VI
de tumeurs mixtes, dites fibro-hjstiques, sur lesquelles on a souvent discuté, au point de vue de leur nature intime et au point de vue du traitement, et qui rentrent entièrement dans l’histoire de l’hystérectomie déjà décrite.
A. — Kystes du col {kystes muqueux ou glandulaires).
Anatomie patuologique et Patiiogénie, — Décrite surtout par Huguier (I), cette variété de tumeurs se rencontre sur les deux lèvres du col et au pourtour de l’orifice utéro-vaginal, dans l’intérieur de l’organe, au niveau de l’orifice supérieur, et enfin sur les limites inférieures de la cavité du corps de l’utérus. — Les uns font saillie dans le vagin ; d’autres sont cachés dans la cavité du coi. Les premiers sont superficiels, recouverts seulement par la membrane muqueuse ; les seconds, profonds, sont situés dans l’épaisseur môme du tissu de l’organe. Leur nombre est variable. Quelquefois il n’existe qu’un seul kyste, d’autres fois on en compte deux, trois, quatre, et même davantage ; leur volume varie depuis celui d’un pois jusqu’à celui d’une petite noix; les kystes superficiels, en se développant, peuvent se pédiculiser et devenir polypes. Nous les avons décrits plus haut.
Ces petites tumeurs sont composées de deux enveloppes, l’une interne, mince, transparente, très vasculaire ; l’autre externe, celluleuse. Les kystes profonds sont recouverts d’une couche de tissu utérin. Quelques-uns sont percés d’un petit pertuis qui laisse échapper un liquide albumineux, clair, épais, filant, gélatiniforme, semblable au mucus sécrété par les glandes du col.
Le tissu de l’utérus qui entoure ces kystes et la membrane qui les recouvre sont presque toujours plus rouges, plus injectés que les parties voisines ; le col de l’utérus est lui-môme hypertrophié.
Ces tumeurs se forment dans les glandes du col de l’utérus, qui paraissent avoir subi un développement anormal aux dépens d’un culde-sac ou d’un conduit extérieur peut-être oblitéré.
Symptomatologie. — Au début, ou n’observe fort souvent aucun trouble fonctionnel appréciable ; les malades éprouvent bientôt une leucorrhée parfois très abondante; la menstruation est irrégulière, et l’on voit des hémorrhagies survenir dans l’intervalle des règles, sous l’influence d’un excès de fatigue, du coït, etc. Chez d’autres il n’y a qu’un écoulement sanguin peu abondant, mais continuel; — sensation
(1) lluguicr, Des hijsles de la malrice et du vagin et des polgpes utéro-folUculaires, in Mém.^de la Soc. de chir., 18.19, l. I, p. 37 et 2i9, et Traité de Vhijstérométrie. Paris, 1865.
TUMEURS DE l’UTÉRUS. — KYSTES.
de gêne; quelquefois douleurs à la région hypogastrique, aux lombes, à la partie supérieure des cuisses.
Si le kyste fait saillie dans le vagin, à l’orifice du col ou dans sa cavité dilatée, on constate par le toucher et par l’examen du spéculum une tumeur souple, molle, semi-fiuctuantc, arrondie, lisse, dépressible. Lorsqu’il est recouvert d’une couche de tissu utérin, la dépressibilité manque, et l’on peut croire à l’existence d’un corps fibreux de Tutérus. Le toucher est assez souvent suivi d’un écoulement de sang.
Lorsque le kyste est inaccessible au doigt et à la vue, le diagnostic devient très difficile, bien que l’on constate une déformation du col utérin, de la congestion, etc.
La marche de ces kystes est extrêmement lente. Il est probable, si l’on en juge par les traces de déchirure que l’on a trouvées, qu’un certain nombre de ces tumeurs s’ouvrent spontanément, se vident, et guérissent pour être bientôt remplacées par d’autres produits analogues.
Le DIAGNOSTIC est très obscur lorsque le kyste est encore enfermé dans la cavité utérine; il n’en est plus de môme lorsqu’il est accessible.
Le PRONOSTIC n’est grave que lorsque la maladie est méconnue, c’està-dire quand le kyste siège dans un point élevé de la cavité du col utérin ou qu’il est situé profondément dans le tissu de rutérus.
Traitement. — \Jinciùon simple suivie de cautérisations suffit pour les petits kystes situés au voisinage du col. — Vexcision à l’aide de forts ciseaux courbes est indiquée toutes les fois que le kyste est pédicule. — L’emploi de la curette et les cautérisations répétées conviennent dans le cas de tumeurs multiples.
