‹ Eléments de pathologie chirurgicale./ [electronic resource]Chapitre 60 sur 112 · C.VNCKH. un · texte numérisé non relu

C.VNCKH. un

I>'ulcLTiitioii suit une imtrclK; tantôt lente et tantôt rapide; ce qu’il y a de constant, c’est qu’elle ne rétrograde jamais. Du reste, après avoir lait quelquefois progrès, ces ulcères peuvent tout à coup s’arrêter et devenir stationnaires pendant. plusieurs années, ou même la vie entière,

, sans déranger la santé de ceux qui les portent.

D’autres fois, l’ulcération exerce rapidement son action corrosive en I profondeur comme en largeur; elle ne détruit pas seulement la peau ^ et le tissu cellulaire sous-cutané, mais elle gagne les muscles, les carti- I lages, les os eux-mêmes.

I On a dit que ces ulcères, quand ils siègent à la face, n’occupent or- )j dinairement qu’un de ses côtés, et semblent respecter la ligne médiane, li qu’on ne leur voit franchir que rarement. Cette remarque n’est point [| juste; il n’est pas rare d’observer la preuve manifeste du contraire.

! Cette aliection peut se terminer par :

1° L’état stationnaire.

2° La guérison, lorsque le mal est pris à temps et traité convenablement. Les récidives ne se montrent pas aussi fatalement que dans le squirrhe ou l’encéphaloïde ; elles sont cependant fréquentes, aussi la guérison radicale doit être regardée comme rare.

3° Par la mort, occasionnée par la douleur, par le marasme. Chez les individus atteints de cancer à la lèvre, les liquides purulents versés dans I la bouche sont avalés et déterminent une sorte d’intoxication ; mais le I plus souvent la mort est la conséquence de la diathèse cancéreuse : le malade succombe alors comme dans les autres formes de cancer, quelquefois il est enlevé par les troubles fonctionnels provoqués par l’altération des organes.

Étiologie. — Un mystère profond couvre le développement de cette maladie. Ce qu’on sait de positif, c’est qu’elle semble à peu près exclusivement dévolue à la dernière partie de la vie. Rarement, en effet, se montre- t-elle avant quarante ans; dans un relevé de 15^i cas, M. Heurtaux a trouvé seulement 2 cas dans lesquels les malades avaient moins de vingt ans et 107 avaient de quarante ans à soixante-dix.

Elle sévit sur l’un et l’autre sexe, mais elle se montre bien plus souvent chez l’homme que chez lafemme : sur 207 casM. lleurtaux compte 151 hommes et 56 femmes.

b’épithélioma se montre principalement à la face, et particulièrement aux lèvres : ainsi sur 210 cas on voit 73 cancers des lèvres; la langue, le I>énis, l’utérus sont assez souvent envahis par cette dégénérescence.

La jirédilection de cette affection pour les lèvres a suggéré à quelques chirurgiens des remarques sur lesquelles nous devons appeler l’attention. Ils ont vu en elfet que chez l’homme la lèvre supérieure était prise dans une proportion bien plus considérable que la lèvre inférieure ; ils en ont conclu que la maladie serait contractée par l’habitude de fumer.

CANCKlt.

iM. Uouissuii, qui a rappoi-té un grand iioinbro de laits à l'appui d(; celle proposition, pense que le contact d’un corps chaud, comme l’esl le tuyau de ces pipes courtes qu’on nomme hmlc-ejueule, peut être une cause de ces dégénérescences. Sans nier l’inlluence de cette cause, nous devons dire que souvent on voit l’épithélioma se montrer chez des individus qui n’ont point rhal)itude de fumer, ou qu’il se inontrc dans des points qui ne sont pas en contact avec le tuyau de la pipe. Cette dernière objection serait applicable à l’opinion de M. Rigal (de Gaillac), (jui voit dans la forme de la dent rendue pointue par la pipe une cause de la dégénérescence, et à celle des chirurgiens qui invoquent la contusion de la lèvre par le tuyau de la pipe. Quoi qu’il en soit, on ne saurait refuser une certaine induence aux irritations portées constamment sur le même point. On a encore prétendu que le cancroïde du prépuce était provoqué par un phimosis, mais on peut se demander si là on n’a pas pris l’effet pour la cause.

