CICATRICES VICIEUSES
diriger le traitemenl de façon à en diminuer le plus possible l'importance. Ce précepte doit être suivi surtout dans le traitement des larges pertes de substance qui succèdent à des brûlures. 11 ne faut pas craindre de faire porter aux malades un appareil orthopédique qui maintienne la tête inclinée du côté opposé à celui vers lequel elle se laisserait entraîner, et ne pas oublier que le tissu de cicatrice conserve sa propriété rétractile plusieurs mois après que toute trace de plaie a disparu.
Lorsque la cicatrice est établie, la conduite du chirurgien doit varier suivant qu'elle est simplement difforme ou vicieuse* Lorsqu'il s'agit de cicatrices difformes et qui ne sont plus assez récentes pour qu'un appareil orthopédique suffise à en neutraliser Teffet, on peut encore recourir à Texcision. Celle-ci doit être faite de façon à permettre la réunion immédiate des bords de la plaie. Cette opération de complaisance est excusable en ce qu'elle est sans danger et qu'elle peut rendre de grands services, surtout chez les jeunes ûlles.
Lorsqu'il s*agit de cicatrices vicieuses, on a recours à l'extension, à Texcision, à l'autoplastie.
Vextension graduelle, manuelle ou mécanique, est applicable lorsque la diflformité est récente; elle doit être pratiquée avec circonspec* tion, afin d'éviter la rupture de la cicatrice. Coote, à l'aide de ce procédé, a obtenu un beau résultat chez un enfant de neuf ans, dans un cas de cicatrice vicieuse du cou, accompagnée de traction en bas de la lèvre et de la bouche.
Vinctsion^ combinée avec l'extension, se pratique à ciel ouvert ou suivant la méthode sous-cutanée. L'incision à ciel ouvert a été pratiquée un grand nombre de fois et a donné de nombreux succès. Elle consiste à pratiquer une ou plusieurs sections transversales complètes de la cicatrice, et à étendre ensuite, à l'aide de minerves ou d'appareils spéciaux, les parties dans une direction opposée à celle qu'avait déterminée la cicatrice. Ces incisions devant être parfois assez profondes, il peut en résulter une inflammation suppurative qui n'est pas sans danger. Pour éviter cet accident, Décès a imaginé un procédé, dit des coupes ondulées, qui consiste à sectionner la bride, non plus transversalement, mais par des incisions multiples disposées en V, imbriquées ou alternes (incisions en zigzag), qui ont pour effet de détruire le parallélisme des fibres du tissu inodulaire et d'affaiblir ainsi la force rétraclile qui leur est propre. Quoi qu'il en soit^ l'incision, simple ou multiple, ne suffit pas toujours pour mettre à l'abri des récidives, et dans bon nombre de cas il est préférable d'avoir recours d'emblée à l'autoplastie par la méthode française ou par la méthode indienne. Qrâce à ces procédés^ on peut également conserver le tissu de cicatrice pour servir à combler la perte de substance. On le cir-
conscrit à Taide d'une incision curviligne, brisée, hexagonale ou en V» dans un lambeau qui est ensuite disséqué et mobilisé jusqu'à ce que la tète puisse reprendre sa position normale.
La méthode indienne a été appliquée également avec succès au trai« tement des cicatrices du cou. Les lambeaux autoplastiques ont été pris sur le cou, la face ou le thorax. Les lambeaux pris sur les parties latérales du cou ont donné de très-beaux résultats entre les mains de Garden, Teale, Courty. Deux lambeaux pris sur la face par M. Richet ont été moins favorables. Leur base supérieure et leur sommet inférieur constituaient une sorte de sangle élastique sous- maxillaire qui, en se relâchant, avait fait remonter la lèvre supérieure qui avait été fortement abaissée par le tissu inodulaire.
Le lambeau thoracique nous a permis, ainsi qu'à Mutter (de Philadelphie), à Teale et à Hancock, de faire disparaître des difformités cicatricielles considérables du cou, avec inclinaison du menton sur le sternum.
Voici les règles que nous avons posées à ce sujet dans la brochure que nous avons publiée en 1868 : Les brides doivent être détachées avec soin, de façon à assurer leur mobilité et leur vitalité. Bien que moins favorable à la restauration anaplastique que les téguments sains, elles peuvent être utilisées. Il faut avoir soin de les disposer de It façon la plus favorable pour l'adhésion, en s'aidant de sutures métalliques et d'un bandage légèrement compressif, et pour qu'elles puissent s'élargir en se déplissant sous l'influence de la rétraction du tissu cicatriciel environnant.
