ABCÈS DE LA CAVITÉ DE RETZIUS
sérieux et la mort rapide^ surtout s’il est mélangé à une certaine quantité d’urine. Il ne serait pas impossible cependant qu’un semblable foyer, circonscrit par des adhérences, pût gagner la peau et s’ouvrir 1 au dehors, dans ce cas on pourrait peut-être espérer la guérison.
] Traitement. — II est difficile de formuler un traitement applicable aux abcès de la vessie ; si cependant l’abcès pouvait être senti par la ij palpation delà région hypogastrique, il serait indiqué de faire une 1 incision dans le point le plus saillant. Chopart (1) rapporte un cas de ce genre; la malade avait le ventre tendu, douloureux, on .«îentaitune I fluctuation très marquée, surtout autour du nombril. Anthelme, chirurgien de l’hôpital de Sainte-Foi, en Dauphiné, donna issue à la matière épanchée, en pratiquant une incision le long delà ligne blanche, entre l’ombilic et le muscle droit de l’abdomen : il sortit par cette i ; ouverture beaucoup de pus et une grande quantité d’urine; cette . ; malade guérit.
Rien ne démontre que dans ce cas le chirurgien ait eu affaire à un I abcès de la vessie et nous pensons que Chopart a eu à opérer un abcès que l’on a décrit depuis plusieurs années sous le nom d’abcès de la cavité de Retzius.
Abcès de la cavité de Retzius. — En 1856, Retzius, anatomiste suédois, appela l’attention sur la disposition particulière que présente la paroi abdominale au-dessous de l’ombilic. A ce niveau le feuillet postérieur de la gaine des muscles grands droits manque et est remplacé par un feuillet très lâche dans lequel glisse la vessie lorsqu’elle se remplit. Retzius admet qu’à la ligne semi-circulaire de Douglas s’insérait le bord supérieur du fascia transversalis et que, de plus, partait de cette région un feuillet celluleux allant entre la vessie et le péritoine s’insérer à l’aponévrose prostato-péritonéale.
Ce feuillet celluleux n’a pas été retrouvé par d’autres anatomistes; mais, des recherches de Retzius, il est ressorti que l’on pouvait ad-
! mettre en arrière de la partie inférieure de la paroi abdominale,
une cavité virtuelle où se distend la vessie et qui peut devenir dans S certains cas le point de départ de collections purulentes.
Ces phlegmons peuvent être consécutifs à une affection de la vessie, i de la prostate ou de Tutérus, mais ils peuvent survenir spontanément
ï en dehors de toute lésion du voisinage.
Lorsque ces phlegmons sont secondaires, les phénomènes du début «I sont souvent marqués par les accidents de la lésion primitive, et on
3 constate leur développement sans que rien ait pu faire supposer leur
î marche.
Mais, dans les phlegmons spontanés, le début insidieux présente
(1) Chopart, Malad. des voies urin., t. I, p. 458.
souvent un tableau très inquiétant. Dans un cas observé par le docteur Horteloup, les premiers accidents firent croire à un début de péritonite : douleurs générales dans le ventre avec ballonnement, vomissements verdâtres, figure crispée, pouls filiforme, miction difficile plutôt que douloureuse, au troisième jour les accidents généraux s’amendèrent et la douleur, avec chaleur, se limita au niveau de la région prévésicale, puis il survint du gonflement qui permit de porter le diagnostic.
M. Guyon a observé un cas de résolution; dans le fait rapporté par M. Horteloup la résolution survint en douze heures avec accompagnement de sueur profuse.
La suppuration est cependant la règle habituelle, et l’indication d’une intervention chirurgicale se pose très nettement. Il est quelquefois nécessaire de faire plusieurs ouvertures. M. Gillette, dans un cas observé sur une négresse, a fait une contre-ouverture 'dans le vagin avec passage de drain.
Les abcès de la cavité de Retzius sont quelquefois suivis de troubles de la miction et laissent après eux des adhérences qui peuvent être le point de départ d’accidents assez sérieux.
Ulcérations de la vessie.
La vessie peut être le siège d’ulcérations produites par une inflammation de la paroi vésicale, soit d’origine traumatique, soit spontanée. Nous laissons de côté les ulcérations tuberculeuses ou cancéreuses, dont l’histoire viendra plus loin. Quant à la syphilis, dont on a voulu admettre l’influence, nous nous refusons complètement à y croire, car nous n’avons jamais lu une observation concluante ; il n’en serait pas de môme pour le pus du chancre simple qui, porté par une sonde, pourrait inoculer un chancre simple sur la paroi vésicale et, dans un cas, il y a eu perforation ; mais ces faits sont trop exceptionnels pour pouvoir être compris dans l’histoire des ulcérations de la vessie.
Nous avons déjà parlé des ulcérations produites par la présence des calculs ou des corps étrangers introduits dans la vessie, ajoutons qu’un des traumatismes les plus fréquents consiste dans le contact d’une sonde à demeure.
L’inflammation spontanée aiguë peut être suivie d’ulcérations, mais l’inflammation chronique l’est beaucoup plus souvent. C’est M. Mercier qui le premier a prouvé que pour la production de ces ulcérations il n’était pas indispensable de faire intervenir l’action d’une sonde à demeure comme on l’avait admis jusque-là.
La profondeur des ulcérations est très variable, quelquefois elle ne
} dépasse pas l’épaisseur de la muqueuse, mais, dans d’autres cas, elle i s’étend jusqu'à la couche musculaire et môme jusqu’au péritoine, j La forme est très variable, sauf dans les ulcérations produites par i le contact de la sonde, où l’ulcération présente le plus ordinairement ] la forme d’une gouttière en rapport avec le volume de la sonde emi ployée, il serait difficile d’attribuer une forme spéciale, j Leur coloration, noirâtre verdâtre, comme nous l’avons dit en parij lant de la cystite chronique, peut présenter des taches rouges pro- I duites par des suffusions sanguines.
