IIYPERÏHOPUIES DE LA VESSIE
tendre les parois du réservoir ; il pourra, dans le môme but, conseillei des injections, mais il est rare qu’il obtienne un élargissement suffisant.
n. — Hypertrophie par ampliation de la vessie.
Cette espèce se présente sous deux formes distinctes : dans L’une, les parois de la vessie ont augmenté d’épaisseur; dans 1 autre, elles sont amincies.
1“ Ampliation de la vessie avec épaississement des parois. — Cette affection se développe à peu près dans les mêmes conditions que la précédente ; l’urine ne pouvant sortir par le fait d’un obstacle tel que : rétrécissement de l’urèthre, hypertrophie de la prostate, fongus vésical qui fait l’office de valvule, s’accumule dans la vessie, distend cet organe, et, par le fait de la contraction violente de la tunique musculeuse, celle-ci s’hypertrophie. La stagnation de l’urine peut provoquer une inflammation chronique dont le résultat est une hypertrophie de la tunique muqueuse.
Si l’on compare la vessie des sujets présentant une semblable disposition avec celle des individus dont l’organe a éprouvé une diminution notable, on constate, si elle contient un calcul, qu’il existe un grand intervalle entre la paroi vésicale et le corps étranger. Les vessies de ce genre n’ont point ces cellules ni ces colonnes charnues saillantes que nous avons signalées dans la forme d’hypertrophie décrite plus haut.
Il est, en outre, un caractère anatomique fort intéressant qui a été constaté plusieurs fois, c’est l’adhérence de la vessie avec la paroi abdominale. Par le fait de l’ampliation excessive de l’organe, le péritoine se trouve refoulé vers la partie supérieure ; il en résulte donc qu’une assez grande étendue de la face supérieure de la vessie se trouve en contact avec la face postérieure de la paroi abdominale antérieure, avec laquelle, pour peu qu’un travail phlegmasique se développe, elle ne tarde pas à contracter des adhérences, ce qui, joint à l’état morbide déjà existant, s’oppose à ce que la vessie puisse revenir sur elle-même.
2“ Ampliation de la vessie avec amincissement ou sans altérations des parois. — Cette variété s’observe également à la suite de rétention d’urine, mais dans les cas d’inertie de l’organe, et surtout lorsqu’il y a paralysie de la vessie, les fibres musculaires se laissent distendre, s’amincissent; la vessie peut acquérir des dimensions extrêmement considérables et il n’est pas rare de voir son sommet atteindre l’ombilic.
M. Giviale fait remarquer que la vessie ainsi distendue ne forme
198 AFFECTIONS DE l’aPPAREII, UHINAIRE.
point, comme dans le^cas où elle a conservé toute son énergie, une tumeur dure, arrondie, saillante à la région hypogastrique; la palpation fait reconnaître une espèce d’empâtement; la percussion annonce dans ce point la présence d’un liquide dont on constate le siège et la nature par le cathétérisme. Ce phénomène est facile à comprendre : dans le cas de rétention d’urine sans paralysie, la vessie se contracte fortement et forme une tumeur dont on peut facilement suivre le contour, tandis que dans ceux où la vessie a perdu sa contractilité, les parois restent molles et flasques, et la pression pousse le liquide vers les points qui offrent le moins de résistance.
Les fibres musculaires de la vessie ne sont pas atrophiées, mais amincies par le fait de la distension, quelquefois même elles ont conservé leur épaisseur normale. La membrane muqueuse présente parfois des traces d’inflammation, surtout au voisinage du col ; d’autres fois elle est d’une pâleur extrême ; dans quelques cas elle se couvre de points saillants, de villosités ou de fongosités plus ou moins volumineuses.
Tî'aitement. — Cette affection sera combattue par des moyens qui ne sont malheureusement que palliatifs ; on débarrassera la vessie du liquide qu’elle renferme à l’aide du cathétérisme, et cela assez souvent pour que cet organe ne soit pas distendu outre mesure, puis on tâchera de guérir la paralysie de la vessie ou de faire disparaître l’obstacle qui s’oppose au cours de l’urine.
Névralgies de la vessie.
