‹ Éléments de pathologie chirurgicale (volume 3)Chapitre 113 sur 213 · II. — Inflammation du pénis. Pénitis · texte numérisé non relu

II. — Inflammation du pénis. Pénitis

L'inflammation de la verge est souvent limitée aux téguments; elle affecte alors la forme érysipélateuse ; elle est consécutive, soit aux plaies de cet organe, à une piqûre de sangsue (il est bon de savoir qu'il y a danger de placer des sangsues sur la verge), à la surexcitation d'un chancre ; soit à l'érysipèle des régions environnantes, des bourses, de la partie supérieure des cuisses, de la paroi inférieure de l'abdomen. Dans d'autres cas, l'inflammation est plus profonde, elle envahit l'épaisseur des corps caverneux et détermine des accidents très sérieux.

L'érysipèle de la verge n'est généralement pas très grave. La peau du pénis se gonfle, se boursoufle, puis bientôt, sous l'influence d'un traitement très simple, bains locaux, fomentations émollientes, tous les accidents disparaissent : la maladie s'est terminée par résolution. D'autres fois il se forme sous les téguments de petits abcès que l'on ouvre et qui disparaissent. Ces abcès se développent autour d'un lymphatique, car de la lymphangite existe le plus souvent en même temps que l'érysipèle. Dans quelques cas enfin l'érysipèle prend la forme phlegmoneuse, la peau se décolle dans une étendue plus ou moins considérable, se sphacèle dans certains points, et ce n'est qu'à l'aide d'incisions longitudinales, comprenant toute l'épaisseur des téguments, que l'on peut arrêter les progrès du mal.

PÉNITIS. 615

L'inflammation profonde de la verge présente un bien plus haut deo'ré de gravité. On l'observe à la suite d'une plaie profonde, d'une contusion très violente, et quelquefois d'une uréthrite aiguë. D'après les recherches de M. Dransart, il s'agit dans ces cas d'une sclérose du tissu spongieux de l'urèthre ou des corps caverneux. Boyer rapporte trois cas de gangrène de la verge observés chez des individus affectés de blennorrhagie, et chez lesquels survint une fièvre typhoïde : l'un d'eux eut seulement un sphacèle du prépuce; le second vit le gland et une partie du corps caverneux tomber en gangrène ; le troisième, enfin, eut la verge tout à fait sphacélée. Forestus cite aussi un cas de gangrène de la totalité du pénis, lequel se trouva détaché dans un cataplasme que l'on avait appliqué sur la partie. Ce ne sont pas là les seules causes de gangrène ; nous avons vu plus haut que la mortification du pénis pouvait être consécutive à l'action d'un lien circulaire appliqué autour de cet organe.

Lorsque la gangrène a envahi le pénis, il faut autant que possible la limiter en diminuant l'inflammation, appliquer des antiseptiques et attendre la chute des eschares. L'amputation avant l'élimination des parties mortifiées est absolument contre-indiquée, car il est impossible de connaître l'étendue de la gangrène. Fort souvent le sphacèle du corps caverneux est très limité, alors que la maladie semblait très étendue quand on n'avait égard qu'à l'affection des téguments.

Lorsque les eschares sont détachées, on peut abandonner la partie à elle-même, tout en prévenant à l'aide d'une sonde le rétrécissement du nouveau méat urinaire. Dans quelques cas, on est obligé de faire quelque excision pour régulariser le moignon; dans d'autres enfin, ces excisions sont nécessitées par les douleurs que provoque le séjour de l'urine dans les anfractuosités de la plaie.

§ IV. — Tumeurs du pénis.

l. — Tumeurs sébacées.

Les tumeurs sébacées de la verge ne sont pas très rares ; elles n'ont aucune espèce de gravité. Il suffit, dans l'immense majorité des cas, d'ouvrir le goulot du follicule hypertrophié, de le presser ensuite pour faire sortir la matière contenue dans le kyste. Un chancre peut être inoculé dans un de ces follicules.

n. — Tumeurs lipomateuses.

Il se forme quelquefois dans l'épaisseur du fourreau de la verge des

espèces de lipomes, que l'on extirpe à l'aide d'une incision superficlelle : cette opération ne présente au cune espèce de gravité.

m. — Nœuds et ganglions des corps caverneux.

On désigne sous ce nom de petites tumeurs qui siègent dans l'épaissem- des corps caverneux ou à leur surface. Quelquefois solitaires, d'autres fois multiples et disposées en chapelet, elles se montrent sur tous les points de la longueur du pénis. Le plus souvent on les rencontre chez les individus d'un certain âge qui ont abusé du coït, de sorte qu'il est permis de supposer que souvent elles sont consécutives à un petit épanchement sanguin résultant de la rupture d'une des mailles du corps caverneux : les tumeurs superficielles seraient consécutives à l'éraillement de la tunique fibreuse de la verge. Quelques auteurs les rattachent à la diathèse goutteuse.

M. Dransart, qui a étudié ces tumeurs, en fait des scléroses du tissu spongieux de l'urèthre (1), il les croit le prélude d'abcès ; mais je pense que les scléroses terminées par induration forment les nœuds des corps caverneux.

Ces tumeurs sont indolentes, dures à la pression, non mobiles sous la peau, et semblent faire corps avec le pénis; souvent elles restent stationnaires, quelquefois elles augmentent peu à peu de volume. Lorsqu'on les comprime, la verge étant en érection, on provoque quelquefois une douleur assez prononcée. Ces tumeurs déterminent une gêne mécanique aux fonctions de la génération : en effet, le sang arrive dans toute l'étendue des corps caverneux, excepté vers le point oîi se trouve la tumeur ; la verge présente une courbure du côté où la tumeur existe. On comprend que la déformation de la verge sera en raison du nombre, du volume et de la position de ces nodosités. La configuration quelquefois bizarre rend le coït souvent très difficile, en outre l'éjaculation est imparfaite : souvent le sperme coule en bavant et quelquefois ne sort que quand la diminution de l'érection a diminué l'irrégularité du développement des corps caverneux

Est-il possible de faire disparaître de semblables tumeurs à l'aide des fondants et des résolutifs? On a enregistré quelques cas de guérison qui auraient été obtenus à l'aide des frictions mercurielles et des douches d'eaux minérales, et de Barèges surtout, au dire de La J Peyronnie. Mais le moyen qui semble réellement efficace est d'enlever ces nodosités à l'aide d'une opération ; il faut se rappeler que celle-ci n'est pas sans dangers, qu'elle est souvent impraticable à cause du

(1) Dransart, Abcès urineicx {Progrés médical, 1873).

Page 1