‹ Eléments de pathologie chirurgicale./ [electronic resource] (volume 2)Chapitre 58 sur 225 · III. — Orchite chronique · texte numérisé non relu

III. — Orchite chronique

L’orchite chronique est une des affections des plus rares et des moins connues, sur la nature de laquelle régnent les opinions les plus opposées.

C’est depuis la traduction de l’ouvrage de Curling sur les affections du testicule que l’expression d’orchite chronique est entrée dans le langage chirurgical. D’après l’auteur anglais, l’orchite chronique serait une affection des plus fréquentes; mais M. Gosselin, dans la note qu’il ajouta au chapitre du chirurgien anglais, démontra en quelques lignes qn’il était impossible d’accepter cette opinion et que la description donnée par Curling comprenait toute une série de maladies plus différentes les unes que les autres. Les travaux, publiés depuis cette traduction, n’ont fait que conlirmer la réserve faite par le savant chirurgien français, et montrer que la description de l’orchite chronique donnée par Curling était inacceptable.

Comme on l’a vu dans le chapitre précédent, il a été indispensable, pour porter un peu de précision dans la pathologie du testicule, d’examiner séparément la glande et l’épididyme; nous ferons de même pour le sujet qui nous occupe, et nous étudierons séparément ce que l’on peut entendre par orchite chronique et épididymite chronique.

Orchite chronique. — Existe-t-il une orchite chronique? Le mot chronique, appliqué à l’inflammation, a, commel’adit M. Reclus dans sa remarquable thèse sur le tubercule du testicule, souvent joué de malheur, et, pour s’entendre un peu sur l’inflammation chronique, il a fallu la faire synonyme de sclérose (p. 21).

Se basant sur ces considérations scientifiques, M. Reclus est arrivé à définir l’orchite chronique : la sclérose du testicule, dont la conséquence est non pas le gonflement, mais bien l’atrophie du testicule.

Pour M. Reclus, l’orchite chronique, ainsi comprise, ne serait que très exceptionnellement primitive, puisque l’on ne rencontre pas d’atrophie du testicule qui n’ait pas été précédée de quelques lésions, si ce n’est dans la varicocèle, et encore cette atrophie est-elle plutôt une diminution de volume, car il suffit d’opérer la varicocèle pour voir le testicule reprendre son volume.

L’oi’chile chronique, c’est-à-dire sclérose et atrophie du testicule, se produit secondairement après les intlammations aiguës de la glande, mais pas après toute espèce d’inflammation, car, ainsi que nous l’avons dit plus haut, l’alrophie ne s’observe pas après l’orchite blennorrhagique.

Malgré la brillante discussion à laquelle M. Reclus s’est livré pour exposer cette opinion, nous ne pouvons pas accepter que l’orchite chronique ne soit autre chose que la conséquence d’orchites soit traumatiques, soit survenant à la suite d’oreillons.

L’idée d’inflammation chronique entraîne forcément celle dedouleur, de maladie lente et intermittente; or, dans l’orchite chronique, orchite atrophiante de Gosselin, il n’y a pas de douleurs, la marche est rapide et continuelle.

Nous croyons donc que ce n’est pas à cette atrophie qu’on puisse donner le nom d’orchite chronique. Pouvons-nous plus admettre, comme le soutient M. Després, que l’orchite syphilitique est une orchite chronique chez un syphilitique? nullement; car nous devrions, pour être logique, décrire la syphilide papuleuse comme une dermite chronique, et c’est insoutenable.

Nous serions presque disposé à admettre qu’il n’y a point de véritable orchite chronique, mais on a rapporté, M. Després particulièrement, des observations dans lesquelles le testicule est resté volumineux et douloureux pendant plusieurs mois et la guérison s’est effectuée lentement par le retour à l’état normal. Dans ces cas il y a souvent un épanchement dans la tunique vaginale, l’épididyme participe à l’inflammation (1).

Lorsqu’on lit attentivement ces observations, on n’est nullement convaincu, car on trouve des symptômes qui pourraient tout aussi facilement être rapportés à de la tuberculose.

Aussi, sans vouloir conclure d’une façon trop absolue, nous dirons que pour nous l’orchite chronique est une affection très rare.

