‹ Eléments de pathologie chirurgicale (volume 5)Chapitre 201 sur 218 · MAL PERFORANT DU PIED · texte numérisé non relu

MAL PERFORANT DU PIED

§ V. -— Mal perforant du pied. — Mal plantaire perforant.

La description de cette singulière affection est de date encore récente ; elle se trouvait à peine indiquée par les auteurs, lorsqu'en 1852, M. Yésigné (d'Abbeville) publia, sous le nom de mal plantaire perforant, quatre observations de la maladie qui nous occupe. Mais le travail le plus complet que nous possédions sur ce sujet est une thèse, très bien faite, de M. Leplat (1). Ce chirurgien, ayant constaté que la maladie se montre en d'autres points que la plante des pieds, a modifié la dénomination de M. Yésigné, et décrit cette affection sous le nom de mal perforant du pied, dénomination que nous acceptons jusqu'à ce que Ton soit mieux renseigné sur la véritable cause première de la maladie.

Le mal perforant du pied se rencontre principalement à la plante du pied, au niveau des articulations métatarso-phalangiennes, à la pulpe de l'orteil et au talon. M. Leplat Ta observé sur la face dorsale des orteils, au niveau des articulations ; on l'a vu encore à la partie postérieure et supérieure du talon, sous le talon, sur le genou des amputés de la jambe et qui marchent sur le genou (A. Després) (2); l'ulcération avait été suivie de l'exfoliation du tendon rotulien.

L'épiderme est épaissi, d'un jaune pâle ou d'un blanc mat; quelquefois Tépanchement d'une certaine quantité de sang entre les lamelles épidermiques qui constituent le durillon lui donne une teinte brune ; d'autres fois le derme n'a subi aucune modification; plus souvent, comprimé entre les os et la couche épidermique, il est comme condensé; il a paru dans quelques circonstances plus vasculaire qu'à l'état normal. Entre l'épiderme et le derme, il n'est pas rare de rencontrer une petite cavité remplie de liquide séro-sanguinolent. Si l'on enlève une portion du durillon, on constate l'existence de cette petite cavilé, et l'on voit bientôt s'élever-de la surface du derme une espèce de papille rouge&tre, fongueuse, qui vient faire saillie à travers l'ouverture faite par l'instrument à la couche épidermique ; si Ton introduit un stylet par cette petite ouverture, on constate que le durillon est décollé dans une étendue plus ou moins considérable. Lorsque le durillon a été enlevé en totalité, on trouve cette surface ulcérée, parfaitement décrite par Marjolin (3) sous le nom d'ulcère verruqueux.

(!) Vcsigné, Gax. deshôpil.tZ fevr. 1852 — Leplat, Malperforant, thèse. Paris, 1855

(ty Després, Chirurg. journalière, p. 616.

(3/ Dictionnaire de médecine eu 30 volumes, t. XXX, p. £>, Paris, 1846.

a Leur surface est formée par un grand nombre de viliosités coniques, (Tune texture dense, serrée, rapprochées les unes des autres, représentant en quelque sorte un velours de laine grossier; ces végétations paraissent naître du derme; Tépiderme qui entoure le derme est épaissi, calleux et même corné, quelquefois divisé par des Assures profondes. Ces ulcères, que j'ai vus deux fois à la plante du pied, une fois à la jambe, une fois à l'aine, laissent suinter en petite quantité un liquide visqueux, presque incolore, fétide, qui, en se desséchant, forme une couche épaisse, dure, grisâtre, très adhérente. Us sont peu douloureux et môme indolents, susceptibles de prendre une grande étendue en largeur. * Ces ulcérations ont peu de tendance à la cicatrisation, au contraire elles ont une grande propension à s'étendre en profondeur. Il est à remarquer que dans les points où se forme cette espèce de durillon se trouvent les bourses séreuses sous-cutanées sur lesquelles nous avons déjà appelé l'attention ; celles-ci ne tardent pas à être envahies par l'inflammation, qui, se propageant de proche en proche, gagne les gaines tendineuses, les articulations, attaque le périoste et les os. On comprend tous les désordres qui peuvent résulter de cette affection arrivée à ce degré, fusées purulentes dans les gaines des tendons, inflammation phlegmoneuse profonde de la plante du pied, inflammation purulente des articulations, carie et nécrose du squelette du pied.

Pour expliquer le mal perforant, trois théories sont en présence :

1° La théorie mécanique, celle de Vésigné et Leplat; elle a pour elle ces faits que le mal perforant débute toujours par un durillon, qu'il existe presque toujours chez des hommes à l'exclusion des femmes, que les gens riches qui marchent peu en sont à peu près exempts.

2° La théorie vasculaire (1), proposée par MM. Péan et Delsol, rattache le mal perforant aux calcifications des vaisseaux, à l'athérome; mais il est impossible d'admettre que l'athérome artériel ne produise ses effets que sur les ouvriers, il faut toujours au moins admettre comme cause occasionnelle la pression mécanique.

3° La théorie nerveuse adoptée par Dolbeau(2)est fondée sur ce fait que le mal perforant est indolent et qu'il y a une perle de la sensibilité du membre là où il existe; mais les faits de maux perforants sont assez rares chez les ataxiques et les paralytiques pour que la théorie soit en défaut. En somme, c'est la théorie mécanique qui est la plus acceptable. II y a cependant une prédisposition individuelle : les ma-

(1) Péan, Dullet. Soc. dechir., 1863, p. 116. — Delsol, thèse. Paris, 1864.— Moetagnil, Ulcère artèrio-athéromatcux, thèse. Paris, 1868. — Consultez Soulage, thèse. Paris, 1874. Ce travail résume les opinions et discussions sur le sujet.

(2) Dolbeau, Clin, chirurg.., 1867, p. 414. — Duplay, Arck. de mât., 1874; t I, p. 257 et suiv.

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