On désigne sous le nom de névralgies de la vessie toutes les affections douloureuses de cet organe. Les névralgies idiopathiques sont celles qui se montrent sans qu’il y ait altération organique de la vessie ou des appareils voisins, et les névralgies symptomatiques paraissent causées par une affection de la vessie ou des organes avec lesquels elle se trouve en rapport; tels sont: les affections calculeuses du rein ou de la vessie, les rétrécissements de l’urèthre, les affections de la prostate, les valvules du col de la vessie, les affections utérines, celles de l’extrémité inférieure de l’intestin, telles que les hémorrhoïdes, les fissures à l’anus, etc., etc. Nous ne décrirons pas cette espèce de névralgie, qui n’est qu’un symptôme d’autres affections qui ont trouvé place dans cet ouvrage. Nous nous contenterons de décrire la névralgie idiopathique.
Cette affection assez fréquente occuperait suivant certains auteurs le corps de la vessie ou le col de cet organe ; cette distinction nous semble plutôt déduite de vues théoriques que de l’observation clinique.
Étiologie. — Les causes de la névralgie idiopathique de la vessie sont fort obscures; on a invoqué le vice rhumatismal, la répercussion d’un exanthème ou d’une hémorrhagie habituelle, mais on sait quelle valeur il faut attribuer à ce genre de causes. Les chutes sur le périnée, les excès vénériens, les frottements déterminés par la sonde, la résistance trop longtemps prolongée au besoin d’uriner, l’accumulation de matières dans le rectum, sont indiqués comme prédisposant particulièrement à la névralgie du col de la vessie. Dans quelques cas, la chlorose et la pression exercée par la tête de l’enfant pendant le travail de l’accouchement paraissent avoir été l’origine de l’affection qui nous occupe. Mais l’influence du froid semble avoir une action plus ou moins contestable.
La névralgie de la vessie est plus fréquente chez l’homme que chez la femme. Il n’est pas très rare de la voir survenir immédiatement après la disparition d’une névralgie dans un autre point.
Symptomatologie. — Les malades ressentent tout à coup, sans cause appréciable, quelquefois pendant le cours d’une attaque de rhumatisme qui diminue ou cesse tout à fait, une douleur vive dans la région delà vessie, s’étendant vers les uretères et l’urèthre, et se propageant au périnée, au rectum et vers les symphyses sacro-iliaques. Un frisson quelquefois intense précède ou suit souvent cette première manifestation de la maladie.
La plus petite quantité d’urine ne peut être conservée dans la vessie; elle provoque une douleur vive qui empêche les malades de rester couchés ou assis, aussi les envies d’uriner sont-elles extrêmement fréquentes, la miction est très douloureuse ; le liquide en passant dans l’urèthre détermine une sensation de brûlure qui s’étend jusqu’au méat.
Des sensations analogues se manifestent du côté du rectum, les malades font des efforts violents de défécation, ils semblent menacés^ d’une chute du rectum. Lorsque les envies d’uriner ne sont pas tropfréquentes, c’est-à-dire lorsque les malades peuvent conserver un peu d urine dans leur vessie, il existe entre chaque miction des intervalles pendant lesquels les douleurs sont beaucoup moins intenses et môme disparaissent tout à fait.
L urine expulsée est rougeâtre lorsqu’elle est peu abondante; dans le cas contraire, elle est presque incolore et laisse déposer un léger sédiment muqueux ; le pénis se gonfle de manière à donner l’idée d un boursouflement et non de l’érection; le clitoris, les grandes et lespetites lèvres sont le siège d’un phénomène analogue.
Dans quelques cas les malades ne peuvent rendre une seule goutte d urine, alors la vessie se distend, s’élève au-dessus du pubis ; les angoisses sont portées au plus haut degré, on observe une agitation
200 AFFECTIONS DE L’aPPAREIL URINAIRE.
extrême, et tous ces accidents se calment en grande partie dès que l’urine peut s’écouler au dehors.
Ges douleurs excessives ne déterminent point de symptômes généraux, car, à part les moments de crises dans lesquels le pouls est ‘ légèrement accéléré, il n’existe pas de fièvre, et les malades conservent leur appétit. 5
Les névralgies de la vessie se présentent sous la forme de crises dont i
la durée est variable et dont les retours sont fort irréguliers, la ma- I
ladie affecte donc le type rémittent ; les douleurs les plus vives pa- i> raissent se montrer principalement le soir et la nuit. Dans quelques cas on les a vues prendre le type franchement intermittent.
Diagnostic. — La névralgie de la vessie peut être confondue avec la cystite, mais l’état des urines, la fièvre et les douleurs continues de la cystite mettront facilement sur la voie; chez les névralgiques, les douleurs et tous les accidents cessent immédiatement après les accès ; les malades recouvrent toute leur santé, sans avoir à passer par une période de convalescence.