Voici comment nous avons procédé chez uo enfant de douze ans qui^ huit mois auparavant, avait eu^ à la face, un érysipèle à marche suraiguë et à forme gangreneuse, ayant laissé une large perte de substance des téguments de la région cervicale antérieure : Après la cicatrisation de cette vaste plaie, la tête avait été attirée en bas, en avant et à droite et était enfouie entre les deux épaules relevées; le menton abaissé était immobilisé sur la face antérieure du sternum par trois brides cicatricielles courtes, épaisses, irrégulières; une de ces brides était médiane, les autres latérales. Ces deux dernières, à leur extrémité inférieure, se confondaient, au niveau de la fourchette sternale, avec la ligne médiane; en haut les trois brides saillantes et exubérantes ofl*raient l'aspect de digitations dont les extrémités libres se perdaient vers les parties supérieures et latérales du cou, au milieu des téguments restés sains. La tête ainsi fixée avait l'immobilité de celle d'une statue; des troubles fonctionnels graves, troubles de la déglutition, de la respiration et de la phonation, s'étaient produits. Après avoir endormi le jeune malade nous comprenons les trois brides entretrois incisions en forme de V renversé à sommet supérieur; chacune de ces
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brides fut disséquée en commençant par la partie supérieure. J'arrivai progressivement jusqu'à la base commune que je laissai adhérente au sternum; j'obtins ainsi un lambeau flottant dont la base très-large contenait de nombreux vaisseaux; je pus alors renverser la tête du malade en arrière et rendre au cou sa forme normale; mais il restait une plaie très-étendue au niveau de la région antérieure et latérale droite du cou, à la place qu'occupaient naguère les brides cicatricielles; je comblai cette vaste solution de continuité par un lambeau thoracique. Une première incision verticale suivit le bord droit du sternum, descendant d'un point correspondante l'articulation sternoclaviculaire jusqu'au tiers de la hauteur du sternum. Une seconde incision, également verticale, suivit parallèlement h la première les limites externes de la région thoracique antérieure, et partit d'un point correspondant à la saillie coracoïdienne pour descendre aussi bas que la première. Enfin, une troisième incision transversale, commençant un peu au-dessus du mamelon, vint réunir les extrémités des deux incisions verticales. Ce lambeau, qui avait 12 centimètres de hauteur et 10 de largeur, fut disséqué de bas en haut, appliqué sur la plaie cervicale et suturé par douze fils d'argent. Enfin, je me servis du lambeau cicatriciel attiré en bas pour combler une partie de la solution de continuité produite sur la plaie thoracique.
Le résultat obtenu a été assez encourageant pour que d'autres chirurgiens nous aient imité avec succès.
TortîooUi.
On donne le nom de torticolis à une difformité congénitale ou accidentelle caractérisée par Tinclinaison vicieuse de la tête vers l'une ou l'autre épaule.
Cette difformité, reconnue par les anciens, qui la désignaient sous les noms de caput obstipum (obstipité)^ collum distordum, etc., n'a été bien étudiée que depuis le commencement de ce siècle par Delpech, Boyer, Dieffenbach, Stromeyer, Phillips, Manchart, Bouvier, Jules Guérin, Fleury^ Depaul, Malgaigne.
Le torticolis est cutané, musculaire, osseux ou articulaire^ suivant que ses causes résident dans la peau ou le tissu cellulaire sous-cutané, dans les muscles, dans les os ou dans les articulations.
Les torticolis cutané résulte de cicatrices laissées par une brùlure, une gangrène, un phlegmon ou un anthrax, de brides souscutanées de même nature ou d'engorgements ganglionnaires; il n'y a ^* donc pas lieu de nous y arrêter, puisque cette variété de torticolis n'est qu'un symptôme de ces affections précédemment décrites (voy. Cicatrices du cou. Adénites). Les mômes considérations s'appliquent aux
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torticolis o^et/x et (articulaire résultant d'une affection spontanée ou traumatique de la colonne vertébrale, puisque nous en avons parlé à propos de la carie^ des tubercules^ des luxations et des fractures des vertèbres (voy. ces mots). C'est donc en réalité le torticolis musculaire seul qu*il nous reste à décrire.