B. — Kystes du corps de l’utérus.
L’histoire des kystes du corps utérin est assez mal connue, car elle est encore entourée de grandes obscurités en ce qui concerne leur étude anatomique, pathogénique et clinique; aussi n’en dirons-nous que quelques mots. — Quant à leur mode de traitement il a trait uniquement à V hystérectomie (1), que nous avons décrite à propos des fibromes et du cancer de l’utérus.
Nous les diviserons en kystes kystes de l'utérus vrais
ou kystes de l'utérus proprement dits, et tumeurs fxbro-kystiques. C’est
(1) Les opérations faites pour les tumeurs kystiques ou fibro-kystiques semblent donner de meilleurs résultats que celles que l’on pratique pour' enlever des tumeurs entièrement solides (Duplay, Péanp
d’après les travaux qu’en ont publiés Péan et Urdy (1), Boinet (2), Demarquay et O. Sainl-Vel (3) et Lebec (4), que nous transcrivons les détails suivanis.
Anatomie pathologique. — Les kystes sous-péritonéaux se développent immédiatement sous le péritoine, dans le tissu cellulaire sous-séreux, et peuvent s’étendre jusque dans les ligaments larges, entourant quelquefois complètement le col de la matrice (Nünn). Peu volumineux, ils sont presque toujours multiples et coexistent souvent avec des myomes (Tanner). Constitués uniquement par une collection de sérosité, ils ont comme parois, d’un côté le tissu uiérin, et de l’autre le péritoine plus ou moins altéré dans sa texture; ils adhèrent à l’utérus par une large base. On y rencontre de la sérosité pure ou sanguinolente.
Les kystes vrais on proprement dits (de l’utérus) naissent et se développent dans l’épaisseur des parois utérines (tumeurs utéro-cysliques, Boinet). Ils diffèrent complètement des précédents, et se rapprochent plutôt des géodes que nous décrivons dans la troisième variété suivante Ils occupent surtout le fond de l’organe, dont les parois normales ou atteintes de dégénérescence graisseuse ou granuleuse constituent la poche. Le contenu est filant, jaunâtre ; on y rencontre parfois du sang presque pur. — Cette forme est très rare, on n’en connaît guère que trois ou quatre exemples. — Demarquay (5) en a décrit un cas remarquable par sa simplicité, et Péan (6) en cite un autre suivi de guérison, qu’il opéra en présence de Spencer Wells et qui siégeait dans le fond de la paroi latérale droite de l’utérus. — •Ces kystes se compliquent de kystes sous-péritonéaux, de tumeurs kystiques de l’ovaire ou du ligament large, de myomes utérins interstitiels et sous-péritonéaux; ce qui rend naturellement leur histoire clinique spéciale bien obscure et si dilficile à dégager de ce qui a trait, comme symptômes, à toutes ces variétés de tumeurs.
(1) l'éaii cl Urdy, üe riiystérolomie. De l’ablation partielle ou totale de l’utérus par la gastrotomie. — Jitude sur les tumeurs qui peuvent nécessiter cette opération, ^5 fig., -i planches, Adrien Delahaye, 1873.
(2) Woinel, Dalkutogie de l'ovaire, a.rl. du Diclionn. encycl. des sciences méd., t.XIX, I" partie, p. 56 et suiv. et 153 et suiv. — Boinet, De la gastrotomie dans les cas de tumeurs fibreuses utérines inlerslilielles et dans les tumeurs fibro-cystiques. Mémoire présenté à l’Académie de médecine le 26 avril 1870, in Gaz. hebdom. de méd. et de
chir., 1873.
(3) Demarquay et 0. Saint-Vel, Traité clinique des maladies de Tulérus, 1876, p. 280
et suiv. ,
(1) Ed. Lebec, Eludes sur les limeurs fihro-kysliques et les kystes de l’ulerus, avec 2 pl. CP litliogr. Thèse inaug., Paris, 1880.
(5) Demarquay, Tumeur kystique de l'ulérus prise pour un kyste de l’ovaire. Gastrotomie. Ablation partielle de Tulérus. — Mort trente-six heures après l'opération. — Examen histologique l'ait par Bouchard. In Union médicale, \8GS, u-’ 113 et 115, p. 420 et suiv.
(6) Péan cl Urdy, loc. cil., p. 05.
