TESTICULE SYPHILITIQUE
le fongus du testicule, alors que l'on veut conserver cet organe, sont souvent bien insuffisants. Les médicaments internes ne produisent aucun résultat avantageux, la compression peut être utile lorsque la maladie est peu avancée ; les astringents ont paru, dans quelques cas, faire diminuer le fongus, mais il ne faut pas trop compter sur leur action.
Les seuls moyens réellement actifs nécessitent la perte partielle ou totale du testicule; telles sont la cautérisation, la ligature et l'excision, qui font disparaître toute la partie saillante, par conséquent une partie des tubes séminifères, car on ne devra jamais compter sur l'absorption de la matière jaune interposée entre les tubes et sur la possibilité de faire rentrer les tubes dans leur coque. Malgré cet inconvénient, nous croyons que ces moyens sont encore ceux auxquels on devra avoir recours; on se rappellera que la ligature est extrêmement douloureuse et que l'excision expose à des hémorrhagies. La cautérisation avec les caustiques est de beaucoup préférable ; l'amadou trempé dans une solution de chlorure de zinc est ce qu'il y a de mieux; on renouvelle les applications jusqu'à ce que la tumeur soit détruite.
Lorsque l'on aura fait disparaître toute la partie saillante, on tâchera, à l'aide d'une compression méthodique, d'empêcher la sortie d'une nouvelle quantité de tubes.
Quant à la castration, elle est complètement inutile ; elle serait tout au plus applicable aux cas oii tous les tubes séminifères sont sortis de leur coque, à ceux où le cordon est dur, engorgé; cette opération aurait pour seul avantage de rendre la guérison plus rapide.
§ n. — Testicule syphilitique (1).
Indiquée vaguementparAstruc, décrite avec plusdesoinpar B. Bell, cette maladie a surtout fixé l'attention d'A. Gooper au commencement de ce siècle. Dans ses œuvres chirurgicales, cet auteur s'est attaché surtout à bien faire connaître la cause, le siège, l'altération du testicule syphilitique; et, si les huit observations qu'il rapporte à l'appui de sa doctrine ne sont pas toutes concluantes pour un esprit sévère, il n'en faut pas moins reconnaître que le premier il a ouvert la voie que les chirurgiens ont suivie pour élucider cette question. Depuis cette époque, A. Bérard, dans sa thèse (2), Vidal, MM. Ricord et Velpeau,
(1) Ce chapitre a été fait jadis avec une leçon clinique de Nclalon. Nous l'avons respecté intégralement. On n*u presque rien ajouté, si ce n'est qu'à l'albuginite syphilitique de Ricord on a joint une orchite syphilitique interstitielle et des gommes du testicule (Virchow). Enfin on a admis aussi une épididyniitc syphilitique (Dron).
(2) A. Bérard, Des divers emjorgemenls du Icslicule, thèse pour le concours de cli* nique externe. Paris, 1834.
480 AFFECTIONS DES OHGANES GÉNITAUX DE l'uOMME.
se sont occupés, chacun de leur côlé, du testicule syphilitique.
Cet engorgement vénérien de la glande séminale est loin d'être rare, etnousen voyons tous les ans de nombreux exemples dans les hôpitaux. Cependant quelques auteurs d'un grand mérite, Swédiaur, W. Hunter, ne se rappellent pas avoir observé aucun cas de cette espèce dans leur immense pratique. Dans un mémoire fort bien fait, et que l'on consultera avec fruit, M. de Castelnau a écrit que l'affection syphilitique du testicule était beaucoup plus rare qu'on ne le croyait généralement. D'après lui, l'orchite chronique aurait été plus d'une fois décrite sous ce nom (1).
Il existe donc une grande dissidence entre les auteurs sur ce sujet; mais cette dissidence est plus apparente que réelle, et il n^est pas bien difficile de concilier toutes les opinions. En effet, comme le dit très bien B. Bell, l'opinion que l'on se fait sur le testicule syphilitique est liée en quelque sorte à l'idée que l'on adopte sur la nature du virus vénérien. Ceux qui ont cru à la nature syphilitique delà blennorrhagie ont trouvé tout naturel que l'engorgement chronique du testicule pût en être la conséquence, et l'ont appelé orchite syphilitique.
