CHAPITRE XII
TUMEURS GLANDULAIRES HYPERTROPHIQUES.
Il est un certain nombre de tumeurs que l'on rencontre dans le tissu propre des glandes, et qui ont été pendant longtemps confondues avec des tumeurs fibreuses, des tumeurs cancéreuses, etc. Mais l'examen à l'aide du microscope a montré que le tissu de ces productions était identique avec le tissu de la glande au miheu de laquelle elles s'étaient développées; aussi sont-elles désignées actuellement sous le nom d'hypertrophie glandulaire, de tumeui^s adénoïdes, ce dernier nom leur a été donné parM. Velpeau qui les a surtout étudiées dans le tissu de la mamelle. Chacune de ces tumeurs présente, on le conçoit, des particularités qui se rattachent principalement à la région dans laquelle elles se développent, néanmoins nous avons pensé qu'il serait utile de fornmler ici quelques propositions générales propres à toutes les tumeurs hypertrophiques.
Elles peuvent se montrer dans toutes les espèces de glandes, dans
^l26 ÏUMKUUS (iLANDULAlHES llYl'EKTHOl'JliUUES.
les follicules simples ou agniinés, dans les glandules, dans les glandes proprement dites; ces dernières sont incontestablement les plus inté. ressantes au point de vue clinique.
A la suite d'une irritation incessante de la peau, il n'est pas très rare de voir les follicules sébacés et les follicules pileux se développer. Les kystes sébacés n'ont souvent pas d'autre origine qu'un follicule hypertrophié et dont le goulot a été oblitéré ; il n'est pas rare de voirie système pileux se développer autour d'une tumeur blanche ou d'une tumeur anévrysmale. L'hypertrophie des follicules muqueux est encore plus évidente; nous aurons à étudier l'hypertrophie des amygdales, celles des follicules du corps de l'utérus. iNous nous bornerons à faire remarquer qu'il est assez fréquent d'observer l'hypertrophie des follicules isolés ou agminés de Tintestin^, ces lésions appartiennent à la pathologie interne.
L'hypertrophie des glandes labiales constitue quelquefois une difformité qui nécessite l'intervention du chirurgien^ il en est de même de l'hypertrophie des glandules du voile du palais. Nous avons depuis longtemps démontré qu'un certain nombre de tumeurs du voile du palais n'étaient autre chose qu'une hypertrophie glandulaire et que l'énucléation de ces tumeurs était souvent extrêmement facile. Nous reviendrons d'ailleurs sur ce sujet lorsque nous traiterons des affections de la bouche.
L'hypertrophie des glandes offre, avons-nous dit, un plus grand intérêt. Elle peut être générale o\x partielle.
Dans l'hypertrophie générale, l'organe augmente de volume, de poids, de consistance, souvent sa forme change, ce qui est dû à l'inégalité de développement des divers lobules de la glande. Dans quelques cas la tumeur hypertrophique est infiltrée de sérosité, sa consistance est moindre que celle de la glande elle-même; lorsqu'au contraire l'hypertrophie porte sur les éléments fibreux de la glande, la consistance est beaucoup plus considérable qu'à l'état normal.
Ces tumeurs gênent par leur poids, par leur volume, elles causent de la douleur par la pression qu'elles exercent sur les tissus au milieu desquels elles se développent, et enfin déterminent des troubles fonctionnels en rétrécissant ou en oblitérant les canaux circonvoisins, c'est ce qui arrive en particulier pour la prostate dont l'hypertrophie est cause très fréquente de rétention d'urine. Nous aurons d'ailleurs à revenir sur les caractères analomiques, sur les symptômes et le traitement de ces tun)curs, lorsque nous traiterons des affections des différents appareils organiques.
A côté des tumeiu-s glandulaires hypertrophiques nous devons placeices tumeurs qui se montrent dans des régions dépourvues de glandes.
TUMEUllS i-'IBllEUSES. Z|27
et qui n'en ont pas moins tous les caractères anatomiques des parenchymes glandulaires. M. Robin qui en a donné une bonne description (1) les désigne sous le nom de tumeurs hétéradéniques. Masses lo])ées divisées en lobules par du tissu cellulaire, vaisseaux sanguins se distribuant à ces masses, tels sont les caractères de ces tumeurs ; bien plus, si on en examine des portions àl'œil nu ou plutôt armé d'un instrumentgrossissant, on trouve des granulations semblables à celles des glandes dépourvues de canaux excréteurs et souvent des glandes en grappes.
Ces tumeurs sont assez rares, M. Robin en a observé huit cas; presque toutes ont été vues à la tête : dans les sinus maxillaires, les cellules de rethmoïde, dans l'orbite, dans la région parotidienne, dans l'épaisseur du nmscle masséter ; une seule tumeur a été observée à la région cervicale entre les deux lobes écartés du corps thyroïde resté sain.
Il nous reste peu de chose à ajouter pour compléter ce qu'il est possible de dire relativement à ces tumeurs, elles n'ont pas encore été assez souvent observées pour que l'on puisse en tracer l'histoire d'une manière suffisante, tout ce qu'on sait c'est que par leur développement elles finissent par amener la difformité de la partie, par comprimer les tissus voisins et par les envahir en se substituant à eux; on comprend dès lors que les troubles fonctionnels qui résultent de leur présence doivent varier avec la région affectée.
L'extirpation est le seul mode de traitement qui leur soit applicable.