Les conditions dans lesquelles se produit le torticolis musculaire, bien qu'opposées, ont toujours pour effet de rompre la puissance et Téquilibre des muscles placés de chaque côté du cou. Par exemple, Tun des sterno-cléido-masto!dicns s'affaiblit, tandis que l'autre conserve sa contractilité normale {torticolis par paralysie)^ ou bien sa puissance augmente, tandis que celle du muscle opposé reste la même(torticolis spasmodique^ par contracture ou par rétraction).
Le torticolis par paralysie est tellement rare qu'il a été nié par plusieurs auteurs.
Le torticolis spasmodique est, au contraire, fréquent et reconnatldes causes variées. Les unes agissent directement sur le muscle : ce sont le traumatisme, le froid, l'inflammation, une attitude vicieuse habituelle ; d'autres agissent indirectement et par l'intermédiaire du système nerveux : telles sont les inflammations et les tumeurs du cerveau ou de la moelle qui déterminent des contractures des muscles du cou, et les névroses convulsives, en particulier la chorée, Thystéric cl réclampsie.
Le torticolis musculaire est le plus souvent congénital ; on suppose (ilors que pendant la vie intra-utérine le fœtus avait une position vicieuse ou une maladie des centres nerveux qui avait déterminé des convulsions'intra-utérines, des contractures ou des paralysies; ouqu'ila eu un arrêt de développement portant sur un côté de la tête, de la face, et par suite une brièveté plus grande dusterno-mastoïdieii correspondant (Bouvier); ou que le sterno-mastoïdien lui-même a été le siège d'une inflammation (Dolbeau). Au moment même de la naissance, od a accusé la déchirure de ce muscle par une mauvaise application du forceps (Stromeyer).
C'est le plus souvent le muscle sterno-cléido-mastoïdien, et dans les deux tiers des cas le droit, qui cause l'inflexion de la l^, ainsi que le démontrent les statistiques de Bouvier et de Dieffenbach. Dans des cas rares, la déviation est produite par le trapèze, le peaucier, l'angulaire de l'omoplate, et moins souvent encore par les autres muscles du cou, scalènes, splénius, complexus.
On sait que le sterno-cléido-mastoïdien est composé de deux faisceaux dont les fonctions sont différentes; or ces deux faisceaux peurent être rétractés isolément.
D'après Bouvier, la rétraction seule du faisceau slcraal est quatre fois plus fréquente que la rétraction seule du faisceau cla>icniaire.
el M. J. Guérin, en 1838^ démoDlra que dans ce cas la section du faisceau sternal seul suffit pour faire disparaître la difformité. Il est vrai que^ dans la moitié des cas à peu près, la rétraction porte sur les deux faisceaux à la fois, bien qu'à des degrés différents (Bonnet).
Voici les lésions que Ton a constatées dans les rares autopsies que Ton a pu faire. Le muscle atteint est plus court, plus large^ plus consistant, moins élastique qu*à l'état normal; les tractions exercées sur lui ne l'allongent pas. La fibre musculaire a perdu ses caractères normaux ; elle est devenue blanchâtre, nacrée, soit qu'elle ait subi la transformation fibreuse, soit qu'elle soit atrophiée par suite de Thypergenèse du tissu conjonctif. Les muscles voisins, en raison de leur inaction forcée, sont parfois atteints de dégénérescence graisseuse. Dans le torticolis musculaire, même très-accusé; les lésions du rachis sont extrêmement rares, contrairement à l'opinion de Boyer^ et le plus souvent, comme l'a démontré Bouvier, la tête peut être ramenée dans sa situation normale aussitôt qu'on a sectionné le muscle sternocléido-mastoïdien.
Les symptômes du torticolis musculaire varient suivant qu'il est à l'état aigu ou chronique, intermittent ou permanent, et qu'il résulte d'une paralysie ou d'une contracture. Cependant dans tous les cas on observe une inclinaison plus ou moins prononcée de la tête vers l'une des épaules, en sens variable, suivant les muscles affectés ; en même temps, si le torticolis est aigu, le malade accuse une douleur plus ou moins vive, continue ou bien qui cesse par le repos, augmente ou se réveille par la pression du muscle ou par des mouvements soit volontaires, soit involontaires. C'est cette douleur qui, dans le torticolis rhumatismal, tient le cou incliné et rend pénible le décubitus sur le côte malade. Elle s'accompagne quelquefois d'un léger gonflement, de fièvre, de souffrances dans les articulations, et empêche les mouvements. Le muscle sterno-cléido-mastoïdien raccourci donne la sensation d'un corps dur et tendu, tandis que celui du côté opposé est comme aplati sur les parties sous-jacentes.
