PLAIES DU REIN
il résulte de ces considérations, que les premières plaies sont en général beaucoup plus graves que les secondes, et se présentent à l'observateur avec des symptômes souvent beaucoup mieux caractérisés.
Symptomatologie. — Les blessés accusent une douleur fixe dans la région du rein, douleur qui s'irradie vers la région inguinale et est, chez l'homme, souvent accompagnée de rétraction du testicule; ils éprouvent de fréquentes envie d'uriner. L'urine est quelquefois normale, mais dans la plupart des cas elle est mélangée avec une certaine quantité de sang; ce dernier phénomène est en rapport avec la partie lésée de l'organe. On comprend, en effet, que si un vaisseau d'un certain calibre a été divisé, et si surtout le sang coule directement dans le bassinet ou môme seulement dans un des calices, la quantité de sang mêlée à l'urine sera beaucoup plus considérable que si la substance corticale et la substance tubuleuse ont été seules intéressées. La plaie extérieure donne également issue à du sang et à de l'urine, comme dans le cas précédent. Toutes choses égales d'ailleurs, la quantité de sang sera subordonnée au calibre des vaisseaux divisés ; quant à la quantité d'urine, elle varie avec l'état de l'uretère ; ainsi lorsque le liquide peut suivre son cours naturel, il sortira par la plaie en quantité assez minime; si, au contraire, la voie normale est oblitérée par un caillot, toute l'urine sécrétée par le rein sortira par la plaie.
Les symptômes généraux des plaies du rein sont ceux de toutes les lésions graves et profondes, tels que syncopes, vomissements, pâleur de la face, refroidissement des extrémités, faiblesse et fréquence du pouls, etc.
Peu de temps après les blessures du rein, l'inflammation se développe; la pblegmasie ne se borne pas à l'organe blessé, elle s'étend aux tissus voisins; non seulement elle envahit le péritoine, lorsque cette membrane séreuse a été intéressée, mais encore elle se propage an tissu cellulaire : en effet, malgré la largeur et la netteté de la plaie, l'urine filtre avec la plus grande facilité dans les mailles celluleuses et provoque une infiltration urineuse dont on prévoit toutes les conséquences. Les douleurs sont beaucoup plus intenses dans la région du rein, le ventre se ballonne, devient douloureux à la pression et l'on constate tous les symptômes de la péritonite ou d'un abcès urineux à la région lombaire.
Il est un autre accident sur lequel on ne saurait trop appeler l'attention, nous voulons parler de la rétention d'urine, due à l'oblitération de l'orifice vésical de l'urèthre par un caillot. Il est facile de remédier à cet accident à l'aide du cathélérisme ; mais, si le chirurgien ignore cette espèce de complication, il peut être exposé à des méprises très graves.
Les malades succombent fort souvent pendant la période inflamma toire; mais, si les accidents peuvent être conjurés, la suppuration s'établit, le pus se trouve mélangé à l'urine en plus ou moins grande quantité, la plaie extérieure reste fistuleuse jusqu'à la complète cicatrisation du rein.
Les accidents qui peuvent compliquer les plaies du rein sont l'infiltration sanguine ou urineuse, et avec elle les vastes foyers purulents qui font parfois périr les malades d'épuisement; la présence de corps étrangers dans le tissu du rein. Cette complication augmente l'intensité des accidents inflammatoires, et prolonge considérablement la maladie, car la guérison ne peut être obtenue que par l'expulsion de ces corps, soit par la plaie, soit par l'urèthre. Terminons en signalant la péritonite suraiguô qui, avec l'hémorrhagie, fait très rapidement périr le plus grand nombre de malades.
Diagnostic. — Le diagnostic des plaies du rein n'est pas toujours très facile. Dans la plupart des cas, le chirurgien ne peut avoir que des présomptions ; le siège de la plaie, la direction de l'instrument, la profondeur à laquelle il a pénétré, l'hématurie môme et la sortie de l'urine par la plaie, ne sauraient inspirer une certitude absolue. En effet, il peut exister des anomalies de position du rein; la direction et la profondeur de la plaie ne peuvent être que très imparfaitement constatées, car là, comme dans toutes les plaies de l'abdomen, le cathétérisme doit être proscrit ; enfin l'hématurie et l'écoulement d'urine par la plaie peuvent tenir à une blessure de l'uretère ou de la vessie.
Pronostic. — Il est fort grave non seulement à cause de la profondeur de la blessure et de l'importance de l'organe, mais encore à cause des désordres que détermine la fillralion d'un liquide irritant dans les tissus et des accidents que provoque la rétention d'urine, si fréquente dans ces sortes de lésions. On a vu cependant des plaies du rein, même compliquées de corps étrangers, être suivies de guérison.
Traitement. — Le blessé sera soumis à un traitement antiphlogistique énergique, en rapport d'ailleurs avec l'état général : le repos absolu, la diète, de légers laxatifs, des applications émollientes, sont, avec les émissions sanguines, les seuls moyens que nous possédions pour combattre une semblable lésion.
Il se présente, en outre, quelques indications particulières sur lesquelles nous ne saurions trop insister.
S'il existe un corps étranger, il faut aller à sa recherche, à moins que l'on ne soupçonne que les manœuvres nécessaires à son extraction ne soient plus dangereuses que la complication elle-même.
S'il y a rétention d'urine, la première indication est de pratiquer le