I. — Plaies du rein
Les instruments piquants et tranchants peuvent atteindre lerein, en avant, en arrière ou sur le côté. On comprend que la voie qu’a suivie l’instrument, imprime une différence capitale à ces sortes de lésions. L’instrument pénèlre-t-il en avant, il intéresse nécessairement le péritoine, et il est à peu près impossible qu’il arrive jusqu’au rein sans blesser l’intestin ou le foie, et il faut remarquer en outre que dans ces circonstances le rein présente surtout à l’instrument son bord antérieur et interne, et que là se trouvent la veine et l’artère rénales, les calices, le bassinet, l’origine de l’uretère, et que, par conséquent, la plaie du rein offre des complications fort importantes.
L’agent vulnérant au contraire pénètre-t-il en arrière, à la vérité il a une couche musculaire très épaisse à traverser, mais il ne rencontre sur son passage ni le péritoine ni aucun des organes abdominaux; il touche le rein à sa partie postérieure, c’est-à-dire dans un point opposé à celui où il reçoit les gros vaisseaux.
(1) T. Il, p.t75, 421), etc.
PLAIES DU REfN.
Il résulte de ces considérations, que les premières plaies sont en général beaucoup plus graves que les secondes, et se présentent h Tobservateur avec des symptômes souvent beaucoup mieux caractérisés.
Symptomatologie. — Les blessés accusent une douleur fixe dans la région du rein, douleur qui s’irradie vers la région inguinale et est, chez l’homme, souvent accompagnée de rétraction du testicule; ils éprouvent de fréquentes envie d’uriner. L’urine est quelquefois normale, mais dans la plupart des cas elle est mélangée avec une certaine quantité de sang; ce dernier phénomène est en rapport avec la partie lésée de l’organe. On comprend, en effet, que si un vaisseau d’un certain calibre a été divisé, et si surtout le sang coule directement dans le bassinet ou môme seulement dans un des calices, la quantité de sang mêlée à l’urine sera beaucoup plus considérable que si la substance corticale et la substance tubuleuse ont été seules intéressées. La plaie extérieure donne également issue à du sang et à de l’urine, comme dans le cas précédent. Toutes choses égales d’ailleurs, la quantité de sang sera subordonnée au calibre des vaisseaux divisés; quant à la quantité d’urine, elle varie avec l’état de l’uretère ; ainsi lorsque le liquide peut suivre son cours naturel, il sortira par la plaie en quantité assez minime; si, au contraire, la voie normale est oblitérée par un caillot, toute l’urine sécrétée par 1e rein sortira par la plaie.
Les symptômes généraux des plaies du rein sont ceux de toutes les lésions graves et profondes, tels que syncopes, vomissements, pâleur de la face, refroidissement des extrémités, faiblesse et fréquence du pouls, etc.
Peu de temps après les blessures du rein, l’inflammation se développe; la phlegmasie ne se borne pas à l’organe blessé, elle s’étend aux tissus voisins; non seulement elle envahit le péritoine, lorsque celte membrane séreuse a été intéressée, mais encore elle se propage au tissu cellulaire : en effet, malgré la largeur et la netteté de la plaie, l’urine filtre avec la plus grande facilité dans les mailles celluleuses et provoque une infiltration uriueuse dont on prévoit toutes les conséquence?. Les douleurs sont beaucoup plus intenses dans la région du rein, le ventre se ballonne, devient douloureux à la pression et l’on constate tous les symptômes de la péritonite ou d’un abcès urineux à la région lombaire.
Il est un autre accident sur lequel on ne saurait trop appeler l’attention, nous voulons parler de la rétention d’urine, due â l’oblitération de 1 orifice vésical de l’urèthre par un caillot. Il est facile de remédier à cet accident â l’aide du cathétérisme; mais, si le chirurgien ignore
celte espèce de complication, il peut être exposé à des méprises très graves.
AFFLCTIONS DE l’aI’PAUEIL URINAIRE.
Les malades succombenl fort souvent pendant la période iiiflamma toire; mais, si les accidents peuvent ôlre conjurés, la suppuralion s’établit, le pus se trouve mélangé à l’urine en plus ou moins grande quantité, la plaie extérieure reste fistuleuse jusqu’à la complète cicatrisation du rein.
Les accidents qui peuvent compliquer les plaies du rein sont l’infiltration sanguine ou urineuse, et avec elle les vastes foyers purulents qui font parfois périr les malades d’épuisement; la présence de corps étrangers dans le tissu du rein. Celte complication augmente l’intensité des accidents inllarnmatoires, et prolonge considérablement la maladie, car la guérison ne peut être obtenue que par l’expulsion de ces corps, soit par la plaie, soit par l’urèthre. Terminons en signalant la péritonite suraiguë qui, avec Thémorrhagie, fait très rapidement périr le plus grand nombre de malades.
Diagnostic. — Le diagnostic des plaies du rein n^est pas toujours très facile. Dans la plupart des cas, le chirurgien ne peut avoir que des présomptions ; le siège de la plaie, la direction de l’instrument, la profondeur à laquelle il a pénétré, l’hématurie même et la sortie de l’urine par la plaie, ne sauraient inspirer une certitude absolue. En ctfet, il peut exister des anomalies de position du rein; la direction et la profondeur de la plaie ne peuvent être que très imparfaitement constatées, car là, comme dans toutes les plaies de l’abdomen, le cathétérisme doit être proscrit; enfin l’hématurie et l’écoulement d’urine par la plaie peuvent tenir une blessure de l’uretère ou de la vessie.
ProyiQstic. — Il est fort grave non seulement à cause de la profondeur de la blessure et de l’importance de l’organe, mais encore à cause des désordres que détermine la filtration d’un liquide irritant dans les tissus et des accidents que provoque la rétention d’urine, si fréquente dans ces sortes de lésions. On a vu cependant des plaies du rein, même compliquées de corps étrangers, être suivies de guérison.
Traitement. — Le blessé sera soumis à un traitement antiphlogistique énergique, en rapport d’ailleurs avec l’état général : le repos absolu, la diète, de légers laxatifs, des applications émollientes, sont, avec les émissions sanguines, les seuls moyens que nous possédions pour combattre une semblable lésion.
Il se présente, en outre, quelques indications particulières sur lesquelles nous ne saurions trop insister.
S’il existe un corps étranger, il faut aller à sa reeherche, à moins que l’on ne soupçonne que les manœuvres nécessaires à son extraction ne soient plus dangereuses que la complication elle-même.
S’il y a rétention d’urine, la première indication est de pratiquer le