FONGUS DU TESTICULE
à s’épaissir, se renverse en dehors pour permettre le passage de la masse fongueuse. De sa face profonde partent des prolongements fibreux, qui accompagnent les vaisseaux, considérablement accrus de volume. Les deux feuillets de la tunique vaginale et les autres lames qui constituent les enveloppes des bourses sont unis par des adhérences molles et filamenteuses, et on sent un vide à la place du testicule dans le scrotum. L’organe se vide.
Symptomatologie. — Le fongus du testicule se trouve, dans l’immense majorité des cas, précédé d’une inflammation de la glande. Le temps qui s’écoule entre le début de cette inflammation et l’apparition de la tumeur est très variable. Laugier a observé uh cas de fongus survenu chez un sujet qui, depuis plus de trois ans, était affecté d’une orchite. Mais la marche du mal est souvent plus rapide.
Au début, la glande présente une ou deux bosselures où se font sentir des douleurs plus ou moins intenses; bientôt la tumeur devient plus saillante; la peau du scrotum est d’un rouge brun, s’amincit, s’ulcère, et donne passage à un liquide séreux ; le fongus, enfin, se montre à travers la solution de continuité; quelquefois une ponction faite à la tumeur est le point de départ de cette ulcération. Lawrence a signalé un amendement notable dans la douleur dès que le fongus fait saillie au dehors. Ce phénomène n’est pas constant.
Bientôt la tumeur prend la forme d’une masse hémisphérique surajoutée au scrotum. Le contact des corps extérieurs ne cause aucune souffrance; mais la compression y développe une douleur caractéristique, sur laquelle Jarjavay a appelé l’attention, et qui est semblable à celle que provoque la pression exercée sur le testicule sain. Lorsque la tumeur est volumineuse, elle gêne par son poids et par les tiraillements qu’elle exerce sur le cordon. Abandonné à lui-même, le fongus augmente de volume jusqu’à une certaine limite. Mais il se détruit alors par un travail ulcératif.
Ce n’est pas seulement l’expansion de la substance testiculaire à travers la tunique albuginée qui est la cause du développement rapide du fongus, il faut invoquer en outre la présence de la substance jaune, que nous avons signalée plus haut, puis la compression qu’exerce la tunique albuginée sur la substance testiculaire; car, comme tous les tissus fibreux, celle-ci se rétracte par le fait de l’intlammalion et chasse au dehors la substance testiculaire.
En général, il n’y a qu’un seul testicule atfecté de fongus ; cependant on a observé quelques malades dont les deux testicules avaient été successivement envahis.
Etiologie. — Cette affection est souvent consécutive à l’inflammation du testicule : on voit donc survenir le fongus pendant le cours d’une orchite aiguë et surtout d’une orchite chronique. D’autres fois,
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elle est consécutive à une contusion du testicule. Toutes les causes capables de détruire par l’ulcération une portion de la tunique albuginée peuvent déterminer le développement d’un fongus par le fait de l’irruption des canaux séminifères à travers la solution de continuité. Morel-Lavallée et bien d’autres chirurgiens depuis ont vu cette maladie se montrer chez des individus affectés de tubercule du testicule arrivé k la période de ramollissement et qui avaient détruit la tunique albuginée. Malgaigne rattachait le fongus bénin du testicule aux tubercules du testicule. Jarjavay la rattache à la syphilis. Virchow était aussi de cet avis, quoiqu’il l’ait décrit à propos de l’orchite chronique (1).
Aujourd’hui il paraît certain que le fongus est une phase de l’orchite chronique (2) et môme du tubercule. Nous ne parlons pas du cancer, parce que, lorsqu’un cancer est ulcéré et bourgeonne, le mal marche avec une grande rapidité, les fongosités se détruisent et le mal ne reste jamais dans l’état où on le voit dans le fongus bénin. Cette tumeur est un bourgeonnement des cloisons du testicule et du tissu conjonctif qui unit les tubes. Cette théorie permet de comprendre pourquoi, avec une apparence de raison, on a fait du fongus une lésion inflammatoire simple, ou une lésion tuberculeuse ou syphilitique.
Diagnostic. — C’est surtout avec le cancer du testicule que l’on pourrait confondre le fongus, mais il est un certain nombre de caractères qui ne sauraient laisser de doute sur la nature de la maladie. Jamais une tumeur caneéreuse comprimée ne détermine la douleur que l’on observe dans le fongus ; les fongosités cancéreuses sont molles, friables, saignantes au moindre contact; le fongus bénin, au contraire, est dur, résistant et ne donne jamais lieu à de graves hémorrhagies; l’engorgement des ganglions lymphatiques est fréquent dans le cancer, et manque dans le fongus. D’ailleurs le eancer du testicule tue bien souvent le malade avant la période d’ulcération.
Pronostic. — Cette affection n’est pas grave, en ce sens que jamais elle ne dégénère, c’est-à-dire ne devient un véritable cancer. Cette restriction faite, nous pouvons dire que la maladie est sérieuse, en ce sens que le testicule est toujours plus ou moins compromis. Le pronostic sera donc, d’une manière générale, subordonné au développement de la tumeur. Le fongus superficiel est moins grave que le fongus parenchymateux, car on peut en obtenir la guérison avant que les tubes séminifères soient atteints.
Traitement. — Les moyens thérapeutiques que l’on possède contre
(1) Virchow, Pat/i. des tumeurs, t. Il, p. 867 et -129.
(2) Després, Chirurgie journalière, 2" édit;, p. 770 et suiv.