Epididymite chronique. — Pour l’épididyme il n’en est plus de même, il existe très réellement une affection à laquelle on peut donner avec précision le nom d’épididymite chronique.

L’épididymite chronique succède à une épididymite aiguë; on voit le gonflement s’arrêter dans sa résolution et l’épididymite chronique est confirmée; il va falloir des mois pour obtenir sa guérison.

Le début peut être d’emblée chronique ; M. L. Fournier a décrit une forme d épididymite à laquelle il donne l’épithète de pseudo-tuberculeuse et qui n est certainement qu’une épididymite chronique. Les uréthrites chroniques, chez les sujets affaiblis, peuvent amener une épidi-

(1) Després, Chirurgie journalière, 2' édit., p. 769.

Ali AFFECTIONS DES ORGANES GÉNITAUX DE l’hOMME.

dymite chronique; le coït chez les vieillards a le même résultat,

L’épididyme atteint d’inflammation chronique présente de la résistance et un peu d’élasticité; on peut avec les doigts sentir distinctement les tubes qui forment cet organe. Pour M. Reclus, un signe qui pourrait faire reconnaître que l’on a affaire à une épididymite chroniqne, c’est que l’on peut suivre nettement les contours de l’anse formée par la réflexion de la queue de l’épididyme ; on sentirait la dépression qui circonscrit celte anse, tandis que, dans la tuberculose, une masse compacte engloberait les flexuosités de l’épididyme (Reclus, p. 30).

Très souvent un épanchement dans la tunique vaginale vient compliquer l’épididymite chronique. Comment se termine l’épididymite chronique? M. Després, M. Fournier pensent qu’elles peuvent se terminer soit par résolution, soit par suppuration, La résolution est la règle, elle s’obtient lentement, et lorsqu’elle est complète, on trouve un petit noyau dur, que Poisson a décrit dans sa thèse sous le nom de tumeur péri-épididymamine.

Quant à la suppuration, nous n’y croyons pas, et nous pensons que les cas d’orchite chronique suppurée ne sont pas autre chose que des tubercules de l’épididyme. Ce qui nous porte à admettre cette opinion très absolue, c’est que nous n’avons jamais vu une épididymite aiguë se terminer par la suppuration. En outre, lorsqu’on étudie la marche de ces soi-disant orchites chroniques suppurées, on trouve exactement ce que l’on rencontre dans les cas bien confirmés de tubercules du testicule. Pourquoi donc admettre une terminaison suppurative lorsque, pendant l’inflammation aiguë, on ne l’observe pas?

Le diagnostic de l’épididymite chronique présente une véritable difficulté lorsqu’on veut l’établir avec la tuberculose. M. Després dit avec une certaine raison que le diagnostic différentiel pourrait à la rigueur ne pas être fait, caries tubercules du testicule sont des orchites chroniques de tuberculeux. Mais le diagnostic est cependant indispensable pour établir le pronostic de la maladie.

Il faut examiner avec grand soin la prostate, l’autre testicule, qui pourraient peut-être présenter des lésions moins avancées de la tuberculose qui mettraient sur la voie, bien constater l’état des poumons, étudier les antécédents. Mais, lorsque l’examen le plus approfondi n’aura rien fait constater et que l’on se trouvera en présence d’une masse indurée limitée à une portion d’un seul épididyine, il faudra réserver son diagnostic et attendre, pour porter un jugement, la marche que prendra la maladie.

Traitement. — Le repos, les cataplasmes avec des frictions d’onguent napolitain, des grands bains sontles meilleurs moyens à opposer à l’épididymite chronique. S’il y a une hydrocèle, il faudra la ponctionner et faire une injection légèrement iodée, qui pourra non seule-

FONGTJS DU TESTICULE.

ment amener la guérison de l’hydrocèle, mais hâter la guérison de l’épididymite chronique.

La compression bien faite, soit simple, soit avec des bandelettes de sparadrap de Vigo, les révulsifs, particulièrement les pointes de feu sur le scrotum, rendront de véritables services pour mener à fin cette longue maladie.

ARTICLE II

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