arrêter brusquement; puis, si l'effort continue, exécuter un mouvement brusque et rapide, comme s'ils venaient de franchir un obstacle.

Ces corps paraissent siéger dans la gaine des fléchisseurs. Nous pensons qu'ils sont analogues aux corps flottants des articulations et le résultat d'une inflammation et d'un épaississement du tissu cellulaire sous-synovial, qui se rétrécit sur un point et s'isole. L'obstacle que ces corps rencontrent pendant les mouvements des doigts est constitué par les arcades fibreuses qui siègent sur la face palmaire des doigts. Lorsque le doigt commence à se fléchir, le corps roulant éprouve une difficulté à passer sous l'arcade fibreuse; cependant, l'effort continuant, le corps s'engage sous cette arcade et la franchit rapidement. Pendant les mouvements d'extension, la difficulté étant plus grande (les muscles extenseurs étant moins puissants que les fléchisseurs), l'autre main et le doigt voisin interviennent pour rendre l'extension complète.

Nous avons employé dans des cas analogues des résolutifs locaux (vésicatoires volants répétés, eau-de-vie camphrée, alcool, etc.). Cette médication n'a pas donné jusqu'à présent de résultats très satisfaisants ; aussi nous proposons-nous, si ces moyens ne réussissent pas, de recourir à l'incision sous-cutanée de l'arcade fibreuse palmaire.

Peut-être pourra-t-on appliquer ici le procédé queGoyrand (d'Aix) a proposé pour extraire les corps mobiles des articulations. De cette manière on débarrassera la malade de son affection, en même temps

qu'on enlèvera la nodosité qui pourrait la reproduire. Il est en effet certain que, si l'art n'intervient pas dans cette circonstance, la malade conservera une infirmité qui pour elle est des plus graves, puisqu'elle l'empêche de travailler pour subvenir à ses besoins. Telle était la description donnée par Nélaton en 1856.

D'autres exemples ont été observés depuis, et j'en ai rencontré deux cas pour ma part, et dans un cas le mal a fini par disparattre seul. Ce serait une opération sérieuse d'aller à la recherche du nodus développé sur le tendon, et je conseillerai toujours l'abstention; d'ailleurs ces nodosités du tendon paraissent aujourd'hui en relation avec la diathèse goutteuse ou avec un traumatisme, et il y aurait lieu de recourir d'abord au traitement général de la goutte et aux révulsions locales avec la teinture d'iode ou les pointes de feu.

3° Nous avons encore observé, disait Nélaton, à la face palmaire des doigts, une tumeur d'une nature singulière, dont nous avons fait l'extirpation et qui a été examinée au microscope de M. Robin; nous enregistrons encore ce fait, qui est peut-être unique dans la science :

Un jeune Espagnol d'une quinzaine d'années, bien portant du reste, est affecté de trois petites tumeurs échelonnées sur la face palmaire de l'annulaire gauche, et dont le début remonte à quelques mois. Ces trois tumeurs sont sous-cutanées, indolentes, résistantes au toucher; elles n'entravent pas encore les fonctions du doigt. La plus volumineuse atteint à peine la grosseur d'une noisette, et se trouve située au niveau de la première phalange : elle parait avoir une certaine mobilité sur les parties profondes, mobilité cependant incomplète et probablement trompeuse.

Les deux autres tumeurs se trouvent, l'une au devant de la deuxième phalange, l'autre au devant de l'articulation métatarso-phalangienne, et paraissent l'une et l'autre évidemment mobiles, roulant sous la peau. Cette mobilité est indépendante des mouvements des tendons fléchisseurs.

Décidé à pratiquer l'ablation de ces singulières tumeurs, et voulant d'un autre côté rendre l'opération aussi simple que possible, éviter les délabrements trop étendus, nous nous proposâmes de la pratiquer en deux fois.

Une première fois nous enlevons avec facilité, à la faveur de deux petites incisions longitudinales, les deux tumeurs mobiles, assez éloignées l'une de l'autre.

Quelques semaines après (le 8 juillet 1856), la cicatrisation étant achevée, nous procédâmes à l'ablation de la troisième tumeur, après une incision longitudinale de la peau de 2 à 3 centimètres.