Les autres, au contraire, regardant la blennorrhagie et la syphilis comme deux affections tout à fait distinctes, recherchent avec soin les symptômes syphilitiques antécédents avant de se prononcer sur l'engorgement testiculaire, et réciproquement les signes anatomiques et séméiotiques, une fois bien constatés, on peut à coup sûr chercher des traces de syphilis antécédente, qui ne peuvent manquer de répandre une vive lumière sur une affection souvent obscure et toujours difficile à reconnaître.
[Ricord et ses contemporains n'admettaient que l'albuginite commé lésion essentielle du testicule syphilitique. M. Reclus, dans son travail sur le testicule syphilitique, tout en admettant les opinions anciennes de M. Ricord et de Virchow, les deux variétés de testicule syphilitique, Valbuginite et la gomme, décrit une lésion qu'il désigne sous le nom de sarcocèle scléro-gommeux. Cette définition, suivant lui, serait justifiée par la marche de la lésion, qui semble être d'abord une sclérose du testicule, ce que les micrographes avec Virchow appellent l'orchite interstitielle. M. Reclus rattache en outre le fongus bénin superficiel et le fongus bénin profond ou parenchymateux ou sarcocèle scléro-gommeux (2)].
Symptomatologie. — Au début, le testicule augmente de volumé
(1) Je vais plus loin et je n'admets pas de testicule syphilitique franc, on conçoit des orcliites chroniques et des tubercules accidentels chez les syphilitiques qui reconnaissent pour cause les mêmes accidents qui produisent ces lésions en dehors de toute syphilis (Després, Chirurg. journalière, loc. cit.).
(2) Reclus, De la syphilis du testicule. Paris, 1882.
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sans que nul accident puisse venir expliquer la cause de cette manifestation morbide. Les douleurs sont à peine marquées, la gêne peu considérable et les fonctions nullement dérangées; aussi les malades n'y attachent qu'une médiocre importance ; mais peu à peu le volume de la tumeur augmente ; son poids est devenu plus incommode, et des douleurs s'y font sentir.
La tumeur est composée de deux parties : 1° une hydrocèle dont l'existence est à peu près constante dans cette espèce d'affection ; 2' le testicule et l'épididyme qui présentent des caractères fort importants.
En déprimant la couche du liquide placée entre les doigts et le testicule, on touche une masse très dure, très compacte, divisée en plusieurs segments en avant et en arrière qui offrent des granulations ou des aspérités. Cette masse, indurée et comme hérissée de petits mamelons saillants du volume d'un petit pois, n'est autre que le testicule lui-même; car on peut s'assurer d'une manière positive qu'elle se continue en haut avec le canal déférent, qui reste généralement sain; mais il est difficile de séparer nettement le corps du testicule de l'épididyme, tant la déformation est considérable. On constate une augmentation de volume de l'épididyme et du corps du testicule. Malgré le liquide, nous avons constaté un accroissement considérable ' de l'épididyme. La moitié de cet organe est enchâssée dans le corps I du testicule (comme un œuf dans un coquetier). Le corps du testicule : semble donc diminué, mais il présente à peu près son volume norm ai
• et à la surface de l'albuginée on sent de petits mamelons chagrinés de
• volume variable; quelques-uns ont à peine les dimensions d'une tête ' d'épingle, d'autres d'un pois et môme d'une amande. Ces déformations
• extérieures à la glande séminale, déjà signalées par A. Cooper, sont i produites par un épanchement de lymphe plastique à la surface de la I tunique albuginée. Ce sont des couches pour amsi dire stratifiées en I forme de zones concentriques, souvent assez régulièrement arrondies, « quelquefois couvertes d'aspérités saillantes et, dans certains cas, offrant
au toucher une sorte de mobilité trompeuse. L'épididyme est comme , pelotonné sur lui-même de la tête à la queue.
Le plus souvent, dans l'état de repos, la partie est presque toujours ( complètement indolente, même à la pression ; cette douleur est d'autant jf plus obtuse, que la maladie est plus ancienne; quelquefois la tumeur > est un peu douloureuse, pendant la marche ou tout autre exercice ; <i dans ces dernières circonstances, la principale incommodité dépend
de la gêne mécanique que la tumeur apporte aux mouvements. Les douleurs, quand elles existent, dépondent presque toujours des i- tiraillements que la tumeur exerce par son poids ; elles prennent raren ment le caractère qui appartient à certaines autres manifestations
SÉLATON. — PATH. CHin. Y, g.