TUMEURS DE L’uTÉRUS. — KYSTES.
Les tumeurs fibro- kystiques ou cystiques de l’utérus ont été décrites par Cruveilhier (i), qui en a reproduit un exemple fort remarquable dans son atlas; puis, par Atlee, Baker Brown, Billroth, Virchow, Greely Hevitt(2), Sp. Wells, qui en ont tracé la structure et la genèse. Bouth, eu 1863, dans des leçons sur ce sujet, en a aussi exposé avec soin le mode de formation.
Ces tumeurs constituent-elles réellement une affection à part ( maladie tibro-kystique de l’utérus)? comme le veulent Kiwish, Page! West, Péan et Urdy, etc., — ou bien résultent-elles de la dégénérescence et du ramollissement de fibro-myomes utérins (présence de vacuoles ou même de grandes cavités creusées dans le tissu fibreux)? — ou bien encore ne sont-elles que des kystes multiloculaires de l’ovaire offrant des caractères particuliers au point de vue de leur transformation pathologique (Boinet) ? — Ce sont là autant de questions de pathogénie qu’on ne parviendra à résoudre qu’avec le temps et avec un nombre suffisant d’.observations ; or, comme nous l’avons dit, ces tumeurs fibro-kystiques sont rares.
Quoi qu’il en soit, elles comprennent deux variétés principales : les tumeurs myo-kystiques ou myomes à géodes, et les tumeurs fibrokystiques ou utéro-kystiques proprement dites, variété qui est la plus fréquente; mais ce sont toujours des masses de matière fort complexe dont il est très difficile de déterminer d’une façon précise le mode de formation. — Leurs parois sont très minces et friables, envoyant dans l’intérieur de ces poches multiples des cloisons en général incomplètes ; il en résulle que, vues par l’intérieur, certaines de ces tumeurs ont un ensemble aréolaire dont l'aspect peut être comparé à la face interne du cœur. — Leur contenu est rarement un liquide jaune opalin ; il est presque toujours d’un rouge brun sanguinolent, parfois filant, ti'ès épais et coulant difficilement, rarement du sang pur.
Ce qui frappe le plus dans ce liquide est la présence presque constante du sang, fait en rapportavecla présence de veines volumineuses rendant l’hémostas.e si difficile en raison de la largeur du pédicule. Celte largeur du pédicule se comprend aisément, puisque ces néoplasmes partent d’un utérus hypertrophié (du fond et d’une large portion de la face postérieure de l’organe). Ces tumeurs ont de grandes tendances à contracter des adhérences avec les organes veineux, l’épiploon, les parois abdominales.
Il existe des cas complexes où peuvent se rencontrer toutes les variétés précédentes, soit qu’il existe une masse unique, soit qu’il y ait plusieurs tumeurs indépendantes les unes des autres. — C’est ainsi qu’un
(1) Cruveilliicr, Traité (V anatomie pathologique, t. V, 2“ édit,, et Atlas d'anatomie pathologique, Xlir livr., pl. IV.
(2) G. llevitt, Diseases of Women, 1808, p. 403.
large kyste sous-péritonéal s’implantera sur un corps fibreux à géodes, qu’une tumeur fibro-kystique proprement dite coïncidera avec un kyste développé dans la substance de l’utérus (Péan et Urdy), etc.
La SYMPTOMATOLOGIE et le DIAGNOSTIC se Confondent avec ceux des kystes multiloculaires de l’ovaire, dont il est extrêmement difficile, si non impossible, de les distinguer sur le vivant; — un caractère important est V inégalité de consistance manifeste de la tumeur, la présence de grandes irrégularités, de bosselures et de sillons entre elles. — Les chirurgiens anglais insistent beaucoup sur l’examen de la cavité utérine par l’hystéromètre, qui montre une hypertrophie considérable de l’organe, ce qui n’a pas lieu dans les kystes ovariques : cette exploration est dangereuse, surtout quand il existe des fibromes qui ont donné lieu à des hémorrhagies.
Un bon signe est fourni par le mode d’évolution de ces tumeurs; elles ont en effet une marche beaucoup plus rapide que les autres tumeurs ovariennes, — marche incessajite, galopante (Pozzi), fatale et vouant les malades à une mort certaine. Quelle en est la raison? On l’ignore, le microscope reste muet à cet égard ; elles peuvent acquérir un développement tel qu’elles remplissent l’abdomen en un an (Fletcher), 17 mois (Hakes), G mois (Péan). Elles se développent surtout chez des sujets relativement jeunes (Kœberlé en a observé avant l’âge de 19 ans).