Lorsque le torticolis reconnaît pour cause une paralysie du sternocléido-mastoïdien, la tête s'incline du côté sain. La difformité est facile à réduire, le muscle obéissant passivement, mais elle reparait aussitôt après qu'on a abandonné les parties à elles-mêmes. Cet effet se produit dans le torticolis spasmodique, seulement la difformité présente à la réduction une plus grande résistance. Cette résistance est invincible dans le torticolis par rétraction.
C'est, pensons-nous, à une variété de torticolis par contracture qu'il faut rapporter les observations de torticolis intermittent décrites par certains auteurs. Ainsi Boyer rapporte, d'après Meibomius, le cas d'un Tyrolien qui était pris de cette difibrmité toutes les fois qu'il se mettait
à table. Rien de semblable n'avait lieu quand il changeait l'heure du repas. Wepfer l'a vue se produire chez un individu toutes les fois qu'il était pris d'un violent chagrin. Dieffenbach, Amussat, Bouvier, Fleury, ont publié des cas analogues. Nous avons eu roccasion d'observer récemmenl un cas de ce genre : il s'agissait d'une jeune fille de treize ans, non réglée, nullement hystérique, qui, sans cause appréciable, fut atteinte à plusieurs reprises, tantôt du côté droit, tantôt du côté gauche, d'un torticolis que rien ne pouvait corriger et qui disparaissait spontanément. L'intermittence des contractures explique le retour et la cessation spontanés de la difformité.
Enfin, dans le torticolis chronique et permanent il n'y a pas de fièvre ni de douleur; les symptômes se bornent à l'attitude vicieuse de la tête et du cou ; la tête est incUnée sur l'épaule, au point parfois que l'oreille vienne la loucher ; en môme temps elle a éprouvé un certain degré de rotation, en vertu duquel la face regarde en haut et à gauche si l'inclinaison est à droite, et un mouvement de bascule en arrière qui porte le menton en avant et à gauche.
De cette attitude vicieuse résulte un défaut de symétrie de la face: les deux yeux, les deux commissures labiales ne sont plus sur le môme plan ; la pommette du côté opposé au torticolis fait une saillie eo avant. Les épaules ne sont plus au même niveau, Tune est élevée, l'autre est abaissée, ce qui tient à la déviation du rachis. C'est qu'en effets par suite de l'inclinaison de la tête, la partie supérieure de la colonne cervicale s'incurve de manière à présenter, du côté opposé an torticolis, une convexité qui tend à déplacer le centre de gravité et qui est compensée par une courbure en sens inverse, à l'union de la portion cervicale et de la portion dorsale. Cette déviation est facile à constater en palpant la série des apophyses épineuses. Outre cette déviation du rachis, M. J. Guérin, dans un torticolis congénital dû à un arrêt de développement et à une rétraction de la portion slernale du côté gauche, a constaté les changements suivants: Les épaules étaient portées plus en avant et se trouvaient dans un plan plus antérieur que celui du sternum qui était déprimé dans sa moitié inférieure. Les sept premières côtes étaient saillantes de chaque côté. La saillie de leurs cartilages, circonscrite en dedans par la dépression du sternum, et en bas par un léger rétrécissement circulaire du thorax, soulevait assez fortement les grands pectoraux, la peau des environs des mamelons, et donnait à la poitrine les apparences d'une gorge de femme.
Du côté afi*ecté, le sterno-masloïdien forme une corde dure et inextensible, le cou est raccourci, concave, et souvent entre la tête et l'épaule il n'y a qu'un sillon profond où la peau forme plusieurs plis. Du côté sain, le cou est large, convexe et paraît allongé, la peau est tendue et appliquée sur les muscles aplatis.
