I. — LétîoBf IravBiaiîqiiet
Les lésions traumatiques des paupières sont des contusions, des plaies et des brûlures.
Contusions. — Les contusions diffèrent suivant qu'elles atteignent seulement la paupière elle-même ou qu'elles intéressent en môme temps une région voisine, le sourcil, le front, la tempe ou la racine du nez. Dans le premier cas apparaît instantanément une extravasation sanguine; dans le second cas, Textravasation se produit avec plus de lenteur et s'étend progressivement.
Les symptômes varient suivant Tintensité de la contusion. Lorsqu'elle est légère, elle donne lieu à une simple ecchymose qui disparaît après deux ou trois semaines; lorsqu'elle est plus intense, il en résulte une collection sanguine, fluctuante; les paupières restent fermées. On observe quelques troubles fonctionnels, de la douleur, de la céphalalgie.
Le diagnostic n'offre aucune difficulté. Cependant il importe de s'assurer si ces ecchymoses ne sont pas consécutives à une fracture de l'orbite ou du crâne ou bien si elles ne sont pas compliquées d'un épanchement intra-orbitaire.
Le pronostic est sans gravité; la durée ne dépasse pas deux ou trois septénaires.
Le traitement est le môme que pour les autres régions. Dans certains cas où le gonflement des paupières empêche la vue, on peut foire une incision pour donner issue au sang. C'est ce que font, en Angleterre, les lutteurs au pugilat.
Plaies, — Les plaies par instruments piquants, tranchants ou contondants sont habituellement sans gravité. Elles diffèrent suivant qu'elles n'intéressent que la peau ou, qu'avec elle, elles intéressent la couche musculaire ou môme toute l'épaisseur de la paupière. Les dernières sont simples ou à lambeaux. Dans les plaies à lambeau, ou bien celui-ci ne contient qu'une portion du bord libre, et alors il est très-petit, ou bien, en môme temps que les paupières, il contient une portion de l'une des régions voisines et il peut, dans ce cas, être assez considérable pour tomber vers la tempe, vers la joue ou vers la racine du nez. Quelle que soit l'étendue de ces plaies, l'inflammation consécutive est habituellement simple et rarement suivie d'abcès. Par contre, ces lésions peuvent donner lieu à un certain nombre de complications dont l'importance varie suivant l'étendue du traumatisme, suivant les parties atteintes et suivant la marche de la cicatrisation. Par exemple, une plaie verticale comprenant le bord libre^
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peut entraîner un coloboma, un trichiasis, un entropion ou un ectropion. La section complète ou incomplète ou môme seulement la piqûre de la branche frontale de la troisième paire peuvent donner lieu à la paralysie du releveur de la paupière supérieure, et, par suite, à un prolapsus incurable de cette paupière ; la section de l'un des canaux lacrymaux peut produire un épiphora, etc. Nous revien* drons plus loin sur chacune de ces complications.
Il est donc important, pour les prévenir, de chercher à obtenir la réunion par première intention à Taide de la suture et de ne pas laisser les fils plus de trois ou quatre jours, afin de ne pas couper la paupière. On y ajoute des pansements simples et un bandage com* pressif.
Brûlures. — Les brûlures des paupières, comme celles de la face, sont produites par des acides, par Teau bouillante, par des corps en ignition ou par déflagration.
Par des acides, qu'elles soient causées intentionnellement ou accidentellement, elles peuvent être du troisième ou môme du quatrième degré et entraîner des lésions concomitantes de rœil.
Par l'eau bouillante, elles sont du second degré, généralement sans gravité.
Par des corps en ignition, elles sont le plus souvent le résultat d'une chute dans le feu, comme cela a lieu pour les enfants ou les épileptiques. Elles sont en général du troisième ou du quatrième degré ; rarement limitées à la paupière, elles envahissent quelquefois la conjonctive et donnent lieu ensuite à un symblépharon, à un ectropîon, etc.