On voit, par ces quelques mots, combien l’histoire clinique de ces néoplasmes est obscure. Lizars, en 1824 (1" observ. de ces tumeurs), croyant faire une ovariotomie, tomba sur une tumeur kystique de l’utérus, et referma le ventre sans oser terminer son opération. — La même erreur se reproduira encore plus d'une fois entre les mains des ovariotomistes de notre époque, mais ils pourront au moins maintenant mener à bonne fin Topération, grâce au perfectionnement de V hystérectomie, seul mode de traitement applicable à ces tumeurs et sur lequel nous n’avons pas à revenir.
§ XII. — Du danger des explorations, manipulations ou opérations utérines (même les plus simples).
Dans ce court chapitre, je ne veux pas parler des accidents, le plus souvent mortels, qui sont le prompt résultat de la lésion du péritoine intéressé, soit au niveau du cul-de-sac postérieur, dans le cours de l’ablation d’un carcinome du col non limité (nous en avons rapporté plusieurs exemples), soit près du fond du corps utérin, à la suite de la ligature d’un myome siégeant profondément (Tillaux). Les observations de ce genre sont assez rares, ou plutôt paraissent plus
TUMEURS DE l'üTÉRUS.
raves qu elles ne le sont en réalité, car tous les faits de cette nature ne sont pas publiés, et il faut savoir gré aux chirurgiens consciencieux qui n’hésitent pas à faire connaître ceux qui leur sont personnels.
Ce que nous désirons faire ressortir ici, c’est la disproportion frap- pante qui existe parfois entre le traumatisme produit au fond du vagin (un simple toucher suffit) et les terribles efiéts qui en sont rapidement la conséquence. — Si l’utérus peut être impunément soumis à des opérations les plus sérieuses, il est des cas où la lésion la plus légère, presque insignifiante, est suivie d’accidents très sérieux et même de la mort.
En 187 , je publiais dans la Gazette des hôpitaux l’observation d’une femme entrée à l’hôpital des Cliniques pour un léger abaissement de l’utérus, et chez laquelle un simple toucher vaginal pratiqué par Nélaton (1862) fut suivi de péritonite morlelle en quarante-huit heures (1). A. Leteinturier (2) rassemblait la même année, dans sa thèse, plusieurs faits analogues, et arrivait à cette conclusion que les opérations, même les plus légères, portant sur cet organe, pouvaient être le point de départ d’accidents graves.
Les cautérisations du col, comme l’a indiqué Boissarie (3), les injections intra-utérines ou môme simplement vaginales, peuvent être suivies d’efléts aussi pernicieux. Delaborde en 1850 en avait publié un cas dans VUnion médicale, et Broca (4), huit ans plus tard, rapportait î\ la Société de chirurgie un exemple de péritonite mortelle rafiide, suite de cautérisation ignée, chez une femme opérée de polype du col quinze jours auparavant. — Plus récemment Lorain (5) et Bauin en ont fait connaître de nouveaux exemples.
Dans ces derniers cas, doit-on expliquer la péritonite par la pénétration du liquide, dans la cavité séreuse, à travers les trompes de Fallope? C’est là un point assez douteux, surtout si l’on se reporte aux expériences cadavériques qui ont été faites par A. Guérin, F. Guyon et par nous-même, en 1872, à l’École pratique : cependant l’observation de Bauin (6) semble bien en faveur de la possibilité du reflux du liquide à travers les tubes fallopiens dans la cavité abdominale; car
(1) Gillette, Péritonite mortelle à la suite d'un simple toucher vaginal, in Gaz. des hôpil., mai 1872.
(2) Leteinturier, Du danger des opérations pratiquées stir le col de l’tdénis, thèse inaug. Paris, 1872.
(3) Boissarie, De la cautérisation du col de l’utérus et des accidents qui peuvent en être la suite, in Ann. de gijrtécol., oct. 187-1, p. 309.
(1) Broca, Péritonite mortelle à la suite de la cautérisation du col utérin avec le fer rouge, in Bull, de la Soc. de chir., 27 octobre 1858.
(5) Lorain, fiijection vaginale suivie de mort, in Gaz. des hôpit., 1874-, p. 1113.
