I. — Ouverture du vagin dans un lieu anormal
Le vagin peut s’ouvrir dans le rectum : la vulve manque alors complètement, et à la place qu’elle devrait occuper, on ne trouve que l’orifice du canal de l’urèthre.
Ce vice de conformation ne cause aucune incommodité et peut rester ignoré jusqu’au moment de la menstruation; on ne s’en aperçoit que parce que le liquide menstruel s’écoule par l’anus. Dans plusieurs faits probants, il n’a pas empôché la fécondation (Barbant (7), Louis, Rossi).
L’ouverture du vagin dans la vessie ou au-dessus du pubis est extrêmement rare.
Chez quelques sujets, on a vu le vagin s’ouvrir plus près du rectum que dans l’état normal, et l’on comprend qu’une semblable disposition expose à la rupture du périnée; cet accident néanmoins n’eut pas
( 1 j A. Bérard, Vices de conformât, du vagin, in Dicl. en 30 vol., 1846, t. XXX, p. 445.
(2) Scanzoni, Traité pratique des maladies des organes sexuels de la femme, p. 418, édit, française. Paris, 1858.
(3) A. Puecli, Atrésie des voies génitales de la femme, 1 vol. in-8°, chez Savy. Paris,
(ij L. Le Fort, 7>es ttices de conformation de l'utérus et du vagin, etc., th. d’agrégat, cliirurgie. Paris, 1863.
(5) 41. Cliurcliill et Le Blond, Traité pratique des maladies des femmes hors de l'étal de grossesse, pendant la grossesse et après l'accouchement, 3“ édit., Paris, 1881.
(6) Nous renvoyons à la thèse d’agrégation de L. Le Fort pour tout ce qui concerne la tératologie du vagin (arrêts ou vices de développement de cet organe).
(7) Barbant, Cours d'accouchements, t. Il, p. 745.
lieu chez une fennnie dont Champion (de Bar-le-Duc) a rapporté l’observation (1).
Il- — Rétrécissements du vagin. ^
a. Rétrécissement par cloisonnement. — Il n’est pas rare de voir, chez les femmes qui portent un utérus double, le vagin séparé en deux : parties par une cloison longitudinale, de telle sorte qu’il existe pour i ainsi dire deux vagins, l’un droit, l’autre gauche, comme dans le fait ;■ de Daniel Lacombo (2). Dans ce cas, la cloison était constituée par i deux feuillets muqueux séparés par du tissu cellulaire, et le clitoris et
le méat urinaire ne présentaient aucune trace de bifurcation. i
Dans certains exemples on a rencontré un double vagin sans qu’il y f eût cependant coïncidence d’utérus bifide. ^
b. Rétrécissement par étroitesse (sténose), brides du vagin, etc. — Le j
vagin peut rester congénitalement très étroit dans toute sa hauteur, ) n’admettre à peine qu’une plume à écrire. Ce vice de conformation, qui n’entraîne point d’accident, n’est soupçonné qu’à l’époque des ; premiers rapprochements sexuels. '
Malgré l’impossibilité de l’introduction du pénis, on a observé 1a i fécondation. Dans deux cas rapportés par Boyer, le vagin se dilata , spontanément : dans l’un vers le cinquième mois de la grossesse, dans ' l’autre au moment de l’accouchement. Néanmoins il ne faut pas toujours compter sur un résultat aussi heureux, et l’on doit avoir recours à la dilatation du conduit.
Le vagin peut être accidentellement rétréci par des brides ou cica- j trices vicieuses, suite d’inflammation violente de cet organe, d’ulcé- jj rations syphilitiques ou gangréneuses, d’applications caustiques, de I chutes et de blessures du vagin, mais surtout à la suite des traumatis- | mes de la parturition (accouchements laborieux, opérations obstétri- J cales, tentatives d’avortement, etc. (Trask d’Ostaria)).
Traitement. — La dilatation du vagin sera faite progressivement, ^ avec lenteur et beaucoup de persévérance, à l’aide de bougies de plus •• en plus grosses, de racine de gentiane ou de tige de laminaire, de l’éponge préparée, ou bien en se servant de dilatateurs spéciaux (Col- ■ ■ lin, Mathieu, dilatateur de Beylard construit pour le rétrécissement du rectum), du spéculum, ou du pessaire de Hodge. — Si la dilatation ne réussit pas, on aura recours à l’instrument tranchant ; mais comme le rectum en arrière, l’urèthre et la vessie en avant, peuvent être blessés et qu’on a vu des hémorrhagies inquiétantes se produire
(1) Dictionnaire des sciences médicales, en 60 vol., t. LVI, p. -160. (!2) U. Lacombe, in DiUl. de la Société anat., 1836, p. 2^7.
AFFECTIONS DU VAGIN. — VICES DE CONFOllMATION.
(Barnes), Vincision ne sera pratiquée que dans les cas d’absolue nécessité, et surtout si l’étroitesse du vagin était de nature à rendre l’accouchement impossible. 11 va sans dire que les brides ou cicatrices vicieuses entravant les fonctions de l’organe et pouvant être une cause de stérilité, seront sectionnées, disséquées avec soin, et que, pour éviter leur reproduction, on fera suivre ces débridemenls d’une dilatation progressive bien conduite.
