‹ Éléments de pathologie chirurgicaleChapitre 60 sur 102 · SOO AFFECTIONS DE LA PEAU · texte numérisé non relu

SOO AFFECTIONS DE LA PEAU

neuse et de forme presque liémisphérique. Ces deux variétés ont été décrites sous des noms différents : la première constitue le furoncle proprement dit; la seconde a pris le nom à' anthrax simple, bénin ou furonculeux, par opposition aux affections charbonneuses qu'on désigne quelquefois sous la dénomination A'anthrax malin; mais l'anthrax bénin e?t l'anthrax malin ne présentent entre eux aucune analogie. Pour éviter toute confusion à l'avenir, et rendre au langage la sévérité qu'il doit avoir, nous conserverons à la seconde variété de l'affection furonculeuse le nom d'ant/trax, et aux tumeurs charbonneuses celui de charbon, sous lequel elles sont plus généralement connues.

A son début, le furoncle dépasse à peine le niveau de la peau ; mais le deuxième et le troisième jour, il s'accroît rapidement, et revêt l'aspect acuminé qui lui est propre. Il se présente alors sous la forme d'une tumeur de petite dimension, circulaire à sa base, pointue à son sommet, dure et chaude au toucher, présentant une rougeur foncée. Cette tumeur est le siège d'une douleur vive, continue, à la fois brûlante et lancinante.

Du troisième au sixième jour, on la voit pâlir à sa pointe, qui bientôt blanchit; l'épiderme soulevé et tendu ne tarde pas à se rompre, et sur la face externe du derme mise à nu, on observe un pertuis de 2 à k miUimètres de diamètre. Ce pertuis, si régulier qu'il semble taillé avec un emporte-pièce, forme l'orifice externe d'un canal qui se dirige du sommet vers la base de la tumeur en s'élargissant, et en suivant la direction de son axe. Par cette perforation des téguments s'écoule un peu de pus sanieux mêlé à des grumeaux formés par une matière grisâtre et pulpeuse. Ces grumeaux sont les débris du bourbillon, qui est souvent éliminé par fragments, mais qui peut aussi être expulsé en masse, lorsque l'ouverture placée au sommet de la tumeur est assez grande pour lui livrer passage.

Quelle est la nature du bourbillon? Faut-il le considérer comme une eschare celluleuse, ou comme un simple produit de sécrétion? L'inllammation ayant été localisée à bon droit dans les paquets celluleux des aréoles du derme, les auteurs se sont complu à décrire dans ces paquets et ces aréoles des parties contenues et des parties contenantes : les premières susceptibles, lorsqu'elles sont irritées, d'acquérir un volume plus considérable; les secondes, denses et résistantes : d'où ils ont été conduits à penser qu'il y avait étranglement et gangrène du tissu cellulaire, et que ce tissu, isolé plus tard par la suppuration à la manière de toutes les eschares, constituait le bourbillon. Disons tout de suite que cette théorie renferme une double erreur; qu'il n'y a pas d'étranglement; que le bourbillon n'est pas du tissu cellulaire gangrené, mais un simple produit de sécrétion, une véritable pseudo-membrane.

1° // n'y a pas d' étranglement. — En effet, les aréoles du <lerme, les unes

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coniques^ les autres hémisphériques, sont toutes tellement disposées, qu'elles correspondent, par une base largement épanouie, au tissu cellulaire sous-cutané. Par conséquent, lorsque Tinflammation vients'emparer du tissu cellulo-graisseux logé dans ces aréoles, ce tissu, en refoulant légèrement la couche celluleuse sous-adjacente, pourra se développer librement et parvenir à la plus grande augmentation de volume, sans rencontrer autour de lui aucun obstacle. Peut-être nous objectera-t-on que les paquets graisseux intra-dermiques sont fixés dans l'intérieur des aréoles par les vaisseaux et les nerfs qui les traversent pour aller ensuite s'épanouir dans les papilles; qu'ainsi suspendus à un pédicule inextensible, ils ne peuvent abandonner l'enceinte trop étroite qu'ils occupent, et qu'ils présentent dès lors les conditions les plus favorables à l'étranglement et à la gangrène. Mais remarquons que la partie la plus large de ces corps répond à la couche adipeuse sous-cutanée; que cette partie dans tous les cas pourra se développer librement. Par conséquent, en admettant que les vaisseaux et les nerfs retiennent dans l'aréole le tissu cellulaire qui y est logé, l'étranglement ne sera possible que pour les parties de ce tissu qui correspondent au sonimetde l'aréole ; ces parties seules seront frappées de mort, et l'eschare sera infiniment petite. Or, le bourbillon dépasse en volume celui d'une centaine de paquets cellulo-graisseux réunis en une seule masse; il est donc beaucoup plus considérable qu'il ne devrait l'être s'il était le résultat de la mortification du tissu cellulaire intra-aréolaire. Ajoutons que les parties gangrenées, au moment de leur élimination, présentent une odeur infecte caractéristique, et (jue le bourbillon est sans odeur; que dans une eschare on retrouve la plupart des éléments de l'organe qui a été privé de vie, les vaisseaux principalement, et que dans le bourbillon on n'observe aucune trace d'organisation ; que le tissu cellulaire qui se gangrène à la suite d'une inflammation violente est frappé de mort au moment seulement où cette inflammation acquiert son plus haut degré d'intensité, et que le bourbillon existe bien avant cette époque, car on le trouve tout formé dans la tumeur dès son apparition, et, alors comme plus tard, il n'offre aucune apparence de vaisseaux. Nous pouvons donc conclure que la forme des aréoles repousse toute idée d'étranglement; de même que le volume du bourbillon, l'absence d'odeur caractéristique, son état inorganique, son existence au début de l'inflammation, repoussent toute idée de gangrène.