(6) Bauin, Péritonite mortelle provenant d’une injection d’une solution d’acétate de plomb dans le vagin, in Ann. deggnécol, juin 1881, p. 465.
dans ce cas, on trouva sur le péritoine du gros intestin un précipité de sulfure de plomb sous forme de petits points ronds d’un gris noir. Nous ne pouvons encore toutefois nous prononcer pour l’affirmative.
Poncet (de Lyon) (1) a fait encore connaître un cas, semblable au mien, de péritonite suraiguë suivie de mort après un simple toucher vaginal, et G. Filissant a pris ce sujet poursalbèse inaugurale eu 1878; mais c’est surtout G. -T. Engelmann (2), de Saint-Louis (États-Unis), qui en a rassemblé le plus grand nombre d’exemples dans un très long et intéressant mémoire sur les danejers des manipulations et des opérations utérines les plus simples.
Ce que nous venons dire fait voir que la plus simple opération, la moindre exploration des organes génitaux de la femme peut être suivie d’accidents et donner lieu aux complications les plus fâcheuses, qu’il est malheureusement impossible de déterminer d’avance. — L’organe utérin qui, dans certains cas, supporte impunément les manipulations les plus prolongées, les opérations les plus dangereuses, a parfois une sorte de boutade, comme le dit Engelmann, sous l’influence de conditions ignorées; peut-être par le réveil d’un travail inflammatoire (surtout des ovaires et des trompes) momentanément éteint. — La conduite à suivre est bien simple : réduire le plus possible tout effort et toute cause d’irritation, prendre et exagérer même les précautions les plus minutieuses au moment de l’examen des organes génitaux de la femme.
§ XllI. — Tumeurs du ligament rond (tumeurs desmoïdes).
C’est à S. Duplay (3) que l’on doit d’avoir rassemblé les quelques observations éparses qui existent dans la science sur ce sujet, et d’avoir tenté d’en faire un travail d’ensemble encore bien incomplet, mais qui a du moins le mérite de la nouveauté. Nous empruntons tous ces détails au mémoire de ce chirurgien. — Ces tumeurs peuvent être intra- ou extra-abdominales : Duplay n’envisage que ces dernières.
Anatomie pathologique. — Tous les faits connus jusqu’ici (ils sont au nombre de dix) se rapportent exclusivement à des fibromes, fibromyomes ou myomes du ligament, mais on peut admettre que d auties groupes de tumeurs (sai'comes, myxomes et carcinomes) doivent également prendre naissance dans cet organe. 11 est fréquent d y rencontrer les tranaformations calcaire et myxomateuse, et la présence
(1) Poncet (de Lyon), in Cas. méd. de Paris, IG mars 18/8.
(2) G. ï. Engelmann, in Ann. de gynécoL, oct., nov. et déc. 1880.
(3) S. Duplay, Contribution à l’élude des tumeurs du ligament rond pibromes ci fibro-inyomes du ligament rond), in Arcli. gén. de méd., mars 1882.
TUMEURS DE l’uTÉRUS. — TUMEURS DESMOÏDES. o4i
de nombreux vaisseaux dilatés qui leur donnent l’aspect caverneux dans cerlains cas.
Symptomatologie. — Ces tumeurs extra-abdominales occupent la région inguinale proprement dite ou Vépaisseur de la grande lèvre, c’est-îVdire le sac dartoïque. — Ce sont des masses de volume variable, pédiculées ou sessiles, globuleuses^ ou ellipsoïdes, à surface lisse ou lobulée, de consistance fibreuse, avec certains points plus durs, d’autres fluctuants. Ces masses peuvent augmenter de volume à l’époque mensuelle ou pendant la grossesse ; elles sont le plus souvent irréduclibles d’une façon absolue, mobiles de haut en bas, mais non d’arrière en avant, indolentes à la pression, douloureuses spontanément (névralgie crurale, pelvienne, lombaire). Elles sont indépendantes de la peau et du tissu cellulaire sous-cutané.
Diagnostic. — Il est souvent très dilficile, car ces tumeurs ne présentent aucun signe pathognomonique. Une fois le siège de la tumeur constaté, on recherchera avec soin si elle envoie ou non un pédicule dans la profondeur.
1“ Le pédicule existe. — S’il s’enfonce au-dessous de l’arcade crurale, on n’a point affaire à une tumeur du ligament rond ; s’il passe au-dessus, la tumeur peut appartenir au ligament rond, à une Aerm'e graisseuse, à une épiplocèle, à une hernie de Vovaire.
