III. — Blessures du rein par armes à feu
Les plaies du rein par armes à feu sont assez rares : le peu de volume de l’organe, la profondeur à laquelle il se trouve placé, sont la cause de la rareté de ce genre de blessure.
De même que pour les blessures produites avec des instruments tranchants et piquants, il y a une distinction fort importante a établir entre celles de la partie postérieure et celles du hile du rein, entre les plaies simples et celles qui sont compliquées de la lésion du péritoine.
Les phénomènes propres h toutes les blessures du rein se rencontrent dans les plaies produites par les projectiles lancés par la poudre â canon; cependantil està remarquer que les tissus qui se trouvent sur le trajet’du projectile sont très fortement contus, pour ainsi dire escliarifiés; ces eschares s’opposent à l’écoulement de l’urine par la plaie, et lorsque l’écoulement existe, elles forment une barrière à l’inlillration urineuse et à la chute des parties mortifiées : le développement
ABCÈS PÉniNÉPnnÉTIQUES. 7
des bourgeons charnus est déjà un obstacle aux phénomènes de l’épanchement d’urine.
« J’ai eu lieu, dit Baudens (1), d’observer plusieurs fois des blessures de ce viscère par des projectiles, et jamais je n’ai vu d’épanchement d’urine à l’intérieur, ni de fistule urinaire à l’extérieur; cependant dans une circonstance, j’ai pu introduire le doigt jusque dans la substance corticale, de sorte qu’il ne pouvait y avoir de doute dans mon esprit sur la nature de la lésion. » Sur un blessé de juillet 1830, observé par Dupuytren, il n’y eut pas d’infiltration d’urine, « la seule ouverture d’entrée qui existait, donnait issue à un liquide qui fût reconnu pour être de l’urine. Aucun accident grave ne survint et le malade sorlit de l’hôpital au bout de quinze jours, étant en voie de guérison; plus tard nous apprîmes que la plaie était tout à fait cicatrisée (2). »
hc, p7'onostic de ce genre de blessure est fort grave, à cause surtout des délabrements produits parle projectile et de l’inflammation consécutive. On doit tenir compte de l’absence d’infiltration urineuse ; cette circonstance a sans doute été très favorable dans les cas de guérison qui ont été observés.
Le traitement des plaies du rein par armes à feu est le môme que celui des autres plaies de cet organe ; si, à la chute des eschares, on craignait de voir l’urine ou la matière purulente s’infiltrer dans les tissus à cause des sinuosités de la plaie, il deviendrait nécessaire de faire des débridements afin d’ouvrir une issue facile à l’urine et au pus.
§ II. — Phlegmons et abcès du tissu cellulaire situés
autour des reins
L’atmosphère cellulo-graisseuse qui entoure les reins peut devenir le siège de phlegmons et d’abcès dont l’histoire est de date récente. Signalés pour la première fois par Rayer, ils ont été bien étudiés par Demarquay, par Trousseau dont les belles cliniques ont bien fait connaître l’étiologie et la symptomatologie. Un excellent article, dû à la plume savante de M. Lancereaux, a présenté un tableau complet de cette intéressante affection (PÉraNÉPiiRiTE, Dict. des sc. médicales).
Les phlegmons et abcès périnéphrétiques peuvent provenir : î° d'une affection rénale ; 2“ d’un traumatisme de la région; 3“ d’une cause
(1) Baudens, Clinique des plaies d’armes d feu, p. 357. Paris, 1836.
^2) Dupuytren, Clin, chir., t. VI, p. .181. Paris, 1839.