2" Le bourbillon est un produit de sécrétion pseudo-membraneuse.

Lorsque les membranes séreuses s'enflamment, elles se recouvrent quelquefois de fausses membranes; le tissu cellulaire, qui olfre avec le système séreux une grande analogie dans sa structure, ses fonctions et ses maladies, sécrète aussi dans quelques circonstances une matière blanche, un peu jaune, albumino-gélatineuse, qui est déposée dans les

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mailles où elle se concrète. Ce produit pseudo-membraneux est primitivement très adhérent au tissu cellulaire dense et rouge qui l'entoure, mais un fluide d'abord albumineux, puis un véritable pus est épanché autour de lui ; il devient moins adhérent, se détache, s'isole tout à fait, et flotte comme un corps étranger dans la petite collection purulente qui s'est formée, jusqu'à ce que celle-ci s'ouvre une issue au dehors et l'entraîne avec elle. Après cette élimination, l'inflammation diminue rapidement, ainsi que le volume de la tumeur; la cicatrisation s'accomplit en deux ou trois jours; la cicatrice est circulaire, de petite dimension et à peine apparente.

La présence dans une éruption furonculeuse d'un corps pseudo-membraneux sécrété dès le début de l'inflammation, et constituant plus tard un corps étranger, donne à cette affection un caractère spécial. De ce caractère, en ettet, il résulte que le furoncle doit le plus souvent se terminer par suppuration, et que la cicatrisation ne pourra commencer que lorsque l'expulsion du corps étranger aura eu lieu. La tumeur présente ainsi trois périodes constantes et bien distinctes : la première caractérisée par la tuméfaction inflammatoire et la sécrétion pseudomembraneuse ; la seconde par la suppuration et l'élimination du produit sécrété; la troisième par la cicatrisation. Dans aucune de ces périodes on n'observe de phénomènes généraux : le furoncle est le plus souvent une maladie essentiellement locale.

Les parties de l'appareil tégumentaire qui sont les plus épaisses et les plus denses sont le siège le plus ordinaire de ces tumeurs. On les observe en général à la nuque, sur le dos, sur les épaules, sur les fesses, sur la face externe des membres. Celles, au contraire, qui sont minces, telles que les oreilles, la verge, etc., ou qui sont protégées par un épiderme très épais, comme la paume des mains, la plante des pieds, ne paraissent pas se prêter à leur développement; peut-être n'en ont-elles jamais été atteintes Le furoncle des paupières est assez fréquent, on le désigne sous le nom à'orgelel. (voy. Afftciion des pau/jières).

Le furoncle est plus fréquent chez l'homme que chez la femme; il se montre plus souvent aussi sur les adultes que sur les enfanta et les vieillards. Chez ces derniers, la couche cellulo-graisseuse sous-cutanée est atrophiée ; les paquets adipeux intra-aréolaires ont presque entièrement disparu. L'organe qui doit être le siège du furoncle existant à peine, on conçoit la rareté de cette afiection dans un âge aussi avancé.

Étiologie. — Ses causes sont peu connues. Quelquefois il a paru être le résultat d'une irritation mécanique; mais c'est le plus souvent sous l'influence d'une disposition générale de l'économie qu'il semble se développer. Tantôt alors le furoncle se montre dans le cours de la maladie, dont il est un épiphénomène, et tantôt à l'époque de sa termi-

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