Par déflagration, elles varient suivant que la poudre a pris feu à Tair libre ou enfermée. Dans le premier cas, elles sont peu profondes, peu intenses; seulement chaque grain de plomb qui a pénétré dans les tissus forme une tache noire indélébile. Dans le second cas, elles sont d'autant plus profondes que les grains de poudre ont été lancés avec plus de force. 11 est rare qu'elles n'atteignent pas la conjonctive et le globe de l'œil lui-môme. Elles donnent lieu à une vive inflammation qui se termine par suppuration, quelquefois môme par la gangrène des paupières. Les accidents les plus graves, la perte de Tœil ellemême peuvent en être la conséquence.
Le traitement est celui de toutes les brûlures, mais il faut surtout s'appliquer, par une compression méthodique, à prévenir le renverseoient des voiles palpébraux.
152 AFFECTIONS DE L'aPPARBIL DE LA VISION.
L'œdème des paupières est congénital ou acquis. Dans le pveaii^^^ cas, il est caractérisé par une hypertrophie et une exubérance de peau et du tissu cellulaire sous-cutané. La peau présente de la plis qui descendent au-devant de l'œil et empêchent la vision. Dau^"** le second cas, il succède à un traumatisme, à une piqûre d'insecte ^ ou à une inflammation quelconque, ou bien il se rattache à une by- — ' dropisie générale, à une albuminurie ou à une fanasarque d'origi cardiaque ou scarlatineuse«
La peau est uniformément tuméfiée, pâle, transparente; les pli
transversaux sont plus ou moins effacés, l'impression du doigt per
siste; les mouvements de la paupière sont gênés.
Le traitement n'offre rien de particulier; il est le môme que pou^ -r les autres régions.
ni. — ïnflammatîoni.
Gomme dans toutes les autres régions, nous avons à distingue suivant les couches dans lesquelles elles se développent, les in mations de la peau, du tissu cellulaire, des glandes et de la c jonctivc. II en résultera, contrairement à Topinion des auteurs (g- oi confondent toutes ces inflammations sous le nom générique de b ^è» pharites^ que nous aurons à décrire successivement rér}'sipèle, k phlegmon et l'abcès, le furoncle, Tanthrax, Torgcolet, l'inflammat^ «a glandulo-ciliaire et lu conjonctivite palpébrale.
£rysipèle.
L'érysipèle des paupières est primitif ou secondaire. Primitif, il succède le plus fréquemment au traumatisme. Secondaire, il survient chez des enfants chétifs ou des individus débilités par une maladie grave ou par de mauvaises conditions hygiéniques. Souvent aussi il est consécutif à rérysipèlc de la face. De intMne que dans les autres ré* gions, il est simple ou phlyvténoida,
L'érysipèle primitif présente les mêmes symptômes que dans les autres régions. Ce qu'il offre de particulier aux paupières, cr'est le gonflement des };an^']if>ns cervicaux ou parotidiens qui s'engorgent de bonne heure.
Il se termine habituellement par résolution. D'autres fois il entraîne à s<i suite la chute des cils, un phlegmon ou un abcès du tissu cellulaire sous-cutané. Chez d'autres malades, le tissu cellulaire suppure ou se mortifie au-dessous des phlyctènes, ou bien l'inflammation se
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prcpage à la conjonctive et à la cornée. Enlln, dans les cas les plus graves, on voit survenir la phlébite des sinus ou mSme la ménifigite.
1.6 traitement est le même que pour les autres régions de la teie; le clsîrui^en doit surtout s'attacher à prévenir oo à combattre les complications dont nous venons de parler.
Phlepion et abcèi.
1.6 phlegmon et les abcès des paupières surviennent ordinairement & la suite d'un traumatisme des paupières, du globe de l'œil ou de la face, d'un érysipèle, d'une ostéite ou d'une carie de la région ou d"iine fièvre grave, variolique, scarlatineuse, typhoïde.
Il est habituellement limité à la paupière supérieure, En raison du gonflement auquel il donne lieu, cette paupière se distend au point de recouvrir iion- Molement le globe de l'oeil, mais encore.la paupière inférieure (fig. Ad). Il est à remarquer qu'il s'étend rarement à la paupière inférieure, et qu'il se propage souvent à l'ortùte et au sourcil. Il envahit rarement la conionctive, à moins qu'il ne succède à une opération pratiquée sur le globe de l'œil.