8 AFFECTIONS DE i/aIU’ADF.IL URINAIHE.
généiale; 4“ d’une aflectiondes voies urinaires; 5“ d’une inflammaliou de voisinage
1® ÜES AFFECTIONS RÉNALES.— En prenfjièrc ligiic se placent les calculs rénaux soit dans le tissu rénal, soit dans les calices et le bassinet. La présence de ces corps étrangers peut être le point de départ d’une inllanimalion qui, se développant de proche en proche, amène l’inllammation du tissu cellulaire environnant le rein et est le point de départ de phlegmons et d’abcès. Dans certains cas, les calculs occasionnent un travail ulcératif, qui amène l’ouverture du tissu rénal ou des conduits urinaires; l’urine en s’écoulant augmente encore l’inflammation. Gomme le fait remarquer Lancereaux, l’ouverture de ces fistules ayant presque toujours lieu à la face postérieure du rein n’occasionne pas de péritonite.
La néphrite suppurative peut être suivie de l’inflammation du tissu cellulaire circumrénal; partie de la pointe des pyramides, l’inflammation s’étend jusqu’à leur base, congestionne, ramollit la substance corticale et peut amener la perforation de la capsule. Celle palhogénie est cependant assez rare, surtout si on la compare aux phlegmons ayant pour point de départ l’inflammation des cali es et du bassinet.
Les néoplasmes du rein, kystes hydatiques, tubercules, cancer (Gornil), peuvent être suivis de semblables accidents.
2“ TRAUMA.T1SME DE LA RÉGION. — En éliminant les plaies par armes à feu ou par armes blanches qui peuvent être le point de départ, comme dans toutes les régions, de collections purulentes, la science possède plusieurs observations prouvant que la contusion delà région, un elfort violent ont été suivis de phlegmons périnéphrétiques.
Une nourrice tombe du haut de huit marches d’escalier sur le bord d’un seau; deux jours après, fièvre violente, frisson et formation d’un abcès considérable (Bienfait, de Reims). Chute d’un arbre sur la région lombaire droite, abcès au bout de quelques jours (Bergounhioux).
Ces observations prouvent qu’un coup direct peut occasionner des abcès périnéphrétiques, mais il y a une autre série de collections purulentes dans laquelle un traumatisme tout à fait différent peut être mis en cause. Je veux parler des abcès survenant à la suite d’une longue course à cheval, d’une promenade exagérée ; je pense que le rein, certainement malade dans son atmosphère cellulo-graisseuse, doit subir une trépidation qui explique l’inflammation de la région.
3® Cause générale. — L’action du froid sur tout le corps (Blaud) et même sur la région lombaire (Gueneau de Mussy) peut être suivie d’abcès. Il est probable que, dans ce cas, la congestion rénale joue un grand rôle. A la suite de maladies telles que l’infection puruie.ile, l’état puerpéral, les fièvres éruptives, qui ont une tendance à
ABCÈS PÉRINÉl’nRÉïTQUES. ^
la suppimilioii, la région périnéphrélique csL luulo disposée pour devenir le siège de collection purulente ; aussi Duplay a-t-il cité un abcès périnéphrélique, pendant la convalescence d’une (lèvre typhoïde ; Trousseau, chez deux femmes récemment accouchées; Rosenstein, à la suite d’un typhus exanthématique.
4“ Affection des organes génito-urinaires. — Le retentissement des affections vésicales sur le rein est un fait tellement fréquent que 1 on doit toujours chercher à se rendre compte de l’état du tissu rénal avant de pratiquer une opération sur la vessie. Mais, dans quelques cas, le retentissement a lieu non pas sur le tissu même du rein, mais dans le tissu cellulaire environnant.
A la suite d’une opération de lithotritie, Trousseau et Nélaton ont observé un cas d’abcès périnéphrélique.
Une dame qui, depuis deux ans, se plaignait d’une irritabilité vésicale fort incommode, fut prise, après avoir porté, pendant quelques heures, une robe un peu serrée, de douleur violente dans le flanc droit; malgré les traitements employés pour combattre celle douleur, les accidents marchèrent et il fallut ouvrir une vaste collection purulente périnéphrélique (Trousseau).
Hallé a vu une sonde à demeure occasionner un abcès de ce genre.