I Sym-ptomatologie. — Douleurs plus ou moins vives à l’hypogastre; d douleurs provoquées par le passage d’une sonde; hématurie; pré- ^ sence du pus dans les urines; tels sont les principaux symptômes que \ présentent les ulcérations de la vessie. On a noté chez les femmes I atteintes de ces lésions des souffrances très vives pendant la miction.
Diagnostic. — Les symptômes que nous venons d’exposer ne sont I pas toujours suffisants pour que l’on puisse formuler le diagnostic ' absolu; cependant on ne confondra pas les ulcérations primitives avec celles qui sont la conséquence de calculs ou d’un catarrhe vésical ; la 1 présence d’un corps étranger dans le premier cas, l’existence de mu- ' cosités filantes mêlés au pus dans le second, pourront guider le pra- I ticien. Il devra se rappeler que le dépôt purulent peut tenir à l’ulcération d’une autre portion des voies urinaires; mais la douleur locale, augmentant par la miction, par la pression ou le cathétérisme, pourra
I le mettre sur la voie.
; P7'onostic. — Il est fort grave, il est rare qu’une semblable affection J puisse guérir complètement.
* Traitement. — On calmera l’irritation de la vessie à l’aide de bois- ^ sons émollientes, diurétiques, on pourra essayer l’usage des balsai miques. Mais nous pensons que les révulsifs sur la peau pourront être î employés avec avantage, ainsi que les injections vésicales faites avec
II une grande lenteur.
Depuis quelques années les chirurgiens anglais ont préconisé, 0 contre les ulcérations vésicales chez la femme, la section du col et f du bas-fond de la vessie. Nous ne faisons qu’indiquer cette opération,
6 car on pourrait se demander si dans les cas où elle a apporté l’amé- >i lioration on n’avait pas eu affaire à de simples cystites du col si dou- 3 loureuses dans quelques cas. Ce débridemenl du col rappellerait les tailles qui ont été faites avec succès chez des hommes atteints de cystites chroniques.
Gangrène de la vessie.
Étiologie. — La gangrène de la vessie est peu commune; tantôt
elle est une terminaison de la cystite aiguë, ce qui, comme nous Tavons vu, est excessivement rare, tantôt elle est consécutive à la rétention d’urine; on trouve dans les Bulletins de la Société anatomique une observation de M. Tardieu (1), où il est question d’un malade dont la gangrène paraît avoir été déterminée par cette dernière cause, et peut-être par une sonde laissée à demeure dans la vessie. La présence d’un corps étranger, d’un calcul, peut, dans quelques circonstances, déterminer le sphacèle du réservoir de l’urine. Chez la femme cet accident se présente à la suite d’une rétroversion de l’utérus distendue parla gestation : Chopart en a rapporté un exemple; plus souvent elle est consécutive à la compression exercée par la tête du fœtus, dans un accouchement laborieux : cette dernière forme, qui est si fréquemment cause de fistules vésico-vaginales, sera étudiée avec les fistules urinaires.
La gangrène de la vessie est quelquefois consécutive à la gangrène des tissus voisins, à celle de l’intestin, par exemple, celle du vagin et des organes génitaux de la femme.
Anatomie pathologique. — Lorsque la gangrène succède à une phlegmasie subaiguë, il se forme dans un des points de la vessie une tache pôle d’abord, puis livide, passant peu à peu au violet, au brun, au noir, le plus ordinairement circonscrite. Au bout d’un certain temps cette eschare se détache, l’urine s’épanche, soit dans le péritoine, soit dans le tissu cellulaire du bassin, ou bien coule dans un des organes environnants, comme le vagin, le rectum.
La gangrène peut se montrer dans tous les points de la vessie, au sommet, au bas-fond,, aussi bien qu’au col de cet organe; la gangrène de tout le corps de la vessie est excessivement rare; Morgagni a rapporté un exemple de sphacèle de presque toute la membrane muqueuse (2).
Symptomatologie. — Nous ne connaissons pas de symptômes locaux qui puissent même faire soupçonner la gangrène de la vessie; ce n’est que par l’état général du malade que l’on peut soupçonner l’existence d’une semblable affection. Les accidents sont en général subordonnés à l’étendue de la partie sphacélée; lorsque la gangrène est étendue, on trouve une altération très prononcée de la face, on observe des hoquets, des lipothymies ; le pouls est petit, misérable, les membres se refroidissent, le corps se couvre d’une sueur froide, et la mort ne tarde pas à survenir.
Pronostic. — Cette affection est des plus graves, . et à moins que l’affection n’ait une cause traumatique , et que la gangrène ne
(1) DuU. de la Soc. anal., U' année, 1839, p. 08.
(2) Morgagni, De sedibus et causis, epist. 41, 10.
HYPERTROPHIES DE LA VESSIE. i
siège dans un point tel qu’à la chute de l’eschare l’urine puisse facilement s’écouler au dehors, la mort en est la conséquence fatale.
Traitement. — Nous n’avons rien à dire du traitement de la gangrène de la vessie ; si les eschares occupent un point tel que l’épanchement se fasse forcément dans le péritoine, il n’y a rien à faire ; si l’urine filtre dans le tissu cellulaire du bassin ou s’écoule par le vagin et le rectum, le rôle du chirurgien consiste à traiter l’infiltration urineuse ou les fistules urinaires.
ARTICLE VII
L’hypertrophie de la vessie se présente sous deux formes distinctes : 1® hypertrophie avec épaississement des parois; 2“ hypei'trophie par dilatation de la cavité.