Lorsque le phlegmon a débuté dans le tissa cellulaire sous-cutané, et que la suppuration a duré un certain temps, on voit quelquefois le pus fuser en dedans de l'aponévrose et déterminer une ostéite.
Quand, au contraire, la suppuration est consécutive à une alTcction osseuse, une one on une nécrose, par exemple, le pus n'apparaît que plus tard dans te tissu cellu- Itire sous-cutané.
On ne peut pas confondre le phlegmon de la paupière avec un phlegmon de l'orbile, parce que celui-ci s'accompagne de déviation de Tceil et d'exophthal- Duc, ni avec une ophthalmie purulente, parce que cette dernière <iOD[ie lieu à une abondante suppuration et à un chémosis phlegmo* neui.
U chirurgien doit chercher, au début, à obtenir la résolution, liais dès que la suppuration est formée, on doit inciser profondément Bt faire cette inci»on dans le sens transversal, c'est-à-dire parallèleoient aux 6bre9 de l'orbiculaire.
Orgeolet, furoncle, anthrax,
Vorgeolet est une inflammation de la couche profonde du derme ou du tissu cellulaire qui le réunit au cartilage tarse. Cette inflammation donne lieu à une tumeur qui ne dépasse pas généralement le volume d'un grain d'orge, d*où le nom d'orgeolet. On l'observe fréquemment chez les enfants et surtout chez les jeunes fllles mal réglées, chez lesquelles Torgeolet se montre rebelle à toute médication tant que la menstruation ne se fait pas régulièrement.
On ne peut affirmer, comme le pensent quelques auteurs, que cette inflammation soit limitée aux bulbes pileux et aux glandes qui leur sont annexées.
L'orgeolet est caractérisé par une tumeur violacée, dure, douloureuse au toucher^ d'abord limitée au bord libre et envahissant bientôt toute la paupière qui paraît luisante. Il s'accompagne quelquefois de l'engorgement des ganglions préauriculaires ; il donne lieu à de vives démangeaisons. Bientôt il forme une saillie blanchâtre qui se rompt et donne issue à un pus épais. D'autres fois, la tumeur^ au lieu de suppurer, reste quelque temps stationnaire et se résout ou s'indure.
Chez quelques malades, elle détermine le gonflement des tissus voisins et, par suite, l'oblitération des glandes de Meibomius ou des glandes sébacées; chez d'autres, les récidives sont si fréquentes qu'il semble exister chez eux une véritable prédisposition.
Au début, on peut faciliter la résolution par des applications émollientes. Lorsque la suppuration a lieu, on hâte la guérison en ouvrant la petite tumeur et en y passant le crayon de nitrate d'argent.
Le furoncle est fréquent à la paupière supérieure. Il s'accompagne d'une inflammation des parties voisines souvent assez considérable.
Il se distingue de l'orgeolet en ce qu'il occupe une plus grande étendue de la paupière, et du phlegmon en ce qu'il ne donne lieu qu'à une suppuration presque nulle«
On le combat avantageusement, au début, par l'application sur la paupière d'une couche assez épaisse de coUodion élastique. Lorsque la maladie est avancée, il faut inciser largement.
V anthrax primitif est très-rare aux paupières; mais souvent il prend naissance dans leur voisinage et s'y étend par propagation.
Il présente ceci de particulier que l'ulcération qui résulte de l'élimination des parties mortifiées détermine, en se cicatrisant, un raccourcissement de la paupière ou son renversement en dehors (eotropion).
Le traitement consiste à pratiquer une large incision cruciale sur la tumeur, de manière à en dépasser les limites. Quelques auteurs
conseillent d*exciser toutes les parties de la peau qui, plus tard, doivent se mortifier. D'autres conseillent d'avoir recours à la mélbode sous-cutanée.
Inflammation glandulo-eiliaire (Blépharite).
Synonymie. — Blépharite simple ^ furfuracée, glandulo-eiliaire, ulci^ reuse, diphthéritique, catarrhale, 8crofuleu$e.
