‹ Éléments de pathologie chirurgicaleChapitre 10 sur 102 · I. — Ce qu'il faut faire avant le combat · texte numérisé non relu

I. — Ce qu'il faut faire avant le combat

Pour ce qui a trait au premier cas, tous les ■préparatifs spéciaux (ce sont les seuls dont nous ayons à nous occuper ici) peuvent se résumer dans le choix d'un emplacement destiné à recevoir les blessés pendant l'action elle-même, et dans les moyens de faciliter à ces blessés l'arrivée facile en ce point.

Du poste de combat des chirurgiens. — Quand on songe au grand nombre d'hommes accumulés dans un étroit espace à bord des vaisseaux renfermant avec les combattants, non -seulement de grandes quantités de munitions de guerre, mais encore des vivres pour de longs mois et tous les rechanges d'un matériel considérable, on comprend sans peine que le défaut d'espace pour recevoir des blessés et les maintenir à l'abri des projectiles soit l'objet des plus grandes préoccupations des chirurgiens embarqués. Certaines batailles navales, celle de Trafalgar par exemple, ont mis à bord de quelques vaisseaux, et en quelques heures, plusieurs centaines d'hommes dans l'impossibilité de rester exposés au feu de l'ennemi.

Les ordonnances anciennes, n'ayant en vue que les bâtiments à voile, avaient assigné la cale comme poste de réception et le faux pont comme lieu de dépôt des hommes atteints; mais si cette désignation est et doit être conservée en principe parce que ces parties des navires sont assez soustraites à l'action des projectiles par leur situation au-dessous de la ligne de flottaison, il est presque impossible d'indiquer d'une manière certaine où doivent être placés les postes de combat.

Nous disons les postes, parce que la lecture des leçons sur le service chirurgical de la llotte en temps de guerre de M. Rochard (1), démontre la nécessité d'avoir deux emplacements de réception pour parer aux inconvénients qui résultent de la longueur considérable des constructions navales de notre époque et des entraves qu'apporte à la libre communication de l'avant à l'arrière des navires la présence de la machine au centre de la cale.

Ces deux conditions nouvelles constituent en effet des obstacles assez notables à la convergence rapide des blessés vers le point où ils doivent recevoir les soins nécessaires à leur état.

Ce qui complique considérablement la question du poste de combat des chirurgiens est, de plus, l'extrême différence que présentent les enmiénagements intérieurs non-seulement des navires de guerre en général, mais encore des bâtiments de même type.

M. Rochard a donné le plan d'un certain nombre de vaisseaux et de frégates, et montré quel était le lieu qui, dans chacun d'eux, devait être affecté au service chirurgical, mais la nature de cet ouvrage nous oblige à ne point le suivre dans ces détails. La conclusion de ce médecin justifierait d'ailleurs notre abstention, car il dit que chaque cas particulier doit être abandonné à l'initiative du commandant et du chirurgien-major.

Voici d'ailleurs quelques - unes des réflexions judicieuses de M. Rochard :

« Depuis quelques années notre flotte est en voie de se transformer. Partout les navires à vapeur remplacent les bâtiments à voile, qui bientôt ne figureront plus dans nos escadres qu'à titre d'exception. Un changement aussi radical ne pouvait s'effectuer dans un temps aussi court sans laisser quelque chose à désirer, quelques imperfections à faire disparaître.

» L'introduction dans les frégates et dans les vaisseaux d'une machine placée au centre du navire, occupant avec ses soutes la majeure partie de la cale et du faux pont, a considérablement restreint l emplacement réservé aux approvisionnements de toute espèce. Malgré la longueur insolite qu'on a donnée aux bâtiments, elle a fait changer tous les emménagements. Les difterentes parties du service intérieur ont dû s'en ressentir; quelques-unes ont été nécessairement sacrifiées; celle qui concerne les blessés est de ce nombre. Le poste qui leur était assigné pendant le combat a cessé d'exister, et les prescriptions sommaires du décret du 15 août ne sont plus applicables. 11 ivesl pas possible aujourd hui de leur en substituer de nouvelles, à moins de faire un règlement spécial pour chaque navire, car les tâtonnements inévitables

(1) Leçons anveaées à la Chirurgie navale de i. Saurel. Taris, 1861.

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toutes les fois qu'on entre clans une voie nouvelle ont fait varier à l'infini les dispositions intérieures des bâtiments. »

Kii résumé et l'adoption de deux postes de blessés étant admise en principe pour les grands navires^, on doit choisir dans la cale l'emplacement le plus convenable et surtout le plus étendu en superficie, à l'avant et à l'arrière de la machine. Les parties les mieux protégées du faux pont seront réservées pour les places de dépôt des blessés visités et pansés. Certaines soutes à charbon présentent sous plusieurs rapports, et particulièrement sous celui de l'espace, des avantages tout spéciaux dont il faudrait profiter, comme cela a eu lieu pour les frégates l'Hermione et la GueriHère.

Ces règles sont, nous devons l'ajouter, applicables surtout à l'ancien matériel ; l'introduction des vaisseaux cuirassés dans la marine et l'extension considérable que va prendre ce genre de constructions après les célèbres expériences du Merrimac et du Monitor, donnent moins d'importance qu'autrefois aux considérations de protection qui rendaient obligatoire la situation des postes de combat des chirurgiens dans les parties profondes des bâtiments de guerre.

Les navires à cuirasse, étant au moins pour quelque temps presque à l'abri des boulets, auront infailliblement moins d'hommes mis hors de combat (ce que l'on a déjà constaté à Rinburn, pour les batteries fiottantes la Tonnante, la Lave et la Dévastation] ; le faux pont peut ainsi devenir à la fois le poste des chirurgiens et le lieu de dépôt des blessés.

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