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Sur un cheval blanc. MM. Trousseau et Leblanc ont trouvé le tissu cellulaire sous-péritonéal, dans l'étendue de deux pieds carrés au moins, d'une teinte bistre, uniforme, tout à fait semblable à celle du réseau muqueux de la peau d'un mulâtre. Ces auteurs ont encore eu de nombreuses occasions d'observer cette infiltration dans les muscles.
Le tissu osseux est un de ceux qui présentent le plus fréquemment cette infiltration. La plupart des os du malade mort dans notre service otîraient en quelques points cette altération de couleur ; mais la densité, la cohésion et les autres propriétés du tissu ne paraissaient point changées : on a noté la friabilité des os dans ces circonstances.
Est-ce à l'infiltration de la matière mélanique qu'il faut attribuer la coloration noire qui complique certains produits accidentels, ou quelques dégénérescences de tissus, comme les tubercules, les cancers, etc.? Ne doit-on pas les rapporter quelquefois à une phlegmasie chronique ou à la présence du sang dans les mailles de leur tissu ?
G. Mélanose déposée sous forme de couche solide à la surface des membranes. — C'est surtout dans le péritoine que Ton a observé cette variété : celle-ci, mieux observée, devra probablement rentrer dans la précédente ; car, d'après la remarque de M. Andral, ce ne sont que de fausses membranes colorées en noir ou infiltrées de mélanose.
D. Mélanose à l'état liquide. — Les anatomo-pathologistes rapportent à cette quatrième et dernière forme les matières d'un noir plus ou moins foncé rendues par le vomissement dans certaines afîections de l'estomac, celles que l'on rencontre dans le péritoine à la suite de certaines phlegmasies chroniques de cette séreuse.
Après avoir indiqué les rapports de la mélanose avec les organes environnants et les tissus où elle se trouve, nous devons l'étudier isolément, c'est-à-dire exposer ses propriétés physiques et chimiques. — C'est une matière homogène, dont nous avons déjà noté la consistance et la couleur. Elle est à peu près inodore et insipide (Breschet), opaque, miscible à l'eau, insoluble dans l'alcool et l'éther. La peau et le linge tachés par cette substance perdent cette coloration par le lavage.
Au microscope on trouve la mélanose constituée par des granules et des globulins. Les granules sont de petits corps qui ont 1/400*= à 1/500"= de millimètre. Les globulins sont plus volumineux, ils atteignent jusqu'à 1/2U0^ de millimètre; ils se déposent dans l'intervalle des éléments anatomiques normaux, pénètrent dans les cellules dont le noyau est plus ou moins masqué par ces granulations; ces petits corps sont en nombre d'autant plus grand que la matière était plus noire. M. Gruby l'a trouvée constituée par des vaisseaux à parois si minces, que, suivant lui, ils doivent se rompre chaque fois qu'une injection est poussée dans leur intérieur; entre ces vaisseaux se trouverait un très grand nombre de cellules contenant un petit noyau central de matière mélanique.
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L'examen comparatif des diverses analyses qui ont été faites par les chimistes démontre que la matière mélanique contient tous les éléments naturels du sang : ainsi on y trouve de l'albumine, de la fibrine, des sels alcalins, de potasse et de soude, du fer, etc.
Il n'est pas facile de donner une idée de la nature et de l'origine de la mélanose. Les uns, en effet, avec Noack, MM. Trousseau et Leblanc, la regardent comme une déviation du pigment ; d'autres auteurs, tels que MM. Breschet et Andral, comme une altération particulière du sang.
