‹ Eléments de pathologie médicale; ou, Précis de médecine theórique et pratique, écrit dans l'esprit du vitalisme hippocratiqueChapitre 1 sur 86 · LONDRES, MADRID · texte numérisé non relu

LONDRES, MADRID

H. Baillière, 219, Regent-Street. Cü. Bailly-Baillière.

NEW-YORK, Ch. Baillière.

in 2015

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AVANT-PROPOS

Un des premiers mérites d’un livre quelconque, mais surtout d’un livre de médecine, serait de former un seul tout dont les parties se lieraient ensemble et se coordonneraient d’une manière claire et méthodique, d’être appuyé sur un petit nombre de principes dont les conséquences et les preuves se développeraient logiquement dans tous les détails de l’ouvrage.

Cette qualité serait surtout à désirer dans un traité de pathologie destiné à embrasser toutes les maladies qui affligent l’espèce humaine, sujet si vaste et si complexe de sa nature.

Cette marche synthétique exigerait avant tout que les principes fondamentaux de la science des maladies fussent des faits généraux établis par l’expérience , mais par l’expérience de tous les temps et de tous les lieux.

Ces principes existent , et leur découverte remonte aux époques les plus reculées delà médecine; ils ont été vérifiés, ratifiés et développés par tous les grands praticiens qui se sont succédé dans une longue suite de siècles ; les systématiques les ont écartés, dénaturés, proscrits sans pouvoir les détruire ; ils subsistent avec toute leur fécondité, et je pourrais dire leur nouveauté, puisque la plupart des médecins ne les ont jamais connus ou les ont perdus de vue. Us constituent le vitalisme hippocratique : le vitalisme , parce qu’ils sont fondés sur la vie et sur son caractère le plus général, la force vitale; hippocratique , parce qu’ils remontent à Hippocrate, comme leur véritable auteur.

Formuler ces principes avec précision et clarté ; démontrer que, loin d’être contredits par les progrès récents de la science, ils y trou-

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vent au contraire une nouvelle et éclatante confirmation, qu’ils donnent des explications satisfaisantes des faits dont la pathologie s’est enrichie de nos jours, et dont les systèmes, et en particulier l’organicisme, étaient inhabiles à rendre compte ; prouver enfin que ces principes fournissent aux connaissances pathologiques une liaison et un enchaînement dont elles étaient dépourvues : tel est le but que je me suis proposé dans cet ouvrage. Je n’ai pas la prétention d’être parvenu à l’atteindre; je ne suis sûr que de mes intentions et de mes efforts.

Fidèle à la méthode synthétique, la seule qui puisse convenir à un livre élémentaire , j’ai exposé dans l’introduction de cet ouvrage les principes du vitalisme hippocratique tels que je les conçois dans l’état actuel de la science; je les ai développés avec quelques nouveaux détails dans le résumé succinct de pathologie générale qui suit l’introduction; j’ai classé les maladies qui forment le domaine de la pathologie spéciale, autant que possible, d’après les mêmes règles; j’en ai donné une description courte, mais complète, embrassant les derniers progrès de la médecine; enfin dans un article pathogénie ajouté à la description générale de toutes les classes et souvent même à l’histoire des maladies individuelles, j’ai expliqué l’origine , la génération et le développement des maladies d’après les principes vitalistes établis dans l’introduction.

Je me suis acquitté sans doute d’une manière bien imparfaite d’une tâche si difficile. J’espère qu’on voudra bien m’accorder quelque indulgence, en raison de cette difficulté même, ainsi que de la nouveauté du sujet. Ce livre est le premier essai de pathologie spéciale qui ait été tenté depuis plusieurs siècles pour expliquer toutes les maladies d’après les principes hippocratiques. On a publié sans doute de nos jours comme autrefois, à Paris comme à Montpellier, beaucoup d’écrits d’un grand mérite, inspirés par les idées du père de la médecine, mais on n’a mis au jour aucun travail d’ensemble, aucun traité général, embrassant le cadre pathologique tout entier; lacune regrettable dont l’influence sur la science et sur l’art n’a pu qu’être funeste.

Bien des causes ont empêché , de nos jours , la publication d’une pathologie hippocratique. Au commencement de ce siècle, c’était le Brownisme, dont le règne en France n’eut d’ailleurs qu’une existence

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bien éphémère; ce fut ensuite le solidisme si exclusif de Pinel, qui après avoir payé un tribut d’hommages enthousiastes aux dogmes du père de la médecine en commençant sa Nosographie , n’en tint plus aucun compte dans le reste de son livre, inconséquence étonnante de la part d’un esprit si distingué ; vint enfin le système de Broussais, qui exerça pendant dix ans une telle domination , que la majorité des jeunes médecins se laissèrent subjuguer par sa séduisante simplicité. Mais l’obstacle le plus puissant aux idées vitalistes, c’est l’influence que l’anatomie pathologique a prise depuis soixante ans sur les esprits. Cette science a doté la médecine de découvertes si importantes , elle a jeté une telle lumière sur le diagnostic et le pronostic, qu’il n’est pas étonnant que son étude, devenue prédominante , ait peu à peu fait exagérer son importance et détourné les esprits des idées d’un autre ordre.

Ces raisons n’existent plus aujourd’hui : le Brownisme et le Broussaisisme sont déjà de l’histoire ancienne, tant leur chute a été complète ; le solidisme a disparu devant la masse de preuves qui établissent les altérations du sang et des autres liquides; l’anatomie pathologique elle-même commence à reprendre le véritable rang qui lui appartient comme branche des sciences médicales ; les explications purement anatomiques perdent chaque jour de leur crédit , et les écrits vitalistes sont recherchés avec une sorte d’empressement.

Ce changement dans les idées s’est surtout révélé d’une manière bien remarquable dans une discussion récente sur le vitalisme, qui a occupé cinq ou six séances de l’Académie de médecine. Presque tous les orateurs ont montré les tendances vitalistes les plus prononcées; les organiciens purs sont restés muets sur leur siège , et n’ont pas trouvé une parole à répondre à leurs antagonistes.

Ces débats ont vivement intéressé les médecins de Paris et attiré à l’Académie une affluence extraordinaire d’auditeurs ; les journaux de médecine, si nombreux aujourd’hui, y ont pris une part active et ont été à peu près unanimes pour soutenir et défendre les principes vitalistes.

Ces symptômes nous ont fait penser que le moment était opportun pour offrir au public médical un précis de médecine écrit dans l’esprit du vitalisme hippocratique.

AVANT-PROPOS

Persuadé que l’avenir de la science et de Part est intéressé aux idées que je soutiens dans cet ouvrage, j’ai fait tous mes efforts pour lui donner les deux qualités indispensables pour qu’un livre puisse se répandre et obtenir une certaine influence sur les esprits, c’est-àdire la clarté et la concision. Ce motif m’a obligé à un sacrifice pénible, qu’on me pardonnera, j’espère, celui de passer le plus souvent sous silence le nom et les ouvrages des auteurs qui ont concouru de nos jours aux progrès des connaissances pathologiques.

On trouvera d’ailleurs dans les monographies et dans les traités généraux étendus les notions historiques et les indications bibliographiques que la brièveté de ces Éléments ne pouvait comporter.

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