Dans le torticolis permanent^ ces symptômes s'accompagnent de troubles fonctionnels divers : ainsi le changement dans la direction des axes visuels amène des troubles oculaires^ parfois môme du strabisme; la compression du larynx gêne la phonation et même la respiration; enfin la compression des vaisseaux trouble la circulation et par suite la nutrition de la face du côté affecté : de là une atrophie latérale de la tête et du cou qui augmente encore le défaut de symétrie dont nous avons parlé.
Le diagnostic du torticolis musculaire aigu est trop facile pour nous y arrêter.
Il n'en est pas de même du torticolis chronique dans lequel l'attitude vicieuse peut être attribuée à une arthrite cervicale, à un mal de Pott sous-occipital, à une ankylose des vertèbres cervicales, à un vice de conformation du rachis, ou à une contracture symptomatique d'une tumeur cérébrale. Cette dernière, il eslvrai,s'en distingue facilement par les commémoratifs et par les symptômes locaux.
D'une façon générale, le torticolis osseux ou vertébral diffère du torticolis musculaire en ce que l'inclinaison de la tête se fait le plus souvent en avant ou en arrière; lorsqu'elle a lieu latéralement, la rotation de la face se fait du même côté au lieu de se faire du côté opposé, comme dans le torticolis musculaire. On observe de même du côté du rachis, dans l'arthrite cervicale et le mal de Pott sous-occipital, des signes caractéristiques.
Le diagnostic est plus difficile lorsque la lésion osseuse est de date ancienne et s'est terminée par ankylose. Il faut alors fixer la poitrine et imprimer à la tête et au cou des mouvements en sens divers; on voit que ces mouvements sont fort limités, qu'ils se produisent surtout vers les vertèbres inférieures ; parfois môme on reconnaît que les apophyses transverses des vertèbres soudées conservent dans ces mouvements des rapports invariables.
Le torticolis musculaire étant reconnu, il reste à déterminer quels sont les agents de la déviation. Le plus souvent, avons-nous dit^ c'est le sterno-cléido-mastoïdien ; mais à sa contracture se joint parfois celle de la portion claviculaire du trapèze, celle du peaucier, du splénius ou même du complexus.
Lorsque la portion claviculaire du trapèze estcontracturée en même temps que le sterno-mastoïdien, on trouve le bord antérieur du trapèze rigide, la tête inclinée en rotation et renversée en arrière. Si la contracture du splénius accompagne celle du sterno-mastoïdien, il existe, en même temps qu'une forte inclinaison de la tête, une rotation peu marquée.
Dans quelques cas on a vu le torticolis déterminé par la contracture du mastoïdien d'un côté et du splénius du côté opposé. Dans ces cas,
rinclinaison et surtout la rotationde la tête deviennent très-accenluées. On a mentionné aussi la contracture de l'angulaire de romoplate, en môme temps que celle du mastoïdien; rinclinaison latérale et surtout l'extension de la tête en arrière sont très-marquées. La contracture du peaucier a pour effet d'attirer la tôte en bas, si les deux muscles sont atteints, d'un côté, si un seul est affecté.
Enfm le torticolis simulé se reconnaîtra à ce que le sterno-mastoîdien du côté opposé à la déviation est contracture.
Il est facile, à l'aide du chloroforme, de distinguer le torticolis par simple contracture du torticolis par rétraction permanente. Ce dernier résiste au chloroforme, tandis que le premier cède sous son influence.
Le pronostic du torticolis musculaire diffère notablement suivant qu'il résulte d'une contracture, d'une rétraction musculaire ou d'une affection cérébrale. Peu grave en cas de simple contracture, il le devient quand il est permanent et ancien par suite des déformations et des troubles fonctionnels qu'il entraine.
Le traitement difi'ère selon les variétés que nous avons indiquées.
Le torticolis aigu ou rhumatismal sera traité par les compresses an fer chaud, les frictions calmantes, stimulantes ou révulsives, les sinapismes sur les parties douloureuses, les vésicatoires opiacés on les injections sous-cutanées de morphine. S'il y a de la fièvre et si le malade est robuste, on pourra recourir aux bains et aux émissions sanguines locales.
Le torticolis spasmodique ou intermittent sera combattu par le traitement général applicable à la névrose dont il est le symptôme.
Récamier a fait cesser des torticolis déterminés par des spasmes musculaires en étendant brusquement le muscle. Avant d'employer ce mode de traitement, il faudrait s'assurer qu'il n'y a pas d'affection vertébrale, car dans ce cas un redressement brusque pourrait avoir des conséquences funestes.