Nous avons eu 5 traiter à la fin de 1883, à Saint-Wandé, une femme présentant au fond du vagin des brides cicatricielles rétrécissant ce conduit et qui avaient eu pour causes l’application de tampons de perchlorure de fer laissés pendant très longtemps (hémorrhagie suite d’accouchement, il y avait 14 ans). Ces hrides étaient dures, fibreuses, très résistantes, et il existait entre elles et le col de l’utérus une dilatation du segment profond du vagin, dont la muqueuse enflammée chroniquement fournissait un écoulement continuel et fétide, mêlé parfois à du sang. Ce dernier était dû à l’état granuleux du vagin au niveau de cette dilatation postérieure. L’opération consista à sectionner ces brides, à dilater pendant longtemps leurs surfaces cruenlées pour éviter la reproduction du rétrécissement, et à modifier la face granuleuse profonde du vagin par des cautérisations (chlorure de zinc au 1/1 0'), des pansements modificateurs et des lavages antiseptiques.
c. Itéh'écissement par imperforation de V hymen.
Thèses de Ledru (1), de A. P. F. ftoze ('2), Serrière (3) ; travaux de A. Puech (4), P. Gillette (5), Budin (0).
Cette anomalie passe inaperçue jusqu’au moment de la menstruation (7). En effet, à cette époque, la jeune fille éprouve tous les symptômes physiologiques ordinaires, malaises, coliques, céphalalgie, et rien cependant ne paraît (aménorrhée); ces symptômes se renouvellent tous les mois, et toujours sans résultat. Bientôt le sang s’accu- ! mule dans le vagin et dans la cavité utérine ; les coliques deviennent ^ plus vives, les seins se gonflent; il y a rétention d’urine; l’utérus se développe et vient saillir au-dessus des pubis, au point que l’on est tenté de croire à une grossesse. Nous avons rapporté dans notre mémoire
(1) Ledru, De la membrane appelée hymen, thèse. Paiis, n” "231, 1855.
(2; A. P. F. Roze, De l’hymen, 11». Strasbourg, 2“ série, ii" 872, 1855.
(3) Serrière, De l'imperloration de la membrane hymen, tli. Paris, ii" 119, 1865.
(4) A. Puech, Atrésie, etc., loc. cit., et iii A7in. de gynécoL, sept. 1874, t. II, p. 20U.
(5) P. Gillette, De l’imper foration de l’hymen au point de vue clinique et opémtoire,
I in Aim. de gynécoL, mai et juillet 1874.
j (C) Budin, in Ann. de gynécoL, 1882.
(7) Si l’oblitération n’est pas absolue, ce no sont que des phénomènes de dysménor- I rhée qui se produisent et les menstrues peuvent s’échapper goutte à goutte, slillicidium mensium.
plusieurs cas dans lesquels celte erreur s’élait accréditée jusqu’au moment où l’intervention a été urgente.
Le sang des règles, s’accumulant, forme une tumeur qui augmente à chaque époque menstruelle, repousse en avantla membranehymen et l’applique sur le canal de l’urèthre. On sent par le palperahdominal une espèce de boudin mou et élastique formé par fa dilatation des trompes.
Alors les douleurs prennent un caractère d’acuité excessive : les malades sont en proie à des coliques qui partent des lombes et irradient dans tout l’abdomen ; les traits sont crispés, et l’agitation est extrême.
Ce vice de conformation est facile à reconnaître : si l’on écarte les grandes et les petites lèvres, on trouve le vagin oblitéré par une saillie convexe formée par la membrane hymen que le sang menstruel refoule en avant. Cette tumeur, qui devient plus proéminente par les eQbrts, est molle, pâteuse, persistante, et la palpation abdominale, le toucher rectal, le cathétérisme et la pression exercée sur la tumeur confirment le diagnostic.
Quelquefois tous les accidents cessent par la rupture spontanée de la membrane ; mais le plus souvent il est indispensable de donner issue au sang, dont la rétention peut amener les troubles les plus sérieux et même la mort.
Traitement. — L’intervention est facile : on fait à la membrane hymen une ponction avec un gros trocart, ou une incision à l’aide du bistouri; dans ce dernier cas il est indiqué de pratiquer aussitôt après une petite excision des deux lèvres de la plaie pour l’empêcher de se cicatriser. Aussi, afin d’éviter cet inconvénient, je conseille d’inciser avec le thermo-cautère (comme je viens de le faire tout récemment chez une Italienne de dix-sept ans) : de cette manière l’ouverture se maintient béante et l’excision est évitée. Il est inutile d’employer les mèches ultérieurement, et il suffit pendant les jours qui suivent d’introduire l’extrémité du doigt ou une grosse sonde.
Une fois l’ouverture pratiquée, il s’écoule un flot de sang ou plulôl de liquide épais sans caillots, poisseux, noir et semblable à du méconium, dont la quantité varie de quelques onces à cinq ou six litres; on laisse l’écoulement se faire de lui-même sans exercer aucune pression sur la région hypogastrique. — Les suites sont simples : repos complet, aucune malaxation du ventre; lavages de la poche avec un liquide antiseptique, mais en évitant de le pousser trop fort pour se mettre à l’abri des accidents du côté de l’utérus, des trompes, du péritoine et des phénomènes de septicémie.
On a cependant constaté des accidents à la suite de cette opération : ainsi de Haen a vu survenir la péritonite, et Nélaton également. Dans