Le cancroïde est-il transmissiblepar l’hérédité? Les faits ne sontpas encore assez nombreux pour qu’il soit permis de répondre à cette question. Rappelons toutefois-que Paget a constaté que dans un vingtième des cas, la disposition à contracter des cancroïdes existait chez des personnes dont les parents avaient eu des squirrhes et des encéphaloides; dans un certain nombre de cas il a constaté une prédisposition inverse.

Diagnostic. — Le cancroïde au début peut être confondu avec certaines verrues rugueuses, hérissées d’éminences papillaires; la ressemblance, dans quelques cas, est tellement complète, que le diagnostic est à peine possible; toutefois on doit avoir des craintes quand une tumeur de cette nature, s’accroissant progressivement, se montre chez une personne d’un âge avancé; les craintes devront être plus sérieuses s’il y a de la desquamation, s’il existe une érosion même superficielle, et surtout s’il y a épaississement de la peau et production d’épiderme dans son voisinage.

Le condylome de la peau est à pédicule large et souvent chargé de papilles hypertrophiées.

Les O ffections tuberculeuses de la peau, quelle que soit leur origine, peuvent être confondues avec le cancroïde; celles qui ne sont point recouvertes d’écailles épidermiques sont faciles à distinguer; le lupus a ses tubercules souvent multiples, il se montre d’ailleurs chez les jeunes sujets, tandis que le cancroïde se voit plus souvent chez les personnes âgées : les antécédents et souvent d’autres manifestations feront reconnaître le tubercule syphilitique.

Le cancroïde ulcéré peut être confondu avec une idcération syphilis tique, mais les antécédents, les autres manifestations syphilitiques, et surtout le traitement, font facilement reconnaître la nature dit mal.

Les ulcérations scrofuleuses seront reconnues à l’état de leurs bords»

CANCKll.

(jui sont mous et violacés; à la moindre consistance de rinduration de leur base.

Quelques ulcères du visage entretenus par une cause locale^ telle^ par exemple, qu’une irritation incessante, peuvent faire croire à ■J l’existence d’un cancroïde; mais le traitement met bientôt sur la voie, I' quelquefois il suffit de l’extraction d’un corps étranger pour amener i une guérison rapide. M. Herbert de Tillières a vu un fragment de dent i implanté dans la langue provoquer des accidents qui ont fait croire long- 1' temps à un cancer de çet organe.

! Pronostic. — Le pronostic du cancer épithélial est fort grave, comme i celui de toute espèce de cancer ; 1“ comme affection locale : on sait que : la dégénérescence tend à envahir les tissus voisins, par conséquent il est fréquent de voir se manifester des désordres incompatibles avec les fonctions régulières des organes ; 2“ comme affection générale : puisque même après l’ablation on observe des récidives non-seulement sur place, mais dans toute l’économie. Nous ferons remarquer cependant que l’on possède des cas tendants à démontrer que la guérison est possible, que la récidive est souvent plus lente que dans les autres espèces de cancer; que la récidive sur place est plus fréquente que la généralisation.

Traitement. — k. Prophylactique. On peut prévenir le développement des ulcères chancreux en évitant d’irriter le bouton que l’on suppose pouvoir devenir le siège delà dégénérescence qui nous occupe. Lisfranc conseillait aux personnes qui portent sur le nez des boutons permanents,

I de se moucher avec précaution, de ne pas exercer sur eux de pression ; et de frottement : « Ainsi, dit-il, leur dégénérescence sera probablement 1 évitée. » Dès que le bouton commence à s’ulcérer, il ne faut pas espérer faire disparaître le mal par des applications irritantes, car, loin de guérir,

I il ne fera que s’aggraver; il faut donc songer à l’enlever ou à le détruire radicalement.

I b. Traitement curatif. — Moyens pharmaceutiques. — Nous avons déjà dit que le temps avait fait justice de ces prétendus spécifiques du cancer, nous n’y reviendrons pas.

Les moyens chirurgicaux sont les seuls auxquels on puisse avoir recours ici avec avantage. Les voici :

1" Cautérisation. — La timidité des chirurgiens dans le choix et l’application des caustiques, au lieu de guérir le mal, l’eftaspère souvent; c’est ainsi qu’il faut rejeter l’azotate d’argent et tous les Caustiques qui n’agis- I sent qu’à la surface. Les caustiques devront donc être énergiques et détruire profondément les tissus; ils ont été employés sous toutes les formes et de toutes les manières. Parmi les préparations qui ont joui d’une grande réputation, nous citerons les pâtes arsenicales (Housseiot), le chlorure de zinc, le nitrate acide de mercure, la pâte de Vienne, etc. ; l’application peut se faire directement sur la tumeur, qui alors doit être

CANCEll.