A la suite de l’amputation d’un testicule cancéreux, Ghopart a observé un abcès dans le tissu adipeux du rein gauche. Trousseau, en rapportant ce fait, admet qu’il est une preuve irrécusable de la part étiologique de la douleur dans la production de ces abcès. La douleur nous paraît, dit-il, avoir déterminé une irritation spéciale sur le trajet du cordon et qui a retenti sur le tissu cellulaire du rein. Je ne puis admeltré cette explication et je crois, en nous appuyant sur les travaux de Dolbeau, qu’il faut voir là une inflammation où les lymphatiques ont joué un rôle prépondérant.
5° Inflammation de voisinage. — Toute inflammation, dit Lancereaux, développée dans les organes voisins ou même éloignés de l’atmosphère graisseuse du rein, peut entraîner secondairement des phlegmons périnépliréliques , l’inflammation et la perforation de la vésicule biliaire, la perforation de l’intestin, la pleurésie, le psoïtis.
Trousseau a cité un cas d’abcès périnéphrélique occasionné par la propagation d’un phlegmon de la fosse iliaque. Bell a rapporté l’ohservation d’un soldat à l’autopsie duquel on trouva un abcès volumineux extra-rénal qid avait eu pour point de départ une déchirure du foie.
Symptômes. — Une douleur profonde, diffuse, sourde, est en général la première manifestation des phlegmons du tissu cellulaire périnéphrélique; mais il ne faut pas eonfondre cette douleur avec celle qui
AFFECTIONS DE l’aI'PAREIL URINAIRE.
survient instantanément après le traumatisme qui va peut-être occasionner le début du phlegmon. Dans ce cas la sensation est très vive, très aiguë et s’exaspère au moindre mouvement, mais, an, repos, elle disparaît; pour le phlegmon périnéphrétique la douleur est beaucoup moins aiguë, mais elle ne cesse pas, le malade éprouve dans la région splénique ou hépatique, suivant le côté, une gêne considérable avec exacerbations s’étendant dans la fosse iliaque et surtout du côté des organes génitaux; les mouvements de la jambe l’exaspèrent principalement.
Souvent, ainsi que nous le verrons en parlant de la marche, la douleur est, avec une fièvre peu forte, le seul signe du travail qui se passe profondément; puis après un temps, plus ou moins long, on peut reconnaître un léger empâtem.ent à la région située entre les côtes et la crête iliaque. En dehors de la masse commune, il se produit un gonllement, on reconnaît que la région lombaire est envahie. Enfin, lorsque la suppuration est établie, on constate de l’oedème s’étendant depuis la fesse jusqu’à la région dorsale.
La fièvre, peu élevée au début, présente, ainsi que Ta constaté Trousseau, le caractère rémittent avec paroxysme et frisson dans la soirée; elle disparaît presque complètement pour reparaître au moment de la formation du pus.
Les troubles urinaires sont souvent nuis, excepté dans les phlegmons, suites de contusion de la région, où l’on voit survenir de l’hématurie qui tient à la contusion rénale.
Les fonctions digestives sont toujours modifiées; langue blanche, appétit nul, constipation opiniâtre; quelquefois nausées et vomissements.
La fluctuation est difficile à percevoir; le pus séparé de l’extérieur par le. muscle transverse et l’aponévrose ne vient que tardivement pointer à l’extérieur. En plaçant une main en arrière et une main en avant on peut, lorsque le malade est dans le décubitus dorsal, circonscrire une tumeur immobile, mais on sent difficilement par ce procédé la fluctuation. 11 est préférable de placer le malade sur le côté opposé qui sera soutenu par un oreiller permettant de faire saillir le côté malade; quelquefois on se trouve bien d’examiner le malade assis sur une chaise.