Cette seconde opération fut plus délicate et assez difficile, à cause de l'adhérence intime de la tumeur à toute la portion fibreuse de la

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gaine tendineuse, qu'il fut complètement impossible d'épargner, et que Ton dut ouvrir largement en mettant à nu le tendon, sous peine de ne pas enlever toute la tumeur. On rapprocha, à l'aide du sparadrap, les deux lèvres de la plaie au-devant du tendon dénudé, et Ton soumit le doigt à une irrigation continue.

Disons tout de suite que, malgré la dénudation des tendons, la ci* catrisation s'opéra en quelques jours et sans compromettre aucunement les mouvements du doigt. Plus de trois mois après l'opération, les mouvements s'opèrent facilement, les usages des tendons sont entièrement recouvrés, et il n'y a pas apparence de récidive.

La tumeur, examinée à l'œil nu, est d'un gris rosé, offre une surface lobulée bien circonscrite, nullement adhérente aux téguments, fortement adhérente au contraire à la portion de gaine synoviale qui a été enlevée avec elle, et dont la surface, parfaitement lisse, est facilement reconnaissable. Il est aisé de reconnaître également que la production morbide était tout extérieure à la gaine tendineuse, et ne pénétrait nullement dans sa cavité.

Voici quel fut le résultai de l'examen : La moitié environ de la masse du tissu est composée de noyaux libres fibro-plastiques, sans cellules proprement dites de cette espèce. Tous les noyaux étaient ovoïdes allongés; la plupart manquaient de nucléole. On trouvait avec eux quelques corps fusiformes fibro-plastiques, mais peu nombreux. Les noyaux sont disposés les uns par rapport aux autres à peu près tous dans la même direction, et enchevêtrés avec les corps fusiformes dans le sens de la longueur de ceux-ci, dont la direction est également parallèle à celle des noyaux. Ainsi ces tumeurs doivent être appelées fibro-plastiques, et seraient appelées aujourd'hui myxome.

Angiomes des doigts.

On a observé sur les doigts, principalement à la pulpe et à la face palmaire, des tumeurs d'origine traumatique, auxquels convient le nom d'angiome. Ce sont des tumeurs qui se développent après une plaie, aux dépens d'un bourgeon charnu.

La tumeur, généralement du volume d'un pois, est rouge violet; sa surface est lisse, et cependant elle saigne au moindre contact et elle est douloureuse à la pression.

Les tumeurs se détruisent quelquefois seules & la suite d'une inflammation suppuralive, mais le plus souvent elles durent en donnant lieu à des hémorrhagies jusqu'à ce qu'on les ail détruites, soit avec le fer rouge, ce qui est meilleur, soit avec la pâte de Vienne qu'on laisse en place quinze à vingl minutes.

Topkus de» doigts.

Les goutteux présentent des tumeurs qui peuvent acquérir le volume d'un pois. Ces tumeurs, agminées parfois, renferment des concrétions calcaires d'urate de soude et de chaux décrites par les médecins. Ces lésions sont faciles à reconnaître; elles n'exigent aucun traitement autre que celui de la goutte. Quelquefois ces tumeurs sont situées dans l'épaisseur de lapeau, s'ouvrent seules, et l'on voit comme une petite masse de craie dans un enfoncement du tégument (1).

Kyste sébacé de la face palmaire de» doigt».

On rencontre sur les cotes de la face palmaire des doigts des tumeurs sébacées qui ne sont pas toujours reconnues; le diagnostic de ces tumeurs est cependant facile : la tumeur, très ronde, mobile avec la peau, présente, non de la fluctuation, mais une dépressibililé caractéristique.

Hypertrophie èUphantiasique des doigts.

Une curieuse observation a été présentée à la Société de chirurgie

Fie. 89. — Hypertrophie éléphantiuique dei deifU.

par Mirault, d'Angers (2). II s'agissait d'une jeune fille cher 1;

les doigts de la main droite se développaient successivement de façon

à prendre la forme marquée sur la figure 89.

(Il Féréol, Bullet. Soc. mèd. de* hôpit., 1884.

(3) Minuit, d'Anger», Bullet. Soc. de chirura., 1862, p. 261, et Verneuil, C**. keM., 186a, p. 113.

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