On ne confondra pas la névralgie de la vessie avec le catarrhe vésical, dont la durée est si longue et dans lequel l’urine laisse déposer une si grande quantité de mucosités.
L’interruption brusque du jet d’urine est commune à l’affection calculeuse et à la névralgie dans la vessie. On sait que dans la première ce phénomène est dû au déplacement de la pierre, qui, faisant l’office de soupape, vient s’appliquer sur le col de la vessie; dans la seconde, il est dû à la contraction très énergique du col vésical ; mais l’exploration à l’aide de la sonde fait reconnaître la présence du calcul, d’ailleurs l’affection calculeuse se présente avec des caractères qui lui sont propres et qui manquent dans la névralgie de la vessie.
Pf'onostic. — La névralgie de la vessie n’est point une afl’ection ,
grave; à la vérité, elle détermine des douleurs extrêmement vives, j
mais en général elle disparaît assez facilement; le seul accident sérieux ^
que l’on ait à craindre est la distension exagérée, par conséquent une ^
diminution de la contractilité des fibres musculaires et une prédisposition à la paralysie ; on s’est en outre demandé si les contractions très violentes de la vessie ne pourraient pas amener l’hypertrophie des parois de cet organe avec diminution de sa cavité. L’incontinence d’urine a été observée à la suite de la névralgie du col. M. Giviale pense que cette afièction peut déterminer le catarrhe vésical; mais nous nous demandons avec M. Le Roy (d’Étiolles) si l’on n’aurait pas | j pris pour des névralgies du col de la vessie, des catarrhes vésicaux commençants.
La névralgie rhumatismale qui se montre dans une saison froide et i
humide, paraîtrait plus rebelle que celle qui se montre dans des cir-
( constances opposées ; on a vu des névralgies disparaître tout à coup,
. et remplacées par des névralgies du cuir chevelu, du front, etc. j Traitement. — On cherchera d’abord à soustraire le malade aux 1 causes qui auraient pu déterminer la névralgie de la vessie ; si le n temps est froid et humide, le malade gardera la chambre et même le I lit ; un régime doux, des boissons émollientes seront en même temps t prescrites avec avantage ; si la douleur est très vive et la congestion £ du côté du bassin très intense, on pourra, à moins de contre-indica- J tion, faire une application de sangsues au périnée.
Le rôle des narcotiques est considérable dans le traitement du { spasme du col de la vessie. Nous employons de suite des injections ij sous-cutanées de morphine faites sur le pubis à la dose de 2 à5 centi-
I grammes. Les lavements laudanisés, les suppositoires de chloral ou i d’iodoforme donnent d’excellents résultats.
Dans quelques cas à forme intermittente, le sulfate de quinine t produit de bons effets.
I Lorsque la rétention d’urine est absolue, faut-il procéder au cathé- I térisme ? Quoiqu’on ait soutenu que l’on doive attendre la fin de la I crise pour pratiquer le cathétérisme, nous croyons que si la vessie H est assez distendue pour dépasser de 5 ou 6 centimètres le pubis, il on doit intervenir de suite. En se servant d’une bougie courbée à bout { olivaire du numéro 16, on arrivera facilement dans la vessie ; le ina- \ lade sera certainement soulagé et, en laissant la sonde à demeure, on i combattra avantageusement le spasme. MM. Voillemier et Le Dentu || ont longuement insisté sur les avantages que présente cette il pratique.
ij Lorsque l’état aigu est passé, il reste souvent un état chronique que i l’on combattra avantageusement avec les révulsifs à la peau et la dila- I tation du col faite ^vec le dilatateur de M. Tillaux.
Nous avons vu employer par M. Horteloup, chez un malade atteint i! de névralgie du col, la cautérisation avec le porte-caustique de Lalle- : mand avec un bon résultat.
ARTICLE VIII
AFFECTIONS ORGANIQUES DE LA VESSIE !• — Pai'alijsie de la vessie.
