‹ Eléments de pathologie chirurgicale./ [electronic resource] (volume 2)Chapitre 144 sur 225 · II. — Corps étrangers du vagin · texte numérisé non relu

II. — Corps étrangers du vagin

Ils sontfortnombreuxetleurnatureextrêmementvariée (Poulet)(3) : — les uns sont d’un petit volume, piquants (épingles, aiguilles), et restent fixés dans le conduit par leur extrémité aiguë qui s’implante dans les parois; les autres sont volumineux, mousses et arrondis (bobines, étuis à aiguilles, bout de seringue, verre à boire, petit pot (Dupuytren), tabatière (Serre) (4), bouchon de bouteille d'étain (Coster), et restent dans le canal par le fait de la pression que les parois distendues exercent sur le corps étranger lui-même.

Que ces corps aient été introduits dans un but thérapeutique, comme les pessaires, la laminaire, les morceaux d’éponge préparée, etc., ou qu’ils aient été portés dans le canal par les femmes

(1) Genesliundige Courant, tSJS, n" 36.

(2) Fleury, de Clermont, in Bull, de la Soc. de chir., 7 oct. 1877.

(3) Poulet, Trailé de.s corps étrangers en chirurgie. Paris, 1879. (i) Serre, in Gai. hebdom, de Montpellier, août 1879.

affections du vagin. — traumatismes.

elles-mômcs, dans un autre but, ils provoquent des accidents divers parfois sérieux. IL Ilunnall (l) a observé récemment un cas de pneumonie et de péritonite septique provenant de la rétention d’une éponge dans le vagin. — Cependant la tolérance de ce conduit pour certains corps est parfois étonnante : Pearse (“2) a vu une femme de trente-six ans portant depuis vingt-deux ans dans le vagin une bobine de fil.

Nous citerons encore parmi les corps étrangers que des femmes déposent volontairement au fond du vagin, afin de se mettre à l’abri des chances de fécondation, certaines éponges de petite dimension ou disques de giifta-percha, de la grandeur d’une pièce de 5 francs d’argent, qui ne sauraient séjourner trop longtemps impunément au fond du conduit.

Les pessaires constituent une variété très fréquente de corps étrangers vaginaux qui ne laissent pas que de devenir dangereux si leur séjour se prolonge pendant un temps trop long. — On en a vu demeurer en place des années entières, deux ans (Gharton); cinq ans (Routh); quatorze ans (Cosserat de Padoue); vingt ans (Guibout, Baumel, Rougon) ; vingt-cinq ans (Boinet). — La nature du pessaire n’est pas indifférente pour expliquer la tolérance presque incroyable parfois des tissus pour ces corps étrangers : ainsi le pessaire de la malade de Rougon était de porcelaine et n’avait déterminé aucun accident malgré son long séjour. — Les pessaires d’argent, buis, aluminium, en peloton de fil de genêt (Baumel), ne sont pas dans le même cas, et en s’incrustant de matières calcaires donnent parfois lieu à des. accidents, leucorrhée, métrite, perforation et fistules recto-vaginale, vésico-vaginale, troubles généraux, soit de septicémie, soit nerveux, chloro-névropathiques avec hallucinations (Cosserat).

Le pessaire Gariel, si simple et si inoffensif en apparence, peut être le point de départ de phénomènes graves. Notta (3) en a vu l’usage suivi, dans un cas, d’abcès de la fosse iliaque ouvert dans l’aine, dans un autre d’abcès énorme du rectum s’étant terminé par la mort.

En général les corps étrangers du vagin déterminent la sécrétion plus on moins abondante d’un liquide muco-purulent souvent fétide ; ils entravent d’autre part l’écoulement des liquides qui sortent de l’utérus, causent par la pression qu’ils exercent sur le col vésical ou suite rectum, du ténesme, de la dysurie, de la constipation, des douleurs lombaires et crurales, et finissent par ulcérer et détruire les cloisons vésico- et recto-vaginale.

(1) H. Runnall, in Drilisk Med. Journal, juillet 1882, p. 167.

(2) Pearse, in Brilish Med. Journ., juin 1873.

(3) Notta, in Bull, de la Soc. de chir., 8 nov. 1876.

U n’esL pas rare de voir ces corps étrangers s’encroûter de matières calcaires qui rendent leur extraction extrêmement difficile et douloureuse.

11 est en général facile de reconnaître la présence d’un corps étran-, ger dans le vagin, môme malgré le défaut de commémoratifs, certaines malades finissant par oublier qu’elles portent un pessaire depuis longtemps. — Il y a des cas cependant dans lesquels le diagnostic présente des difficultés, par exemple lorsque la présence du corps étranger a développé des fongosités ; — on peut croire alors à une affection cancéreuse, mais l’état général et les antécédents mettent sur la voie : toutefois on a vu des praticiens môme très habiles s’y tromper.

Dès que la présence d’un corps étranger est constatée, on doit procéder lé plus tôt possible à son extraction; — les doigts, de fortes pinces à pansement ou à polypes suffisent habituellement. Si cependant le corps est trop volumineux, on peut être obligé de le couper avec des pinces incisives et de le retirer par fragments, ce qui n’est pas sans inconvénient. La force nécessaire pour extraire les corps étrangers ayant séjourné longtemps dans le vagin (les pessaires principalement) est quelquefois énorme, et l’on est obligé d’avoir recours au forceps. — On pourra employer avec avantage le petit forceps scie de Péan et Guyon, les pinces à cadre de l’ovariotomie, etc. Dans un cas, Lisfranc fut obligé de faire une incision à la partie postérieure de la vulve.

La seconde indication est de combattre les désordres ou complications tenant à la présence du corps étranger (état fongueux et ulcéreux du vagin, — leucorrhée, — accidents septicémiques, etc.).

Page 1