Zt8U

(léli'uilc ciiüùi-eniciit; (iud([ues chii-urgieiis, (;l M. Maisonneuve en particulier, ont proposé de cerner la tumeur par les causticjues et de la sél)arcr pour ainsi dire du reste de réconomie par une eschare qui foinhe en l’entraînant. On obtient ce résultat’ par la cautérisation en llèclie, c’est-à-dire en enfonçant de petites flèches de pâte sèche de chlorure de zinc dans des trous faits autour de la tumeur avec le bistouri ou un trocart.

M. Sédillot a pensé que les cicatrices fd)reuses que laisse la cautérisation avec le fer rouge pourraient bien former une espèce de rempart contre la récidive; aussi a-t-il préconisé ce moyen, mais les résultats n’ont pas répondu à son attente: néanmoins le fer rouge n’est pas un mauvais procédé pour détruire les cancroïdes.

2“ \hxtirpation est sans contredit le meilleur moyen de faire disparaître la dégénérescence. On recule quelquefois devant la large perte de substance que doit nécessiter l’ablation totale de la tumeur, mais souvent il est possible de boucher cette brèche par l’autoplastie : c’est ainsi qu’on peut remédier à certaines tumeurs des paupières et delà face;d’autres fois, ainsi que cela arrive aux lèvres, on peut mettre en contact les deux surfaces saignantes. Lorsque l’on pratiquera cette opération, on aura soin d’explorer avec le plus grand soin tout le voisinage de la tumeur, on tiendra compte de la rougeur du derme, de l’épaississement de l’épiderme et des prolongements que la dégénérescence envoie dans les espaces celluleux. On explorera les ganglions lymphatiques, et toutes les parties malades seront impitoyablement retranchées. Si la tumeur adhère aux os, ceux-ci seront ruginés fortement, heureux si ce grattage fait disparaître les dernières traces de la dégénérescence, qui, comme nous l’avons dit, s’infdtre si facilement dans les canalieules.

Ablation et cautérisation. — Cette méthode mixte consiste à enlever, dans un premier temps, toute l’épaisseur des tissus morbides, et à cautériser dans un deuxième temps. Nous avons agité déjà la question de savoir si, quand on a l’intention de cautériser avec une substance dangereuse, comme les préparations arsenicales, par exemple, il convient de les appliquer immédiatement après l’ablation de l’ulcère. Nous renvoyons donc à ce qui a été dit à ce sujet.

à" Topiques qui modifient la surface ulcéi'ée sans lu détruwe. — Dupuytren, le promoteur de celte méthode, ne se servait d’aucune des préparations employées avant lui, leur reprochant à toutes l’inconvénient d’agir comme escharotiques ou comme caustiques, et d’amener des dilforinités à la suite de la destruction plus ou moins profonde des tissus. Il employait des substances qui, suivant lui, agissaient en modifiant les surfaces ulcérées, nullement en les c^charifianl, et avaient encore l’avantage de causer moins de douleur et de tuméfaction.

Ces préparations sont pulvérulentes ou liquides. Le calomel associé à fii

ENCilONJjnOMK.

l’arsenic les compose. Dupuylroii, tout en admettant que l'arsenic fait presque tous les frais du traitement, conseillait de ne point séparer ces deux substances; il les jugeait nécessaires à Taction de la préparation, sans qu’on pût expliquer comment.

Voici la formule qu’il employait :

l’ Arsenic ou acide arsénieux

1® Forme pulvérulente . . . . < Calomel

11 allait jusqu’à 6 parties d’arsenic.

Arsenic ou acide arsénieux.

Calomel

Eau

11 allait jusqu’à 10 parties d’arsenic.

2® Forme liquide

Dans quelques cas où nous l’avons employée, cette préparation a 1 produit une eschare, superficielle à la vérité, et les malades ont parfai- I tement guéri; la guérison ne s’était point démentie pendant tout le temps où il nous a été donné de suivre ces malades : nous croyons donc devoir conseiller l’emploi de ce moyen.

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