Le torticolis musculaire chronique ou permanent exige des moveos plus actifs. Tout d'abord on pourra tenter de le corriger par'dp> frictions excitantes, le massage, l'électricité, ou mieux encore par un traitement orthopédique, par des manipulations et des tractions en sens inverse de la déviation, ayant pour but d'allonger le muscle contracture. Si ces moyens restent sans effet, il faut recourir à la ténotomie ou à la myotomie des muscles contractures.
La section du muscle sterno-mastoïdien a été faite par plusieurs procédés : Boyer pratiquait à la peau une incision transversale dépassant de chaque côté la largeur du muscle, divisait celui-ci à pelil^ coups avec un bistouri convexe, ou passait au-dessous de lui, arec
précaution pour ne pas blesser les vaisseaux sous-jacents, une sonde cannelée sur laquelle était conduit le bistouri. Cette section doit se faire à 3 centimètres des attaches inférieures du muscle, pour que le muscle soit moins large et les vaisseaux éloignés de Tinstrument.
D'autres préfèrent la méthode sous-cutanée. Dupuytren est le premier qui^ en 1829^ ait pratiqué, par cette méthode, la section du muscle sterno-cléido-masloïdien. Voici comment il procéda : Il fit tout près du bord interne et de l'attache inférieure du muscle une ponction à la peau à travers laquelle il introduisit sur la face postérieure du muscle, et à plat, un bistouri boutonné dont il conduisit l'extrémité jusqu'au delà du bord externe du faisceau cléido-mastoïdien ; puis tournant le tranchant de l'instrument vers le muscle, il le sectionna d'arrière en avant sans couper la peau.
Ce procédé a été, depuis, modiGé et perfectionné par Stromeyer, DiefTcnbach, Bouvier et J. Guérin.
La ténotomie porte le plus souvent sur le faisceau sternal, plus rarement sur le faisceau claviculaire. Voici comment J. Guérin pratique la section du faisceau sternal :
Le malade est couché, la tête maintenue par un aide dans une direction opposée à celle de la déviation, de manière à faire saillir sous la peau le tendon du sterno-mastoîdien. L'opérateur fait à la peau, sur le bord externe du muscle, à quinze ou dix-huit millimètres du sternum, un pli parallèle à la direction des fibres musculaires, introduit à la base de ce pli un ténotome légèrement concave sur le tranchant, glisse l'instrumenta plat, entre la peau et la face antérieure du muscle, puis abandonnant le pli cutané, dirige en arrière le tranchant du ténotome perpendiculairement au muscle et le coupe par un mouvement de scie. Un défaut de résistance indique que le tendon est coupé.
On peut aussi pratiquer la section du muscle, de sa face profonde vers sa face cutanée, en introduisant le ténotome de-la môme façon, mais en ayant soin de placer le médius au côté interne afin de refouler la peau au-dessous du muscle rétracté, de protéger les parties profondes et de guider l'extrémité du ténotome. Lorsque celle-ci est arrivée au bord interne du muscle, on tourne le tranchant en avant et l'on sectionne.
Pour couper la portionlclaviculaire, on la tend fortement et Ton pénètre par une piqûre faite à son bord postérieur.
Lorsque l'opération est terminée, on ferme avec soin la petite plaie et on immobilise la tête à l'aide d'un bonnet sur lequel est fixée une bande passant sous Taisselle du côté opposé. Trois ou quatre jours après, s'il reste un peu de déviation, on achève le redressement à l'aide
clef, ou de minerves composées de deux parties, l'une d cépbalique permettant, à l'nide de vis, d'imprimer des m gradués à la liile, l'autre tboracique et pelvienne servnn d'appui (fig. 181).
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TnYROÏDlTE. 833
Si la déviation était produite par le peaucier seulement, on pourrait, à l'exemple de Gooch, le diviser par sections successives dans toute sa largeur.
Stromeyer, dans un cas, a été obligé de sectionner la portion antérieure du trapèze.
C. Morgan, dans un cas de torticolis invétéré et qui n'avait été amélioré que temporairement par la section du sterno-cléido-masloïdicn, a pratiqué avec succès la résection d'un centimètre de la branche externe du nerf spinal.
Nous n'avons rien à dire du traitement des torticolis osseux et articulaire qui a été indiqué à propos des affections dont ils dépendent.