Si l’on nhutervient pas pour donner issue au pus, celui-ci se fraye un passage dans une éraillure du muscle et de l’aponévrose et il vient se faire jour dans le tissu cellulaire sous-cutaué; il soulève alors la peau et permet de constater, sans difficulté, sa présence. L’abcès présente alors la forme appelée eu bouton de chemise, et Dupuytren a constaté que la recherche de la Iluctuation s’accompagnait alors d’un bruit qu’il a comparé à celui de chaînons. Le pus est ordinairement
ABCÈS rÉRlNÉninÉTIQUES. 11
louable, mais il présente quelquefois une odeur stercorale; si le rein est malade, le pus présente une odeur urineuse et il est séreux, grumeleux.
Marche. Durée. Terminaison. — La marche des phlegmons périnéphrétiques est très variable; quelquefois elle est aussi rapide que celle d’un phlegmon ordinaire, mais le plus ordinairement elle est très lente et on l’a notée de plusieurs mois. Un fait intéressant sur lequel M. Lancereaux a bien appelé l’altention, c’est que le phlegmon semble se développer en deux temps : une première phase dans laquelle la douleur semble constituer tonte la symptomatologie et une seconde, dans laquelle apparaissent tous les symptômes locaux et généraux.
Une autre particularité, toute spéciale à ce genre de lésions, consiste dans la longue période qui sépare l’apparition des accidents et les circonstances qui peuvent avoir occasionné le phlegmon. Dans les périnéphrites consécutives à des néoplasmes rénaux, à des fièvres graves, le début est lent et encore plus insidieux.
La durée dépend entièrement de l’origine du phlegmon ; dans les cas franchement aigus et ouverts à temps, elle est de deux mois environ; mais dans les cas symptomatiques des lésions rénales elle peut être beaucoup plus longue, et on a vu la suppuration persister pendant des années.
La terminaison du phlegmon périnéphrétique est le plus ordinairement la suppuration; un cas de Trousseau peut cependant faire espérer que la résolution n’est pas impossible, mais je la regarde comme tout à fait exceptionnelle.
La suppuration, une fois établie, apparaît presque toujours à la région lombaire; on a cependant noté une ouverture d’abcès dans la vessie, dans le vagin, dans l’urèthre, mais pour que ces ouvertures puissent se faire, il faut, comme Ta indiqué Trousseau, que le pus ait passé dans la fosse iliaque, etalors il peut prendre toutes les directions des abcès de cette région.
L’ouverture des abcès périnéphrétiques a été notée dans le gros intestin (le côlon) par plusieurs observateurs; mais elle est tout à fait exceptionnelle dans le péritoine qu une inflammation adhésive vient protéger contre la rupture du foyer.
On a cité plusieurs cas dans lesquels l’issue du pus s’est faite par la bouche; le pus, après avoir perforé le diaphragme, détruit le tissu pulmonaire et, sous l’influence d’une quinte de toux, il s'échappe par les bronches, ou bien il peut d’abord développer une pleurésie purulente qui se vide ensuite par les bronches.
Dans les abcès périnéphrétiques qui ne sont pas dépendants d’une lésion rénale, la guérison est, ainsi que nous l’avons dit, la règle; mais.
AFFECTIONS DE L’aPI’AIIEIL LTUNAIllE.
si l’abcès a été occasionné par une tumeur du rein, il persistera autant que la cause première.
Enfin une terminaison des plus sérieuses, mais qui n’est pas audessus des ressources de l’art, est l’établissement d’une fistule urinaire rénale.
Diagnostic. — Le diagnostic des phlegmons périnéphrétiques est un des plus délicats que présente la clinique et il est bien rare que dès le début du mal on puisse le préciser.
Le premier symptôme que l’on rencontre, la douleur, peut très bien faire penser à un lumbago, mais dans le lumbago elle est plus aiguè et plus superficielle et il ii’y a pas de fièvre. On pourrait penser à une néphralgie, maladie très rare et qui est toujours sans fièvre.
Lorsque la maladie fait des progrès et qu’à la douleur viennent slajouter la fièvre et la tuméfaction lombaire, il faut alors distinguer les abcès périnéphrétiques des abcès par congestion, des psoïlis, des abcès du foie ou de la rate et enfin des tumeurs du foie.