Dans son état d’intégrité parfaite, la vessie possède une double propriété : 1“ elle est destinée à recevoir l’urine qui coule incessamment par les uretères; 2® elle doit chasser au bout d’un temps donné, par
202 AFFECTIONS DE l’APTAREIL URINAIRE,
rurôthre, le liquide accumulé dans sa cavité ; si l’une ou l’autre de ces deux fonctions vient à être troublée, il y a incontinence ou rétention d’urine. Ces deux espèces de troubles fonctionnels que nous étudierons plus loin, et qui sont déterminées par un grand nombre de causes, peuvent être la conséquence d’une paralysie de la vessie. La paralysie porte-t-elle sur le corps de l’organe? la vessie ne se contracte pas, et ne peut par conséquent chasser l’urine. Porte-t-elle sur le col? l’urine n’est plus retenue dans le réservoir, il y a incontinence. Cette distinction est établie plutôt théoriquement que d’après l’ohservalion clinique, aussi ne décrivons-nous ici que la paralysie du corps de la vessie, réservant ce que nous avons à dire de la paralysie du col lorsque nous étudierons l’incontinence d’urine.
Paralysie du corps de la vessie. — Cette affection est déterminée par un grand nombre de causes qui peuvent être rangées sous les chefs suivants :
1° Paralysie symptomatique de troubles du système nerveux. Les lésions traumatiques et les affections organiques du cerveau, les hémorrhagies, la commotion et la compression cérébrales, déterminent, on le sait, des paralysies de toutes les parties du corps, la vessie ellemême n’en est pas exempte; dans ces cas la paralysie de la vessie n’est qu’un symptôme d’une maladie beaucoup plus étendue.
Les lésions traumatiques et les affections organiques de la moelle peuventaussi amener une paralysie de la vessie; mais des recherches récentes (Budge Kupressaw) ont appris que l’innervation de la vessie était sous l’influence d’une région spéciale de la moelle décrite sous le nom de centre génito-spinal.
D’après ces recherches, toutes lésions situées au-dessus de la douzième vertèbre dorsale amèneraient une paralysie du corps de la vessie, tandis que la paralysie du col serait plutôt sous la dépendance d’une lésion de la queue de cheval.
Un point intéressant à noter dans l’histoire de la paralysie de la vessie dépendant d’affection médullaire, c’est que c’est souvent par des troubles du réservoir urinaire que débute l’affection spinale.
La compression des nerfs qui de la moelle vont se rendre à la vessie,, détermine également la paralysie de cet organe.
2“ La paralysie est assez souventunedesconséquencesd’une affection de la vessie ; ainsi la perle de la sensibilité de la muqueuse peut amener la paralysie; une inflammation vive de la muqueuse du corps de la vessie peut, par crainte de la douleur que déterminerait la contraction de la vessie, amener une distension et produire une véritable paralysie.
Mais la distension simple de la vessie peut-elle seule amener la paralysie? On voit des individus qui, après avoir retenu fort longtemps leur
:: urine, éprouvent une certaine difficulté à uriner; ils finissent cependant
» par rendre une petite quantité d’urine, le besoin d’uriner se fait de 1 nouveau sentir, la vessie vidée en partie est revenue sur elle-même, les , fibres se contractent et le sujet urine avec abondance. Chez d’autres J individus, il faut pratiquer le cathétérisme et la miction s’effectue enj suite sans la moindre difficulté. Amh. Paré rapporte l’histoire d’un jeune ! serviteur qui «portant en croupe une lionneste demoiselle» ne rendit I point son urine, la sonde amena au dehors une pinte de liquide; depuis i il ne s’en est point ressenti (1).
I Est-ce là de la paralysie de la vessie? Nous ne le pensons pas. Nous ! sommes beaucoup plutôt disposé à admettre que, dans ces cas, la rétention d’urine ne dépend pas d’une paralysie du corps de la vessie, mais bien d’une contraction spasmodique du col. Dans le cas de A. Paré,, i son jeune serviteur avait éprouvé le besoin d’uriner pendant la route; j ne pouvant satisfaire ce besoin, il avait contracté fortement son col et,
\ lorsqu’il voulut uriner, il fallut recourir à la sonde pour faire cesser ce j spasme.