Symptomatologie. — La mélanose ne présente pas, suivant M. Cazenave, de symptômes qui lui soient particuliers. Nous allons néanmoins essayer d'indiquer les principaux phénomènes présentés par les malades dont on a publié les observations. La peau offre ordinairement des taches noirâtres, de forme et de grandeur variables, et qui ont plus ou moins de ressemblance avec de véritables ecchymoses. Dans les points correspondants à ces dernières, ou dans des parties plus ou moins éloignées, on trouve presque toujours, soit dans l'épaisseur même de la peau, soit dans le tissu cellulaire sous-cutané, de petites tumeurs dures, peu élastiques, de couleur noirâtre, pouvant être indolentes, ou devenir le siège de douleurs faibles qui n'ont point de caractère particulier. Aussi, le plus souvent, le hasard seul fait-il découvrir au malade ou au médecin la présence de ces corps mobiles dans le tissu souscutané, la douleur ou la coloration de la peau ne forçant que très rarement l'un ou l'autre à y porter leur attention. La tumeur reste plus ou moins longtemps stationnaire. Puis il peut arriver deux choses : ou bien ses dimensions augmentent insensiblement jusqu'à la mort, ou bien elle s'excorie. L'ulcération qui en résulte est le plus souvent le produit de frottements continuels : aussi ne les observe-t-on généralement que dans les parties qui y sont les plus exposées. Il n'existe dans la science que deux ou trois cas où l'ulcération paraît devoir être attribuée à une désorganisation spontanée, et non point au frottement continuel de quelque corps sur la tumeur. Quoi qu'il en soit, dans ces cas, la surface ulcérée verse continuellement un liquide noir, à peu près inodore, qui offre beaucoup d'analogie avec la matière mélanique.
Gomme symptômes généraux, nous noterons la prostration générale des forces, la diminution de la sensibilité, une sorte d'apathie qui rend le malade indifterent à tout ce qui se passe autour de lui. Les autres symptômes que l'on peut observer, tenant aux troubles fonctionnels des différents appareils affectés de mélanose, n'appartiennent point en propre à cette dernière.
L'œil est un des premiers organes dont les fonctions s'altèrent, et la marche de la maladie y paraît plus rapide qu'ailleurs ; elle y débute souvent par la choroïde, refoule la rétine et offre les signes de l'amaurose : plus tard la sclérotique s'amincit, l'affection se communique
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au tissu cellulaire ambiant, et l'on voit bientôt survenir un exorbitis.
La durée de cette affection est d'autant plus difficile à préciser, que l'on ne peut savoir à quelle époque elle a débuté, quel est le tissu qui en a été primitivement le siège; on ignore également si c'est dans les muscles, dans le foie ou ailleurs que la matière mélanique s'est d'abord déposée. La mélanose parait se terminer toujours par la mort au bout de deux ou trois ans : aussi le pronostic en est-il fort grave.
Diagnostic. — La plupart des auteurs, Laennec et Alibert entre autres, n'ont point parlé du diagnostic différentiel ; cela devait être, puisqu'ils réunissaient sous une seule et même dénomination la inélanose et le cancer mélané. Malgré les rapports qui peuvent rapprocher ces deux maladies, leurs différences sont assez nombreuses pour en faire deux affections distinctes. Comme caractères communs, il faut noter la coloration noire du produit morbide, et l'impossibilité d'arrêter les progrès de la maladie. Dans le cancer mélané, la maladie consiste dans une désorganisation de tissu s'étendant de proche en proche aux parties voisines, qu'il envahit à l'instar des autres formes du cancer, les ganglions lymphatiques correspondants sont aussi affectés; tandis que la mélanose paraît constituée par un produit de nouvelle formation qui se rencontre dans des tissus pour ainsi dire inaccessibles au cancer. Si dans la mélanose on rencontre quelquefois des ulcérations, celles-ci sont le plus souvent dues au frottement, travail pathologique bien différent de l'ulcération cancéreuse. Ainsi pensons-nous que la mélanose est une affection sui gêner is.
Traitement. — Nous devons avouer que nous ne connaissons pas de moyen capable de guérir la mélanose ou d'en arrêter seulement les progrès. L'extirpation elle-même, qui peut jusqu'à un certain point retarder la terminaison funeste des maladies cancéreuses, ne peut donner ici aucun espoir de cette nature, puisque la mélanose existe en niême temps dans toute l'économie, et que l'ablation d'une masse mélanique superficielle n'entravera point le développement de celles qui se trouvent dans les viscères. On ne doit recourir à l'instrument tranchant que si la tumeur est superficielle, et qu'en même temps elle amène trop de gêne dans les fonctions des organes voisins. C'est dans ces cas que des chirurgiens ont pu extirper celles qui se trouvaient dans l'orbite.
Disons enfin que M. Gazenave prétend avoir constaté sur un malade que l'usage des bains faisait diminuer les tumeurs appréciables au toucher [Dictinnnaire de médecine, t. XIX, art. Méi.anosk).