482 AFFEcrroNS des organes génitaux de l'homme.
syphilitiques, et dans ce cas elles ne se font pas plus sentir la nuit que le jour ; l'exacerbation nocturne n'est donc point un symptôme certain de l'affection syphilitique du testicule, comme le pensait A., Gooper; et, du reste, quoique cet auteur ait émis cette opinion dans plusieurs passages, on n'en retrouve cependant la preuve dans aucune de ses observations.
Les fonctions génitales conservent au moins pendant longtemps toute leur vigueur.
Diagnostic. -— Il est souvent assez difficile ; cette maladie peut être confondue avec l'orchite chronique, avec les tubercules et le cancer i du testicule (1).
Les antécédents ont une grande valeur pour élucider le diagnostic. Des chancres précèdent le testicule syphilitique; des traces de scro- . fuies peuvent aider à reconnaître le testicule tuberculeux ; l'orchite : chronique blennorrhagique se présente avec des caractères spéciaux que nous avons indiqu^^s dans le paragraphe précédent.
Dans le testicule syphilitique, la douleur est sourde, légère, quelque- • fois nulle, elle diminue à mesure que le mal fait des progrès. Dans le testicule cancéreux, la douleur est vive et lancinante ; il semble au : malade qu'on lui enfonce des aiguilles à travers la tumeur. Cette douleur est intermittente, et se propage souvent dans la région lom- ■ baire. Au début, à peine sensible, elle augmente chaque jour avec le i volume de la tumeur, et fmit par devenir intolérable. Dans le testicule i tuberculeux, la douleur, nulle au début, devient vive, à mesure que la i fonte purulente arrive, et que la maladie passe à l'état aigu.
Dans le testicule syphilitique parvenu à une certaine période, il y a i presque toujours une hydrocèle : c'est la règle commune, et l'absence ' de l'épanchement doit être considérée comme une exception. Dans le testicule tuberculeux, l'absence du liquide est la règle, et sa présence | forme l'exception (2).
Les tubercules arrivent plus ou moins vite à la période de ramollissement; alors les productions morbides s'isolent, se circonscrivent; la peau devient de plus en plus adhérente à leur niveau; elle s'amincit, se perfore. Dans le testicule syphilitique, les couches plastiques qui composent la tumeur augmentent en se stratifiant, ne se ramollissent jamais, vont toujours croissant; la peau est saine, sans adhérences. Le testicule cancéreux a une forme d'abord régulière ; sa surface est lisse, unie; sa consistance assez ferme. Les téguments sont parfaitement sains et mobiles; mais bientôt la tumeur augmente de volume,
(1) Pendant un an, un cancer double du testicule a été traité pour un testicule sypliilitique par MM. Guyot cl Mauriac {Bull. Soc. anaiomiqtie, 1870, p. 385).
(2) C'est exactement ce (ïue j'ai signalé dans les orchitcs clironiqMes. (A. D.)
TJîSTICDLt; SYPHILITIQUE. 483
et peut môme devenir énorme; puis la masse morbide se ramollit, et de larges bosselures dépressives et fluctuantes apparaissent^ sa surface. Le scrotum devient adhérent et s'ulcère.
Dans le testicule tuberculeux, on constate en touchant, par le rectum, que la prostate et les vésicules séminales offrent le plus souvent des altérations analogues; rien de semblable dans le syphilitique : à moins de complications, le mal ne gagne ni le canal déférent, ni le cordon, ni les vésicules séminales, ni la prostate, et il ne va pas retentir dans les ganglions inguinaux et lombaires. Le testicule cancéreux se propage par le cordon jusque dans la cavité abdominale Les ganglions du cordon et ceux de la région rénale deviennent cancéreux, et l'on peut, par la palpation, constater à travers la paroi abdominale un chapelet de noyaux agglomérés.
Les deux testicules sont plus fréquemment affectés dans le testicule syphilitique, et le plus souvent un seul est malade d'abord dans l'affection tuberculeuse.