‘ Si l’on admettait la dilatation excessive des fibres musculaires, on j s’expliquerait difficilement le retour aussi rapide de la contractilité i dans ce muscle distendu, car, dans les paralysies qui dépendent d’ob- I stades siégeant soit dans l’urèthre, soitau col de la vessie, soit au niveau 1 de la région prostatique de l’urèthre ainsi que M. Mercier (2) en a cité I un fait à la suite d’une valvule du col qui fut sectionnée, ce n’est qu’à I grand’peine que la vessie peut reprendre sa contractilité normale. La • paralysie, qui n’est pas douteuse dans ces cas, ne s’explique pas pour I nous par le fait seul d’une distension exagérée. Nous voyons là un phér nomène analogue à ce qui se passe dans l’asystolie cardiaque ; les fibres I musculaires épuisées par des contractions exagérées, nécessitées par i la difficulté que la vessie trouve à se vider, subissent certainement I une modification histologique, une dégénérescence, qui peut, chez : certains individus, être assez complète pour ne pas pouvoir ni s’enrayer
i ni disparaître. La distension que l’on est appelé à traiter comme le résultat d’une paralysie, ne s’est produite que consécutivement à une ! dégénérescence musculaire.
3® La paralysie de la vessie s’observe encore pendant le cours des r fièvres graves, mais ici la paralysie n’est qu’une complication de la maladie elle-même; dans ce cas, il n’y a rien à faire contre la paralysie : 'I on se contentera de prévenir les accidents que provoquerait la distent sion exagérée de l’organe : on sondera le malade aussi souvent qu’il
; sera nécessaire, ou bien on laissera une sonde à demeure. L’épuise-
! ment déterminé par l’abus des plaisirs vénériens, est assez souvent
(1) A. Paré, liv. XVII, cli. i,.
(2) Mercier, Ilech. sur les valvules du col vésical, p. 135.
20i AFFECTIONS DE L’aPPAKEIL URINAIRE.
cause de paralysie de la vessie. M. Velpeau a signalé l’élat chloro-anémique comme pouvant produire la môme affection.
Exisle-t-il une paralysie essentielle de la vessie? c’est-à-dire déterminée par la vieillesse seule, indépendamment de toute lésion matérielle appréciable. . ,
Un grand nombre de chirurgiens, en tête desquels il faut placer De- ‘ sault, Boyer, considèrent la paralysie de la vessie chez les vieillards comme extrêmement fréquente. M. Mercier soutient, au contraire,
« que ce que l’on regardait comme l’effet d’une paralysie essentielle de la vessie ou de son col dépend d’obstacles matériels au libre exer- ! cice de leur fonctions (1) ». M. Mercier dit que cet obstacle tient, non pas à un rétrécissement de l’urèthre par le fait du développement de ' la prostate, mais à une déviation de ce canal ; c’est ce que démontre- f' raient la facilité avec laquelle on fait pénétrer une sonde dans la vessie, v et l’écoulement de l’urine entre la surface de la sonde et la paroi du è canal, car le canal se trouve redressé par l’instrument. M. Mercier in- | voque en outre, en faveur de son explication, l’extrême rareté de • ces paralysies chez la femme, parce que chez celles-ci il n’existe pas *' de prostate qui puisse modifier la direction de l’urèthre. Il est évident que l’on a été trop loin en considérant comme paralysie essentielle tous les cas dans lesquels on observait une rétention d’urine sans lésion appréciable; mais M. Mercier n’a-t-il pas un peu trop exagéré le rôle de la prostate dans les affections de ce genre? Certainement la déviation du canal de l’urèthre est un obstacle au passage de l’urine, mais nous ne saurions admettre que c’est l’unique cause de rétention d’urine dans les paralysies qui sont considérées comme essentielles ; en effet, n’arrive-t-il pas chez des individus ainsi affectés, et chez lesquels on . pratique le cathétérisme, de constater que. le jet d’urine, après avoir été projeté assez loin d’abord, ne coule plus que lentement et en bavant? Dans ces cas, on ne saurait supposer autre chose qu’une paralysie essentielle de la vessie, car si cet organe avait conservé toute sa contractilité, le jet serait toujours aussi fort que le permettrait le calibre de la sonde et serait lancé au loin jusqu’à l’épaississement des dernières gouttes d’urine.
Dans l’état actuel des choses, il faut admettre que, sauf les paralysies dépendant d’une affection cérébro-spinale ou d’une fièvre grave, il n’existe pas de paralysies essentielles de la vessie. Ainsi que nous le verrons plus loin en étudiant l’incontinence d’urine, la paralysie de la vessie est toujours dépendante d’un obstacle prostatique ou uréthral.
Symptomatologie. — Tantôt la paralysie de la vessie se montre d’une ' manière lente et graduelle, tantôt elle apparaît brusquement. Dans le »
(1) Mercier, Rech. anal., etc., p. 115.