Il faut, pour établir le diagnostic, faire grande attention au début rapide de la maladie, à l’absence des lésions de la colonne vertébrale, à l’état antérieur de la constitution. Mais le vrai diagnostic se fera par une bonne exploration de la région malade qui permettra d’éliminer, plus aisément que par toutes les descriptions des signes différentiels, les lésions qui peuvent être confondues avec les abcès périnéphrétiques.
Pi'onostic. — Le pronostic des abcès périnéphrétiques doit s’établir en se basant sur la cause, mais aussi sur la marche du pus pour se faire jour.
Dans les abcès produits par une alfeclion grave des reins, le pronostic sera encore aggravé par l’affection infiammatoire, et, si une fistule urinaire s’établit, la mort arrive dans un marasme profond.
Les abcès qui surviennent dans le cours des maladies graves, dans les affections puerpérales, ont un pronostic toujours très fâcheux.
Lorsque l’abcès s’est fait jour dans le gros intestin, le pronostic doit être réservé, car on peut toujours voir survenir de graves accidents et dans tous les cas la guérison est toujours longue.
Les complications du côté de l’abdomen, de la plèvre et du poumon sont toujours à redouter; mais le pronostic est moins sérieux qu’on pourrait le craindre à première vue lorsque l’inllammation a retenti sur la région thoracique.
Traitement. — A la première période on doit recourir à tous les émollients et à toutes les pommades calmantes, et particulièrement aux injections de morphine qui, dans un cas rapporté par M. liousseau, semblent avoir complètement arrêté un phlegmon périnéphrétiquo.
affections des uretères.
Lorsiiue la suppuration est formée, il fautsc hâter de donner issue au pus et le seul procédé à employer est l’incision.
Les ponctions, avec les trocarts les plus volumineux, doivent être complètement repoussées; il en est de même pour le procédé préconisé par Récamier au moyen des causli(|ues.
L’incision doit être faite à deux travers de doigt du bord externe du muscle sacro-lombaire; après avoir traversé la peau, le grand dorsal et le transverse, on abandonne le bistouri et avec le doigt et la sonde
cannelée on déchire la paroi du foyer.
L’incision doit être de dix centimètres de longueur pour permettre d’abord la sortie facile de la collection purulente et ensuite les lavages fréquents qui doivent être faits dans la cavité. On peut placer dans les lèvres de la plaie un tube en caoutchouc, mais nous repoussons entièrement le drainage.
ARTICLE II
AFFECTIONS DES URETÈRES
Les seules aü'cclions dont nous ayons à nous occuper dans cet article, sont les calculs des uretères, les rétrécissements et les dilatations de ces conduits. Les calculs des uretères seront étudiés avec les calculs urinaires. Nous ne dirons donc que qnciquesmots des rétrécissements et de la dilatation, affections qui échappent le plus souvent à nos moyens d’investigation et contre lesquelles nous ne possédons aucune action.
L’uretère peut être rétréci parce que le rein ne sécrète plus d’urine, ou bien parce que la présence d’un calcul dans le bassinet empêche l’urine d’arriver jusque dans le canal ; on voit alors cet organe revenir sur lui-même, exactement comme tous les canaux dont les fonctions sont abolies.
Une tumeur développée dans l’abdomen ou dans le bassin peut comprimer une certaine portion de l’uretère; il y a alors dilatation audessus de l’obstacle, rétrécissement au-dessous ; ce phénomène est exactement le même que celui que nous avons déjà signalé en décrivant les étranglements et les occlusions de l’intestin.
Lorsqu’il existe un obstacle à la miction par le fait d’une tumeur de la prostate, d’un rétrécissement de l’urèthre, etc., on voit Turotère se dilater quelquefois depuis son origine jusqu’au rein, le bassinet luimême participe à l’ampliation. Dans ces cas, non seulement le calibre du canal est augmenté, mais aussi on voit sa longueur devenir plus
14 AFFECTIONS DE L’aPPAREIL URINAIRE.
considérable, l’urelère s’allonge, devient flexueux ; dans les cas d’affection de la vessie ou de rurèthre la dilatation porte sur les uretères des deux côtés.