La hernie graisseuse peut diminuer parfois sous l’influence delà pression et est le siège d’une douleur plus ou moins vive dans la marche et à la pression.
\.’ épiplocèle irréductible ancienne, dure sans impulsion par la toux, plus ou moins mobile, ne peut absolument pas se différencier d’une tumeur du ligament rond. Dans d’autres cas, la mollesse de l’épiplocèle, sa consistance inégale, et surtout la présence de la corde tendue derrière la paroi abdominale, éclairent le diagnostic. Les commémoratifs doivent être aussi utilisés.
La hernie de Vovaire est plus facile à reconnaître par l’augmentation à l’époque menstruelle avec exacerbation, et par la douleur provoquée à l’aide de la pression, ce qui a pu cependant manquer. Le toucher vaginal lève souvent les doutes, car l’ovaire hernié entrai-
I nant le ligament large, il y a déplacement utérin et élévation de son j orifice.
I Le pédicule manque. — On peut confondre la tumeur avec une
masse d’origine ganglionnaire. Cette dernière peut être multilobée ( avec sillons, et jouit de mouvements de déplacement très faciles.
Si la tumeur siège à la vulve, la connaissance de son point de départ est d’un grand secours. — Toutes les fois qu’on se t?'ouvera en présence d’une tumeur ayant débuté au niveau de l’orifice inguinal externe, on devra songer au ligament rond. — Au contraire toute tumeur siégeant d’abord
à la partie moyenne ou inférieure de la grande lèvre n’appartiendra pas cet organe.
Si la masse siège au niveau du bas-ventre et s’est développée aux dépens du segment intra-abdominal du ligament, comme dans l’observation de G. Léopold (1), intitulée il/yowe lymphangiectasique du ligament rond de l'utà'us, la tumeur est prise (comme cela doit avoir bien souvent lieu en pareille circonstance) pour un kyste multiloculaire de l’ovaire droit; — dans ce dernier cas, la malade succombait trois jours après Vincision exploratrice qui avait démontré l’impossibilité absolue de toute opération, à cause des adhérences. Cette tumeur, à laquelle certes on n' aurait jamais dû toucher, pesait 24 livres et mesurait 28, 25 et 17 centimètres de diamôlre. C’était un niyome volumineux du ligament rond, criblé de kystes produits par des dilatations de vaisseaux lymphatiques.
Le TRAITEMENT est exclusivement chirurgical. Dans tous les cas connus, V extirpation a présenté une grande simplicité (pour la variété extra-abdominale), d’autant plus que ces tumeurs sont entourées d’une capsule conjonctive dont la présence en facilite singulièrement l’énucléation.
Sânger (2) a publié en 1883 un nouveau travail sur ce sujet, dans lequel il porte le nombre des faits connus îi douze. — Son cas, qui est le douzième, est relatif à un fibro-myosarcome du ligament rond chez une femme de vingt-deux ans : la tumeur, qui avait le volume d’une tête d’enfant, dépassait l’ombilic et se prolongeait en s’effilant jusqu’au pli inguinal; il y eut mort le lendemain de l’opératoin. — Cet auteur divise les tumeurs desrnoïdes du ligament rond en intrapéritonéales, intra-canaliculaires (aucun fait connu), exti'a-péritonéales. — Les symptômes dans la forme intra-péritonéale se coniondent avec ceux des tumeurs utérines ou ovariennes, et il existe pour le diagnostic les plus grandes difficultés. — Dans la forme extra-péritonéale, la ponction exploratrice peut induire en erreur, comme dans le cas de Sânger, où elle donna issue à un liquide jaune, analogue à l’urine; ce qui fit supposer un cysto-fibrome du ligament rond. — Four les tumeurs intra-péritonéales, l'auteur conseille d’opérer le plus tôt possible : l’opération devra se faire par la laparotomie suivie du drainage vaginal dans certains cas. — Dans les douze cas connus, il y a eu sept guérisons, trois morts et deux résultats inconnus.
(1) G. Léopold, inArch. [ûr Gijnœlcol, 1882, Bd. XVI, II. 3, p. iOi. . ■
(2) Sanger, Contribution à l’étude des tumeurs desmoides des ligaments de l ulerus,et en particulier des ligaments ronds, in Archiv. fur Gynæk., 1883, Bd. XM,
et in Revue des sciences méd. de G. Hayeni, 15 juillet 1881, t. XXI\, asc., p.