I premier cas, la vessie se contracte moins énergiquement pendant les premiers temps, l’urine ne sort qu’avec difficulté, la contraction du ' muscle diaphragme et de ceux des parois de 1 abdomen devient inoisij pensable pour surmonter la résistance qu oppose le col de la vessie,
;j souvent l’expulsion du liquide n’est pas complète, il en reste une ■ certaine quantité dans la vessie. Les symptômes vont chaque jour en augmentant jusqu’à la suppression complète de 1 urine. G est alors que I l’on voit ce liquide s’accumuler dans la vessie, dont elle distend les I parois. Cet organe s’élève au-dessus du pubis ou elle forme une tumeur plus ou moins considérable; cet état dure ainsi un, deux et même ' trois jours, causant parfois une douleur vive au malade, parfois ne I déterminant aucune souffrance; puisl urine commence à couler goutte à goutte, tantôt d’une manière continue, tantôlà la volonté du malade;
I malgré cet écoulement, la tumeur ne diminue pas, il semble qu’il sort par l’urèthre une quantité d’urine égale à celle qui coule par les uretères. On dit alors que le malade urine par regorgement.
Nous avons exposé rapidement les symptômes qui appartiennent à ; la paralysie de la vessie proprement dite ; il est clair cependant qu’ils . doivent varier avec la cause qui a déterminé la maladie : ainsi, la i paralysie est-elle la conséquence de l’inflammation de la membrane ; muqueuse de la vessie, celle-ci déterminera des douleurs extrêmement i vives, etc. Mais nous n’avons pas à insister sur ce point, car, encore 1 une fois, la paralysie n’est qu’un des symptômes d’une autre affection I qu’avant tout il faut étudier et combattre.
Diagnostic. — II’ est rare que le diagnostic de la paralysie de la vessie ) soit difficile à établir; on ne confondra pas la rétention d’urine due à I la paralysie avec celle qui est déterminée par un obstacle au cours de ' l’urine ; le cathétérisme mettra facilement sur la voie, s’il s’agit surtout ; d’un rétrécissement de l’urèthre, d’une tuméfaction de la prostate.
1 Mais il n’est pas toujours facile de reconnaître les rétentions d’urine qui sont dues à des valvules du col vésical ; il est certain que beaucoup I de chirurgiens y ont été trompés, et qu’un grand nombre de rétentions que Boyer attribuait à une paralysie essentielle n’étaient autre ' chose qu’un état valvulaire du col de la vessie. Tl est un signe qui ne I saurait laisser aucun doute sur la nature de la maladie. Existe-t-il une paralysie de la vessie? l’urine coule lentement par la sonde; la rétention est-elle déterminée par un obstacle dépendant d’une valvule du col ou de la prostate, etc., aussitôt que la sonde est introduite, l’urine s’échappe par un jet volumineux et est lancée au loin, absolument comme dans les cas où il n’existe aucune affection des voies urinaires.
11 est une autre cause d’erreur sur laquelle il est bon d’appeler l’attention : chez quelques malades, avons-nous dit, la vessie se distend sans douleur; ils ne souffrent pas et urinent par regorgement. Le
20G AFFECTIONS DE L’aPPADEIL URINAIRE.
chirurgien appelé h celle époque peul méconnaîlre complèlemenl l’ctat des voies urinaires, el, s’il n’esl pas prévenu, il pourra, après avoir examiné la région hypogastrique, croire à l’existence d’une tumeur d’une nature tout autre que celle qui existe; c’est ainsi que la paralysie de la vessie a été prise pour un abcès, qu’on a pu croire h une hydropisie du péritoine ou de l’ovaire, etc. 11 suffit dans ces cas de porter la sonde dans la vessie pour éviter toute espèce d’erreur.
Pronostic. — Il est en général grave, car rarement celte affection se termine par la guérison. Toutefois, il est subordonné à la nature de la lésion qui a déterminé la paralysie.
Traitement. — Quelle que soit la nature de la paralysie, la première indication est de vider la vessie à l’aide de la sonde. Si la maladie est déterminée par la distension excessive des fibres de la vessie, quelques bains, le repos suffiront pour rendre à l’organe malade toute sa contractilité; quelquefois les réfrigérants appliqués sur les cuisses, sur le scrotum, sur l’hypogastre peuvent rendre au réservoir de l’urine une partie de la tonicité qu’elle a perdue. C’est en se guidant d’après les mômes principes que l’on a conseillé les injections d’eau fraîche dans la vessie.