Nous n’insisterons pas davantage sur ce genre d’affection qui ne présente d autre intérêt que celui d’un fait pathologique, car, comme nous l’avons déjà dit, rien ne peut nous faire soupçonner une telle lésion et aucun moyen thérapeutique médical ou chirurgical ne peut modifier un semblable état.
ARTICLE 111
Les affections de la vessie sont extrêmement nombreuses ; toutes, ou du moins. presque toutes, rentrent dans le domaine de la chirurgie; nous décrirons successivement : l» les vices de conformation; 2o les plaies; 3ü les ruptures; ¥ les corps étrangers; 5» les calculs; 6° les affections inflammatoires; 7“ les affections nerveuses et la paralysie; %'‘V hypertrophie; 9“ les varices; 10" les polypes; 11“ les fongus; 12" les tubercules; 13" le cancer.
Vices de conformation de la vessie.
Parmi les vices de conformation delà vessie, les auteurs ont signalé: 1" \’ absence du réservoir de l’urine ; 2" V existence de vessie multiple. Ces cas sont certainement curieux au point de vue anatomique, mais nous pensons que dans cet ouvrage il nous suffit de les mentionner, car ils n’offrent aucune espèce d’intérêt pratique.
Ëxslrophie ou extroversion de la vessie.
Décrite sous le nom de hernie de la vessie, de prolapsus, d' inversion d e la vessie, cette altération a été désignée par Cbaussier et Breschet sous le nom d’exstrophic ou d’ extrovefsion de la vessie.
C’est Dcvilleneuve qui, le premier, indiqua la véritable nature de ce vice de conformation ; 1e premier, il a dit que la tumeur fongueuse qui se trouve à la partie inférieure de l’abdomen était formée par la face interne de la vessie. Avant lui, les auteurs ont confondu l’extroversion de la \essie avec la hernie de cet organe. Huxbam regardait la tumeur
VICES DE CONFOn:\rATION DE LA VESSIE.
conirne formée par l’ombilic placé plus bas que de coutume, et déformé par le défaut de soin après la naissance, et par l’ouraque laissé en communication avec l’extérieur et qui s’ouvrait par deux canaux. Buxtorff, Gastarra, Stalpart van der 7iel, avaient reconnu la vessie, mais non la face interne de cet organe; van der Viel pensait que la vessie était all'aissée sur elle-même, et que ses deux parois antérieure et postérieure étaient soudées.
Les anatomistes ne sont pas d’accord sur le mode d’origine de cette infirmité. Les uns l’ont considérée comme une lésion survenue chez le fœtus, dans le sein de sa mère; les autres, comme un arrêt de développement.
Bonn, dont on trouve un extrait assez étendu dans Vrolik, croit devoir attribuer l’extroversion de la vessie à une accumulation d’urine dans la vessie du fœtus. Ce liquide distendrait la cavité de cette poche et l’urèthre, écarterait les muscles droits de l’ahdomenet les pubis non encore solidement soudés. Un mouvement brusque de l’enfant, le travail de l’accouchement, auraient pu rompre cette poche : alors la paroi postérieure de la vessie, à découvert, serait venue se porter en avant, repoussée en arrière parles intestins qui, trouvant un vide dans lacavité dupetit bassin, exerceraient une compression incessantesur le réservoir de l’urine. Bonn a simulé sur le cadavre ce vice de conformation, en incisant les téguments de l’abdomen, la vessie, le canal de l urèthrc, les pubis, et en soulevant le rectum au moyen d’une tige de fer introduite dans cet intestin par l’anus; il a pu obtenir, par ce moyen, une représentation assez exacte de ce qu’on rencontre chez les individus affectés d’extroversion de la vessie. Duncan, Ghaussier, Breschet, ont adopté cette opinion.