Étiologie. — Cette affection est fréquente chez les enfants scrofu* leuxy chez les individus vivant dans de mauvaises conditions hygiéniques, chez ceux qui s'exposent à l'action d'une trop vive chaleur ou au contact de poussières irritantes ou de gaz délétères, comme les boulangers, les verriers, les tailleurs de pierre et les vidangeurs. Souvent aussi elle succède aux maladies inflammatoires de la conjonctive et des voies lacrymales.
Aratomie pathologique. — Suivant que ce sont les glandules situées à la racine des cils ou les glandes de Meibomius qui sont primitivement atteintes, on s'est servi des mots de blépharite ciliaire et de blépharite glandulaire pour caractériser la maladie.
Cette distinction est fondée réellement au point de vue anatomopathologique. C'est à la racine des cils qu'on observe les premiers désordres, tels qu'un état furfuracé {Blépharite furfuracéé)^ qui n'est aotre que la chute de petites lamelles blanchâtres formées d'écaillés épidermiques, mélangées aux produits morbides dus à l'hypersécrétion des glandes sébacées situées à la racine des cils {Blépharite glandulo-eiliaire, catarrhale). La présence de ces matières épithéliales, sébacées et purulentes coïncide avec Taltération des parois qui engainent les cils et, bientôt après, la suppuration donne lieu, au pourtour des cils et sur le bord libre, à des trajets flstuleux qui, en se réunissant, forment des ulcères en cupule au milieu desquels les cils jouent le rôle de corps étrangers (Cornil et Ranvier). D'autres fois, on ^oitse former de petites pustules ou quelques boutons d'acné sur le tord libre {acné ciliaire). Enfin, dans quelques cas, le bord libre de la paupière et sa face interne, dans une certaine étendue, se recourût d'une exsudation pseudo-membraneuse blanchâtre, fortement ^<)bérente aux tissus sous-jacents et au-dessous de laquelle on trouve "ïïe surface rouge et légècement granuleuse [Blépharite diphthéri*
Sthptomatologie. — Au début, l'inflammation est caractérisée par ^e vive démangeaison au niveau du bord libre des paupières. La peau est rouge et tuméfiée. La muqueuse est d'un rouge vif; cette logeur s'étend d'une commissure à l'autre sous la forme d'une bandelette de 2 à 3 millimètres de hauteur sur laauelle apparaissent en
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saillie des stries verticales qui sont dues à Tinjection des glandes de Meibomius.
En soulevant avec un stylet les croûtes sèches jaunâtres qui Axent les cils entre eux, on découvre les petites ulcérations saignantes, les pustules et les boutons caractéristiques. La sécrétion visqueuse des glandes de Meibomius apparaît en abondance.
A une période plus avancée, l'inflammation envahit toute la surface de la conjonctive palpébrale (voy. Conjonctivite palpébrak).
Outre ces phénomènes, on observe des picotements, la sensation de graviers entre les cils agglutinés et un peu de photophobie.
Diagnostic — La blépharite glandulo-ciliaire se reconnaît facilement aux caractères qui précèdent. Dans quelques cas, cependant, on pourrait la confondre avec une conjonctivite granuleuse ; mais, dans cette dernière, le bord libre est rose pâle au lieu d'être très-rouge; les cils ne sont pas agglutinés entre eux, et la marche est habituellement suraigu6.
Marche, complications. — La blépharite glandulo-ciliaire est au contraire lente et progressive dans sa marche et passe souvent à l'état chronique; quelquefois môme elle persiste toute la vie.
Les complications qu'elle entraîne le plus ordinairement à sa suite sont : la chute complète des cils (madarosis),. l'oblitération des glandes de Meibomius, la conjonctivite simple ou granuleuse, la kératite ulcéreuse, l'entropion ou l'ectropion, la dacryocystite et même la perte de l'œil.
Traitement.— Au début, on doit appliquer des topiques émollients> des pommades résolutives telles que celles au précipité blanc ou au précipité rouge. Le chirurgien doit pratiquer avec le plus grand soin î'épilation des cils agglutinés, détacher les croûtes qui sont à leur base et cautériser les ulcérations qu'elles recouvrent.
Dans la forme chronique avec tuméfaction du bord libre des paupières, on peut ajouter avec avantage les ponctions avec la lancette.