M. Michon a essayé l’électricité; il plaça une sonde métallique dans la vessie préalablement vidée, et une autre sonde également métallique dans le rectum; les deux instruments se trouvaient séparés par la cloison recto-vésicale, puis chaque sonde fut mise en communication avec les pôles d’une pile de Breton. A la troisième séance le malade sentit le besoin d’uriner et put uriner seul. Trois nouvelles séances eurent lieu et le malade était guéri ; cette guérison ne s’est pas démentie. Ce malade avait soixante-sept ans ; la paralysie durait depuis plus de deux mois et avait résisté au cathétérisme, aux injections, aux frictions stimulantes et aux vésicatoires.
Depuis la commuxicalion de Michon, ce mode de traitement a subi, grâce aux découvertes considérables dont l’histoire de l’électricité s’est enrichie, de sérieuses modifications, mais a été accepté avec faveur dans la pratique chirurgicale. On emploie soit les courants continus, soit les courants induits.
Pour pratiquer la faradisation (c. induits), on place l’électrode positif au périnée, l’électrode négatif au-dessus du pubis. Pour les courants continus, le pôle positif est placé sur la colonne vertébrale ou sur le périnée, le pôle négatif dans la vessie; ce pôle négatif est un mandrin entouré de gomme et terminé par un bouton métallique. U faut au préalable injecter de l’eau dans la vessie.
Ce senties courants continus qui ont donné les meilleurs résultats dans les cas de paralysie de la vessie, mais il faut procéder avec prudence, séances courtes, au plus cinq minutes, et piles faibles.
Les varices de la vessie sont fort rares. Vidal (de Cassis) en rapporte un exemple observé à la clinique de M. Laugier, à l’IIÔtel-Dieu. Un malade, entré dans le service de ce chirurgien pour une exostose périostale du fémur, fut pris tout à coup d’une hématurie extrêmement abondante; la vessie était on ne peut plus distendue; l’hémorrhagie avait lieu par regorgement: le cathétérisme ne fit constater aucune lésion appréciable : point de rétrécissement, pas de tumeur et de fongosités. Graduellement affaibli par des pertes incessantes de sang, ce malade finit par succomber. A l’autopsie, on trouva des veines variqueuses au col de la vessie ; l’une de ces varices était ulcérée et largement ouverte.
Des autopsies dans lesquelles on a trouvé de véritables varices du ■col de la vessie ne sont pas très rares, mais elles n’ont pas permis d’élucider les circonstances dans lesquelles cette lésion se développe et les symptômes qu’on peut leur assigner.
Dans le cas de Laugier que nous venons de citer, le malade avait eu une myélite avec paraplégie, et on s’est demandé si cette lésion n’avait pas occasionné des troubles vaso-moteurs pouvant expliquer ces varices. M. Baraduc, dans sa thèse, a voulu voir dans les varices de la vessie une extension d’hémorrhoïdes ; au lieu d’y voir une simple extension, nous pensons qu’il y a une prédisposition particulière aux varices, car, chez certains sujets atteints de cette lésion, on a trouvé en môme temps des varices dans d’autres régions du corps, et particulièrement des varicocèles.
Les signes qu’on a voulu assigner à cette lésion sont fort peu pathognomoniques : pesanteur douloureuse, hématurie et besoin fréquent d’uriner, se rencontrant dans trop de maladies, vésicales pour pouvoir permettre de porter seuls le diagnostic. On arrivera plutôt au diagnostic par déduction en éliminant les afléctions les unes après les autres.
On comprend combien il est difficile de reconnaître une semblable afieclion, et de diriger contre elle un traitement véritablement utile. Desault prétend avoir guéri, à l’aide d’une sonde en permanence dans la vessie, des hématuries extrêmement rebelles, et qui lui parurent dues à l’existence de varices, la sonde agissant comme compresseur. M. Laugier pense que, dans ces cas, la compression par la sonde ne doit pas être considérée comme l’agent exclusif de la guérison ; il croit que la cause est due plutôt à l’ensemble des moyens concurremment employés, qui sont les laxatifs, bains froids, glace sur la vessie. En se basant sur les services que, dans les cystites du col, rend l’usage de la
208 AFFECTIONS DE l’aPPAREIL URINAIRE.
glace en suppositoire, on pourrait essayer ce moyen avec quelques chances de succès.