CANCER DU PÉNIS
certain nombre de cas cette dégénérescence marche avec lenteur. Cependant, plus le sujet est jeune, plus la marche est rapide.
Traitement. — Le chirurgien ne doit rien attendre ni d’une médication interne, ni de topiques appliqués sur la tumeur, il doit procéder à l’amputation de la verge.
Jimputation du pénis. — Cette opération doit être pratiquée, non seulement pour les cas de cancer de la verge, mais encore pour quelquesunes des alTections que nous avons étudiées dans les articles précédents.
L’amputation de la verge est totale ou partielle : dans le dernier cas on n’enlève par l’instrument tranchant que le gland, un des corps caverneux. On désigne quelquefois, sous le nom d’amputation partielle de la verge, l’opération qui consiste à enlever le prépuce ou le fourreau du pénis. Dans l’amputation totale, on coupe la verge dans toute son épaisseur. Il est rare que l’on ait à faire l’amputation vraiment totale, c’est-à-dire que l’on ait à enlever les corps caverneux jusqu’à leur racine.
Lorsqu’on est appelé à faire l’amputation de la verge, on devra s’assurer de l’étendue du mal; nous avons déjà vu qu’il est des cas dans lesquels le pénis paraît être affecté dans toute son épaisseur, alors que les téguments sont seuls atteints, et il serait impardonnable de porter l’instrument sur des tissus absolument sains, quand il suffît de pratiquer une opération beaucoup plus simple.
L’amputation de la verge ne présente aucune difficulté; aussi ne nous y serions-nous pas arrêté si nous n’avions pas à signaler plusieurs points assez importants.
1® Le chirurgien devra avoir soin de conserver autant de peau qu’il est nécessaire pour recouvrir le moignon, même pendant les érections, qu’il n’est pas rare d’observer même avant la cicatrisation complète de la plaie. On sait combien est lâche le tissu cellulaire qui sépare la peau de la verge des corps caverneux; il est donc à craindre, si on tire les téguments en arrière, d’avoir un lambeau beaucoup trop long; par contre, si on attirait le fourreau en avant, on risquerait de ne pas avoir une quantité suffisante de peau pour recouvrir le moignon. Le meilleur moyen pour conserver la quantité de peau nécessaire, est le suivant : Le chirurgien saisit la verge de la main gauche, attire légètj rement la peau pendant qu’un aide tire les téguments vers la racine I, de l’organe; lorsque tout est bien disposé, d’un seul coup il coupe la / verge, en commençant par sa face dorsale. Cette section se fait d’un ■ seul coup; il n’y aurait de difficulté que dans le cas d’ossification de l’artère dorsale de la verge ou de la cloison des corps caverneux. Velpeau (1), nous l’avons dit, s’est refusé à pratiquer l’amputation du
(I) Velpeau, Méd. opératoire, t. IV, p. 337.
624 AFFECTIONS DES ORGANES GÉNITAUX DE l’uOMME.
pénis chez un sujet dont le pubis envoyait un prolongement osseux, long de 0“’,15, dans le côté gauche de la verge. Aussitôt après l’opération, on procédera à la ligature ou à la torsion des artères dorsales de la verge et caverneuses; elles sont en général très faciles à trouver; le sang veineux fourni par le tissu érectile s’arrête spontanément ou est arrêté par le fer rouge.
2o II est quelquefois difficile de trouver l’orifice de l’urèthre immédiatement après l’opération. Aussi Barthélemy a-t-il conseillé d’introduire préalablement une sonde dans la vessie et de faire la section sur la sonde. Cette méthode a été employée avec succès; quelques chirurgiens ont paru craindre qu’après la section de la sonde, le fragment vésical ne fût entraîné jusque dans le réservoir de l’urine.
3“ Avant de procéder au pansement il faut avoir soin d’introduire une sonde dans Turèthre, afin d’empêcher le rapprochement des deux lèvres de ce canal. Il n’est pas rare, en effet, devoir un rétrécissement notable du nouvel orifice uréthral, môme lorsqu’on introduit une sonde, et à plus forte raison lorsqu’on a abandonné les parties à elles-mêmes; d’ailleurs la sonde conduit l’urine loin de la plaie et empêche ce liquide d’irriter la solution de continuité. Afin de prévenir le rétrécissement ultérieur de l’urèthre, on a conseillé de faire la section de l’urèthre un peu en avant de celle des corps caverneux et de réunir par la suture la membrane muqueuse uréthrale à la peau du pénis.
L’amputation de la verge guérit en général assez bien ; on a observé cependant quelques cas d'infection purulente. Il n’est pas très rare aussi de voir les opérés pris d’une mélancolie profonde, et même succomber, soit pendant le travail de la cicatrisation, soit après la guérison complète.
On a substitué avec avantage à l’instrument tranchant l’écraseur linéaire de Chassaignac et l’anse galvanique. L’opération faite avec lenteur met à l’abri de l’hémorrhagie et les résultats ultérieurs sont excellents. Lorsqu’on emploie le galvano-cautère trop chauffé, la brûlure peut être assez forte pour causer un gonflement, et de là vient la rétention d’urine, qui cède d’ailleurs seule si l’on place le malade dans un bain.
En vingt jours la plaie guérit très bien lorsqu’elle est pansée avec de simples cataplasmes.