Rose attribue l’extroversion de la vessie à la rupture du ligament de la symphyse du pubis et à une violence extérieure ; la mère d’un enfant qui présenta en naissant cette anomalie avait reçu pendant sa grossesse un coup de corne de vache à la partie inférieure de l’abdomen.
D’après M. Breschet (1), le premier degré de l’extroversion de la vessie serait le cas dans lequel la vessie fermée proéminerait entre les muscles droits de l’abdomen. Gette disposition est très rare; Stoll rapporte un cas dans lequel les pubis étaient divisés et l’iirèthre imperforé : la rupture de la vessie n’aurait pas eu le temps de se faire. Vrolik signale un enfant chez lequel la vessie imperforée faisait hernieentrelcs muscles des parois abdominales et les téguments; la vessie était adhércnteaces derniers ; l’iirètlire était noianal etdonnaitpassage àl’urine;
(I) Üicl. des sciences méd., t. XIV, p 3.14.
AFFECTIONS DE l’aPPAIIEIL U1UNA1HE.
cc sei'ail le second degré de l’exlpovcrsion, f]ui n auiait pas maiKjué d’avoir lieu si la vessie s’étail rompue.
Quclquelbis il y a cxlrovcrsion sans qu’il y ait division des pubis. Valter et Coales en rapportent des exemples ; Duncan attribue ce phénomène à ce (|ue l’accumulation de l’urine ne s’est faite que lorsque les pubis étaient réunis assez solidement pour que la séparation n’ait pu avoir lieu. Dans ces cas, la vessie ne se serait rompue que quelque temps seulement avant la naissance.
Enfin, dans un cas cité par Isentlamm, l’extroversion n’aurait eu lieu que dix semaines après la naissance. On ne dit pas si les os du pubis, le canal de 1 urèthre, etc., étaient séparés. Si donc l’extroversion de la vessie est causée par l’accumulation d’urine dans la vessie, on peut trouver dans les faits précédents tous les degrés depuis l’accumulation pure et simple d’urine dans la vessie avec saillie de cette poche jusqu’à l’extroversion complète.
L’extroversion de la vessie est regardée par un très grand nombre d’anatomistes comme un arrêt de développement. Selon eux, la paroi postérieure de la vessie se serait seule développée; la paroi antérieure manquerait.
Anatomie et physiologie pathologiques. — A la partie antérieure et inférieure de l’abdomen, on trouve une tumeur plus longue que large, située au-dessus des pubis, quelquefois entre les pubis, et même audessous. Tantôt elle fait une forte saillie en avant, surtout quand les malades font des efforts considérables, efforts qui chassent les viscères abdominaux dans la cavité du petit bassin ; d’autres fois elle est sur le même plan que les téguments de l’abdomen ; enfin elle est enfoncée ; souvent elle est réductible, et la réduction fait entendre un bruit analogue à celui d’un intestin que l’on refoule dans la cavité abdominale. Cette tumeur est d’un rouge vif, formée par la membrane muqueuse de la face postérieure de la vessie; elle est recouverte souvent de mucosités épaisses qui ne se mêlent pas à l’urine.
A la partie supérieure de la tumeur sont deux papilles de volume variable. Ces fongosités sont isolées : sur leur sommet, quelquefois sur leur face postérieure, on rencontre un orifice: c’est celui de l’uretère qui donne passage à l’urine. Labardette (1) a vu l’uretère gauche^ simple à sa naissance, se divisant en deux branches qui se rendaient chacune à une des papilles situées au bord inférieur de la vessie ; l’uretère droit s’ouvrait par un orifice ovale sur le bord latéral droit; Méry (2) a observé le croisement des deux canaux. Ces orifices sont généralement assez étroits ; on rencontre même des sinuosités qui sont
(1) Journ. gén. de méd., l. XXXIII, p. 375. ^2) Mcckel, Anal. palliol.,g. 720.