Dans le testicule tuberculeux, la sécrétion du sperme, l'éjaculation languissent et cessent bientôt à cause des progrès de l'évolution tuberculeuse. Dans le testicule vénérien, l'altération siège dans l'albuginée. Le tubercule naît, se développe et suppure dans le parenchyme même de la glande séminale, qu'il détruit plus ou moins complètement.
L'une de ces affections est curable par l'iodure de potassium et le traitement antisyphilitique. L'autre se joue de tous nos moyens et marche sans cesse vers une fâcheuse terminaison.
Pronostic. — 11 est favorable, mais il faut du temps : trois, quatre mois, un an de traitement sont parfois nécessaires pour obtenir un résultat complet.
Traitement. — Le traitement, disait Nélaton, le plus propre à triompher de cette affection est celui qui convient aux accidents syphilitiques tertiaires ; on commence par donner au malade 1 gramme d'iodure de potassium par jour dans 125 grammes d'eau ; les doses doivent être portées assez rapidement à 2, 3, 4 grammes dans les vingt-quatre heures, et l'on peut ajouter une pilule de 2 centigrammes de protoiodure de mercure.
Si Thydrocèle ne disparaît pas d'elle-même sous l'influence du traitement, on fait une ponction, et le liquide ne se reproduit point, ou, s'il se montre de nouveau, il est en si petite quantité, qu'on peut le néghger sans inconvénient, car il est bien résorbé. [Pour moi je fais dans ces cas une ponction et une injection iodée et j'ai guéri ainsi des testicules dits syphilitiques, sans traitement spéciflque].
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§ III. — Affections nerveuses du testicule et du cordon spermatique.
Irritabile testis.
La névralgie du testicule est une affection assez rare; à peine si avant le comniencement de ce siècle elle avait appelé l'attention des praticiens ; Pouteau (1) cependant en a publié une très bonne observation. On n'en trouvait dans les annales de la science qu'un très petit nombre, lorsque, dans son Traité des maladies du testicule, A. Gooper consacra un chapitre très important à cette cruelle affection. Dans un mémoire très bien fait, publié en 1841, M. Sarrau (2) a rassemblé les cas les plus intéressants, en fit connaître de nouveaux et a tracé une histoire complète de cette maladie.
Symptomatologie. — Ordinairement la névralgie du testicule débute d'une manière insensible, les malades ressentent dans l'organe malade une pesanteur, une sorte de malaise qui s'étend le long du cordon dans la région hypogastrique, et se fait même quelquefois ressentir au périnée et à l'anus ; à ce malaise s'ajoutent bientôt des fourmillements, des picotements insupportables. Il est rare que l'attention du malade soit appelée sur ce commencement de la maladie ; M. Sarrau rapporte cependant l'histoire d'un sujet qui n'avait jamais oublié cette première invasion de la maladie, laquelle s'était montrée dès l'âge de neuf ans. A des époques variables, cette série de symptômes se reproduit et disparaît de nouveau; ces phénomènes se succèdent presque toujours d'une manière irrégulière, jusqu'à l'époque de la puberlé. Alors la scène change j au lieu du malaise signalé plus haut, les malades éprouvent tout à coup et souvent sans cause appréciable une douleur vive qui, partant du testicule ou de ses annexes, se propage à la région hypogastrique, à l'abdomen, à la cuisse, et simule par son intensité des coliques néphrétiques. Le scrotum est contracté, le testicule est fortement appliqué contre l'anneau inguinal; le moindre frottement, le plus léger attouchement exaspère encore ces douleurs. Pendant ces attaques le malade ne peut garder aucune position ; tantôt il fléchit le tronc en avant, tantôt il le redresse avec violence, les douleurs sont tellement vives, qu'il se roule dans son lit et quelquefois sur le sol; il n'est pas rare de voir survenir des nausées, des vomissements.
Ces attaques sont variables, quant à leur durée et à leur fréquence; ordinairement elles durent de cinq à six heures, elles se montrent à des intervalles plus ou moins éloignés, tantôt brusquement, tantôt elles
(1) Pouteau, (Euvres posthumes, t. I, p. 246. Paris, 1783.
(2) Sarrau, Essai sur la névralgie du testicule. Thèse, Paris, \U{